Cameroun-Thaïlande : un projet d’usine d’assemblage automobile en gestation

Le Cameroun pourrait accueillir une nouvelle infrastructure industrielle dans le secteur automobile.

DAHI MOTORS Cameroun et un groupe automobile thaïlandais ont signé un mémorandum d’entente en vue de construire une usine d’assemblage de véhicules au Cameroun.

Soutenue par les pouvoirs publics, cette initiative pourrait contribuer à diversifier le tissu industriel national et à développer une filière automobile locale. Mais l’absence d’informations sur l’investissement, les capacités de production et le calendrier laisse encore ouverte la question de sa concrétisation.

Le Cameroun pourrait accueillir une nouvelle infrastructure industrielle dans le secteur automobile. La société DAHI MOTORS Cameroun et un groupe automobile thaïlandais ont signé un mémorandum d’entente (MOU) portant sur la construction d’une usine d’assemblage de véhicules.

La cérémonie s’est déroulée à Yaoundé sous l’encadrement du ministère des Relations extérieures, représenté par Roméo Ngah, et du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, représenté par son directeur de la planification, M. Nana, en présence du directeur général de DAHI MOTORS.

Cet accord formalise une intention de coopération industrielle entre des partenaires camerounais et thaïlandais. Il constitue toutefois une étape préliminaire, qui ne saurait être assimilée à une décision définitive d’investissement.

Un projet encore au stade préparatoire

À ce stade, plusieurs paramètres essentiels ne sont pas publiquement précisés : l’identité du partenaire thaïlandais, le site d’implantation de l’usine, le montant de l’investissement, les modèles de véhicules concernés, la capacité annuelle de production et le calendrier de réalisation. Le contenu industriel du projet reste également à définir.

L’assemblage pourrait porter sur des véhicules importés sous forme de kits, dont les composants seraient réunis au Cameroun. Une telle formule permettrait de démarrer une activité manufacturière sans disposer immédiatement d’une chaîne de fabrication intégrée. Elle ne garantirait cependant ni la production locale des pièces ni un transfert technologique substantiel.

La différence est importante : une unité d’assemblage reposant essentiellement sur des composants importés n’offre pas les mêmes retombées qu’une implantation intégrant progressivement des fournisseurs locaux, des activités d’ingénierie et la fabrication de pièces.

Un levier potentiel de diversification industrielle

Pour le Cameroun, l’intérêt d’un tel projet résiderait d’abord dans la diversification d’une économie encore fortement dépendante des matières premières et des importations de produits manufacturés.

Une usine d’assemblage pourrait créer des emplois directs dans la production, la maintenance, le contrôle qualité et la logistique, ainsi que des activités indirectes dans le transport, la distribution et les services techniques.

Le projet pourrait également contribuer à la formation d’une main-d’œuvre spécialisée. En fonction des accords conclus avec le partenaire thaïlandais, les salariés camerounais pourraient acquérir des compétences en organisation industrielle, en maintenance des équipements et en gestion de la qualité.

Les effets d’entraînement dépendront néanmoins du niveau d’intégration locale. Le développement de fournisseurs de batteries, de pièces métalliques, de composants électriques ou d’éléments de carrosserie supposerait des investissements supplémentaires, des normes de qualité adaptées et une demande suffisamment importante pour rentabiliser la production.

Le marché régional, un débouché à exploiter

Le Cameroun dispose d’un atout géographique pour envisager une activité automobile tournée vers plusieurs marchés d’Afrique centrale. L’appartenance à la CEMAC et à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre, sous réserve des règles d’origine et des conditions commerciales applicables, des perspectives d’accès à des débouchés régionaux.

Mais cette possibilité ne garantit pas la rentabilité du projet. L’usine devra faire face à la concurrence des véhicules importés, neufs ou d’occasion, ainsi qu’aux contraintes liées au pouvoir d’achat, au coût du crédit, à la fiscalité et à la disponibilité des pièces détachées.

La compétitivité dépendra donc du positionnement commercial retenu : véhicules particuliers, utilitaires, modèles adaptés aux activités agricoles ou solutions destinées aux entreprises et aux administrations. Le choix des modèles et des volumes de production sera déterminant pour atteindre une taille économiquement viable.

Des conditions précises pour passer à la réalisation

La concrétisation du projet nécessitera désormais des engagements vérifiables : identification du partenaire industriel, bouclage du financement, choix du site, définition des capacités de production et publication d’un calendrier d’exécution.

Les modalités de transfert de compétences, les objectifs d’emploi et les exigences d’intégration locale devront également être clarifiés. L’accompagnement de l’État pourrait faciliter les démarches administratives, l’accès aux infrastructures et la structuration du projet.

Il devra cependant s’inscrire dans un cadre transparent, avec des obligations précises en contrepartie d’éventuels avantages publics. En définitive, le mémorandum entre DAHI MOTORS Cameroun et son partenaire thaïlandais ouvre une perspective industrielle intéressante, mais encore préliminaire.

Sa portée économique se mesurera moins à la signature de l’accord qu’à la capacité des partenaires à mobiliser les investissements, à mettre l’usine en production et à développer, au-delà du simple assemblage, un véritable écosystème automobile au Cameroun.

Simon Emmanuel Minyem

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