17 octobre 2026

2027, une année charnière

Barrage de Kikot au Cameroun : l’échéance de 2027 à l’épreuve du financement

Après avoir prescrit le démarrage des travaux en 2025, l’État camerounais vise désormais l’achèvement de la maturation du barrage hydroélectrique de Kikot-Mbebe en 2027. Si le projet de 500 MW a franchi plusieurs étapes préparatoires, la mobilisation des financements et la clarification de son coût réel restent déterminantes pour tenir le calendrier de réalisation prévu entre 2028 et 2032. Le calendrier du barrage hydroélectrique de Kikot-Mbebe connaît un nouveau réajustement. Dans sa circulaire du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027, le président Paul Biya demande de renforcer les capacités de production électrique à travers la construction de nouveaux barrages, « notamment celui de Kikot dont le processus de maturation devra être finalisée ». Cette orientation marque une évolution par rapport aux précédentes instructions présidentielles. Le 23 octobre 2024, le chef de l’État prescrivait le démarrage des travaux de construction du barrage en 2025. Le 18 juillet 2025, ses orientations pour le budget 2026 reprenaient le même objectif. La nouvelle échéance porte désormais sur l’achèvement des préalables au chantier, sans date précise pour son lancement. Ce glissement n’est toutefois pas une surprise. Le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029, publié en juillet 2026, prévoit déjà la réalisation de l’aménagement hydroélectrique et de ses lignes électriques associées entre 2028 et 2032. La question est désormais de savoir si cette nouvelle trajectoire sera respectée. Un financement encore loin d’être bouclé Détenue à parts égales par l’État camerounais et le groupe français EDF, Kikot-Mbebe Hydro Power Company (KHPC) a engagé une nouvelle phase de mobilisation des ressources financières. Le 15 septembre 2026, à Yaoundé, son président du conseil d’administration, Ahmat Tom, a indiqué que plus de 50 institutions financières avaient manifesté leur intérêt pour le projet. Cette mobilisation constitue un signal positif, mais elle ne garantit pas la disponibilité des fonds nécessaires. Les institutions concernées ont été identifiées à l’issue d’une consultation de prêteurs potentiels. Des discussions bilatérales doivent permettre d’examiner leurs conditions de participation, avant une conférence des bailleurs envisagée par le gouvernement. La clôture financière reste donc une étape décisive. Dans un avis du 19 novembre 2025, KHPC envisageait qu’elle intervienne au plus tôt au second semestre 2027, précisant qu’elle marquerait le début des principaux travaux de construction. Cette échéance rend plausible un démarrage à partir de 2027 ou après, mais laisse peu de marge si les négociations se prolongent. Un coût du projet qui reste à clarifier L’autre incertitude concerne le montant de l’investissement. Le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029 retient un coût prévisionnel de 872 milliards de FCFA pour l’aménagement hydroélectrique et ses lignes associées. Une correspondance de KHPC datant de septembre 2025 fait cependant état d’une estimation de 1 620 milliards de FCFA, soit un écart de 748 milliards. Selon une source proche du dossier citée par Investir au Cameroun, le montant de 1 620 milliards correspondrait à l’évaluation issue de l’avant-projet détaillé,; Tandis que les 872 milliards pourraient représenter une provision retenue par l’État. Cette explication reste toutefois à confirmer : les informations publiques disponibles ne permettent pas de réconcilier précisément les deux estimations. Cette différence est loin d’être anodine. Le coût de référence conditionne la structuration du financement, la répartition des risques entre les partenaires publics et privés ainsi que l’évaluation de la rentabilité du projet par les prêteurs. Tant que les hypothèses de calcul et le périmètre des dépenses ne sont pas clairement établis, la sécurisation du plan de financement demeure plus difficile. Des avancées techniques, mais des étapes encore à franchir Le projet a néanmoins progressé sur le plan opérationnel. En novembre 2025, KHPC a achevé la présélection des entreprises candidates pour les trois principaux lots : génie civil, équipements électromécaniques, ainsi que lignes et poste électrique. Cette étape prépare les appels d’offres, sans équivaloir à l’attribution des marchés. Le certificat de conformité environnementale a ensuite été délivré le 2 juillet 2026 par le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable. Ces avancées renforcent la perspective d’une maturation achevée en 2027, mais ne remplacent ni les contrats de construction ni la clôture financière. La viabilité du montage dépend également de l’environnement économique du secteur électrique camerounais. Les futurs prêteurs devront apprécier les risques liés aux revenus attendus de la centrale, aux conditions de paiement de l’électricité et à l’équilibre financier du secteur. 2027, une année charnière Le respect du calendrier dépendra donc de la capacité de KHPC et de ses partenaires à stabiliser le coût du projet, à obtenir des engagements fermes des bailleurs et à finaliser les contrats nécessaires au démarrage du chantier. L’achèvement de la maturation en 2027 paraît envisageable au regard des étapes déjà franchies. En revanche, la réalisation entre 2028 et 2032 reste conditionnée à la concrétisation du financement et à la levée des derniers obstacles contractuels et opérationnels. Pour Kikot, le principal indicateur ne sera plus la répétition des échéances dans les documents budgétaires, mais la signature des engagements financiers et des marchés de construction. C’est à cette condition que les 500 MW attendus pourront passer du stade de projet à celui d’une infrastructure effectivement réalisée. Simon Emmanuel Minyem

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