Washington a passé des accords avec plusieurs pays africains. Ces arrangements permettent d’accueillir des personnes expulsées des États-Unis, même quand elles ne viennent pas du pays qui les reçoit. Plus de 500 personnes auraient déjà été transférées de cette façon. La pratique pose des questions juridiques, humanitaires et diplomatiques.
La politique migratoire américaine change de dimension. D’après Human Rights Watch (HRW), plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont accepté de recevoir des expulsés américains qui ne sont pas leurs ressortissants.
L’organisation de défense des droits humains affirme que plus de 500 personnes ont déjà été transférées dans ce cadre. Elle demande à Washington de suspendre ces pratiques, et aux gouvernements africains concernés de revoir leur participation, en particulier à cause des risques encourus par les personnes transférées.
Parmi les pays cités figurent le Burundi, le Cameroun, le Cap-Vert, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, l’Eswatini, le Ghana, le Liberia, la République centrafricaine, le Rwanda, la Sierra Leone, le Soudan du Sud et l’Ouganda.
Une pratique migratoire qui interroge
Pour l’administration américaine, le recours à des pays tiers fait partie d’une politique qui vise à éloigner des personnes impossibles à renvoyer directement dans leur pays d’origine, pour diverses raisons. Reste une question centrale : quelles garanties sont prévues pour les personnes transférées, et quelles responsabilités pèsent sur le pays d’accueil ?
HRW estime que certaines d’entre elles bénéficiaient aux États-Unis de protections juridiques, notamment parce qu’elles risquaient la torture ou de mauvais traitements dans leur pays d’origine. Leur transfert vers un autre pays peut aussi poser problème au regard du principe de non-refoulement.
Ces accusations doivent être distinguées des justifications avancées par les autorités américaines et des modalités propres à chaque accord. Tous les arrangements ne se ressemblent pas.
Le Cameroun dans un dispositif sensible
La participation du Cameroun donne à ce dossier une couleur particulière. Le pays coopère depuis plusieurs années avec Washington dans les domaines sécuritaire, économique et diplomatique.
Accueillir des étrangers expulsés des États-Unis, c’est autre chose. Cela pose la question des conditions d’accueil, du statut juridique des personnes concernées, de leur éventuel maintien sur le territoire camerounais et des garanties qui leur sont offertes.
Il serait prématuré d’y voir automatiquement un tournant majeur dans la relation entre Yaoundé et Washington. La portée politique de ces arrangements dépendra de leur contenu, de leur durée, de leur transparence et de la façon dont les autorités camerounaises les appliqueront.
Un nouveau dossier dans les relations Afrique–États-Unis
Au-delà de la controverse sur les expulsions, ces accords montrent surtout que les sujets de coopération entre les États-Unis et certains pays africains s’élargissent. Pour les gouvernements concernés, accepter des expulsés peut répondre à des considérations diverses : coopération bilatérale, négociations migratoires, autres intérêts nationaux.
Cela ne suffit pas à conclure qu’une contrepartie politique ou financière précise existe. L’enjeu n’est donc pas tant une supposée « sous-traitance » de la politique migratoire américaine que la définition des responsabilités de chacun. Pour Washington, il s’agit de mettre en œuvre sa politique d’éloignement dans un cadre juridiquement défendable.
Pour les États africains concernés, il s’agit de savoir jusqu’où coopérer, à quelles conditions, et avec quelles garanties pour les personnes accueillies. Cette pratique ouvre un débat qui dépasse l’immigration : comment concilier coopération migratoire, souveraineté des États africains et respect des engagements internationaux en matière de droits humains ?
C’est sans doute sur ce terrain, juridique, diplomatique et humanitaire, que se mesurera la portée réelle de ces arrangements.