Sommet de l’UA à Accra : la souveraineté sanitaire devient le nouveau champ de bataille géopolitique du continent

Les chefs d'État et de gouvernement, ministres de la Santé et partenaires internationaux se réunissent à Accra dans le cadre d'un Sommet extraordinaire de l'Union africaine consacré à l'avenir des politiques sanitaires du continent.

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Les 21 et 22 juillet, les dirigeants africains se réunissent à Accra pour un Sommet extraordinaire de l’Union africaine consacré à la santé. Officiellement, il s’agit d’accélérer la lutte contre le VIH/sida, de réduire la mortalité maternelle et de renforcer les systèmes de santé.

En réalité, les discussions portent sur un enjeu beaucoup plus stratégique : l’autonomie sanitaire de l’Afrique dans un monde marqué par la rivalité des puissances et le recul des financements internationaux. En privé, plusieurs diplomates africains reconnaissent que ce sommet intervient dans un contexte d’inquiétude grandissante.

La réduction progressive de certains financements internationaux, l’incertitude entourant les programmes de coopération sanitaire et la multiplication des crises – conflits, déplacements de populations, changement climatique et épidémies – obligent les États africains à revoir leur modèle de financement de la santé. Le mot qui revient dans les échanges préparatoires est désormais « souveraineté ».

« Cette réunion est notre chance de tracer la voie de l’engagement à l’action », a déclaré le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, appelant les États à agir « pour les mères que nous devons sauver, les maladies que nous devons vaincre et les systèmes que nous devons bâtir ». Le Ghana, sous l’impulsion du président John Dramani Mahama, s’est imposé comme le principal promoteur de cette doctrine.

Après avoir accueilli le premier Sommet africain sur la souveraineté sanitaire en 2025, Accra veut désormais faire émerger une véritable politique industrielle africaine de la santé : production locale de vaccins, fabrication de médicaments essentiels, développement des biotechnologies et renforcement des agences africaines de régulation.

Des priorités différentes selon les régions

Les discussions révèlent toutefois des réalités très contrastées.

En Afrique de l’Ouest, les États concentrent leurs efforts sur le renforcement de la surveillance épidémiologique, la lutte contre les maladies infectieuses et les conséquences sécuritaires des crises sahéliennes, qui fragilisent durablement les systèmes de santé.

En Afrique centrale, les préoccupations portent davantage sur la faiblesse des infrastructures hospitalières, la dépendance aux importations pharmaceutiques et les difficultés de financement public, alors que plusieurs pays doivent arbitrer entre dépenses sociales et contraintes budgétaires.

En Afrique de l’Est, les investissements se concentrent sur l’innovation, les technologies numériques de santé, la recherche biomédicale et la préparation aux futures pandémies. Des pays comme le Rwanda ou le Kenya cherchent à devenir des pôles régionaux de production pharmaceutique.

En Afrique australe, la priorité demeure la lutte contre le VIH/sida et la tuberculose, qui continuent de peser fortement sur les finances publiques malgré les progrès réalisés ces dernières années.

En Afrique du Nord, les systèmes de santé sont relativement plus structurés, mais les gouvernements cherchent à renforcer leur industrie pharmaceutique et à développer les exportations de médicaments vers le reste du continent dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Une nouvelle compétition d’influence

En marge du sommet, les partenaires internationaux suivent les débats avec attention. La Chine poursuit ses investissements dans les infrastructures hospitalières et la production pharmaceutique. L’Union européenne met l’accent sur les partenariats industriels et les capacités locales de fabrication de vaccins.

Les États-Unis restent un acteur majeur de la lutte contre le VIH/sida, même si les interrogations autour de l’évolution de certains programmes alimentent les réflexions africaines sur la nécessité de diversifier les sources de financement.

Pour plusieurs responsables africains, l’objectif est désormais clair : faire de la santé un secteur stratégique comparable à l’énergie, au numérique ou aux minerais critiques. Le sommet d’Accra pourrait ainsi marquer le passage d’une Afrique bénéficiaire de l’aide sanitaire à une Afrique qui entend devenir productrice de solutions médicales, de médicaments et d’innovations au service de son propre développement.

Au-delà des engagements politiques attendus, la véritable question sera celle de la mise en œuvre. Sans augmentation des financements domestiques, sans industrie pharmaceutique compétitive et sans coopération régionale renforcée, la souveraineté sanitaire risque de demeurer un objectif plus politique qu’opérationnel.

Accra pourrait néanmoins constituer le point de départ d’une nouvelle doctrine africaine, où la santé devient non seulement un droit fondamental, mais aussi un instrument de puissance, de résilience et de compétitivité.

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