ALUCAM (Cameroun) : entre relance industrielle et reconstruction du pacte social avec les communautés riveraines

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En renouant le dialogue avec les communautés de la Sanaga-Maritime, ALUCAM cherche à reconstruire un capital de confiance indispensable à son redressement industriel.

Après plusieurs années marquées par des difficultés de production et des contraintes financières, ALUCAM s’emploie à renouer le dialogue avec les communautés qui ont accompagné son histoire.

La rencontre organisée le 23 juillet 2026 à Edéa avec les leaders communautaires de la Sanaga-Maritime révèle autant les attentes des populations que la volonté de l’entreprise de réaffirmer sa responsabilité sociétale. Entre exigences économiques, préoccupations environnementales et aspirations au développement local, le défi est désormais de transformer ce dialogue en résultats durables.

Une concertation pour rétablir la confiance

Pour une entreprise industrielle implantée depuis plus de sept décennies à Edéa, le dialogue avec son environnement social constitue un enjeu stratégique. En réunissant près de 80 représentants des administrations, collectivités territoriales, autorités traditionnelles, responsables religieux et opérateurs économiques, le Directeur Général par intérim, Sylvestre Ekong, a voulu inscrire ALUCAM dans une démarche de transparence autour de ses performances et de sa politique Qualité, Santé, Sécurité et Environnement (QSSE).

Au-delà de la présentation des activités de l’entreprise, cette rencontre a surtout permis aux communautés d’exprimer directement leurs préoccupations dans un climat marqué par une forte attente envers le premier industriel de la ville.

Des attentes qui dépassent la seule responsabilité sociétale

Les préoccupations exprimées traduisent une vision élargie du rôle attendu d’ALUCAM. La priorité demeure l’emploi local. Plusieurs chefs traditionnels et responsables communautaires ont plaidé pour un recrutement accru des jeunes des localités riveraines, ainsi que pour une meilleure évolution professionnelle des employés occupant des postes précaires.

Les communautés s’interrogent également sur le projet d’extension de l’usine, considéré comme un facteur essentiel de pérennité des emplois et de développement économique. Les questions environnementales restent au cœur des échanges : émissions atmosphériques, dispositifs de surveillance, impacts sur les populations et consommation d’électricité dans un contexte de tensions persistantes sur le réseau national.

Enfin, plusieurs intervenants ont demandé la réhabilitation des écoles, centres de santé, ouvrages hydrauliques et autres infrastructures communautaires autrefois réalisés par ALUCAM. Une entreprise en pleine reconstruction économique.

Une situation économique contrastée

Ces attentes interviennent alors que la situation économique d’ALUCAM demeure contrastée. En 2025, la production d’aluminium électrolytique s’est établie à 44 343 tonnes, soit près de 16 000 tonnes en dessous des prévisions, principalement en raison des difficultés d’approvisionnement en énergie et de la hausse du coût de l’alumine.

Les ventes ont suivi la même tendance, entraînant un chiffre d’affaires de 80 milliards de FCFA contre plus de 117 milliards attendus. Malgré ce contexte, l’entreprise a enregistré un bénéfice net de 279 millions de FCFA grâce à une stricte maîtrise des coûts et à l’indemnisation liée au sinistre énergétique de 2018.

Les investissements sont restés concentrés sur la maintenance des installations et l’introduction des technologies METSOL et APC+, dans un contexte de trésorerie encore contraint.

Une politique sociale recentrée sur les besoins essentiels

Malgré ces contraintes, ALUCAM a poursuivi ses investissements communautaires. Le volet santé demeure prioritaire avec le maintien du Package Minimum Santé dans les centres de santé intégrés de Ngonga et d’Olombe grâce à la fourniture de médicaments essentiels, d’équipements et de matériel d’entretien.

Dans le domaine de l’éducation, plus de 4 300 cahiers ont été distribués à plusieurs établissements scolaires et associations œuvrant pour l’excellence académique.

Autonomisation des femmes, une priorité

L’entreprise a également soutenu l’autonomisation des femmes par un don de machines à coudre à l’association Inasha Academy et poursuivi ses actions en faveur de l’accès à l’eau potable avec la réhabilitation de la borne-fontaine située à l’entrée de l’Hostellerie de la Sanaga.

ALUCAM a par ailleurs accompagné plusieurs manifestations culturelles majeures, notamment le Festival Mpo’o et le Ngondo, ainsi que des campagnes de santé publique, des activités sportives et des projets de formation professionnelle. Cette diversité d’actions traduit la volonté de maintenir un lien historique avec les communautés riveraines malgré un contexte économique exigeant.

Vers un nouveau contrat de confiance

Les échanges du 23 juillet mettent en évidence une évolution des attentes. Les populations ne souhaitent plus seulement des appuis ponctuels. Elles demandent une participation accrue aux décisions concernant leur territoire, un accès régulier aux informations sur les impacts environnementaux de l’usine, davantage d’opportunités d’emploi et la relance des plateformes permanentes de concertation.

La réhabilitation des infrastructures communautaires historiques et le renforcement des partenariats avec les collectivités territoriales figurent également parmi les priorités exprimées. Pour ALUCAM, la responsabilité sociétale apparaît désormais comme un levier stratégique de performance et de cohésion sociale.

Le pari d’une relance partagée

En renouant le dialogue avec les communautés de la Sanaga-Maritime, ALUCAM cherche à reconstruire un capital de confiance indispensable à son redressement industriel. Si les performances économiques imposent encore des arbitrages, elles ne remettent pas en cause la volonté de l’entreprise de maintenir une présence sociale durable.

Les attentes exprimées montrent cependant que le succès de cette démarche dépendra moins du volume des actions menées que de leur impact concret et durable sur les populations. Pour ALUCAM, l’enjeu est désormais de retrouver son plein potentiel industriel tout en redevenant un acteur majeur du développement local.

C’est de cet équilibre entre compétitivité économique et responsabilité sociale que dépendra la solidité du nouveau pacte de confiance avec les communautés riveraines.

Simon Emmanuel MINYEM

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