Le Cameroun affiche 5,01 milliards de dollars de financements approuvés par la Banque mondiale, contre 4,129 milliards de dollars d’accords signés.
Cet écart de 881 millions de dollars, relevé par le ministère de l’Économie le 15 octobre 2026, ne représente pas automatiquement de l’argent perdu ou bloqué. Il souligne néanmoins la nécessité d’accélérer la transformation des décisions de financement en investissements concrets.
Trois étapes, trois réalités financières
L’approbation correspond à la décision de la Banque mondiale d’accorder un financement. La signature formalise l’engagement juridique entre les parties, tandis que les décaissements désignent les sommes effectivement versées au cours de l’exécution du projet.
Le 15 octobre 2026, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) faisait état de 5,01 milliards de dollars approuvés pour 21 projets, contre 4,129 milliards de dollars d’accords signés concernant 18 projets actifs.
Cet écart ne peut être attribué intégralement à des retards de signature, car les deux chiffres ne concernent pas exactement le même nombre de projets.
À qui incombe la responsabilité de l’écart ?
Le passage de l’approbation à la signature dépend de plusieurs facteurs : finalisation des documents juridiques, autorisations nationales et respect des conditions préalables. Après la signature, les décaissements dépendent notamment de la préparation des projets, des marchés publics, des études techniques et des capacités des unités de gestion.
À Bangkok, le gouvernement camerounais a demandé une réduction des délais de traitement des avis de non-objection et un meilleur accompagnement des équipes chargées des projets.
Cette démarche ne signifie toutefois pas que tous les retards sont imputables à la Banque mondiale. La responsabilité doit être évaluée projet par projet, en distinguant les blocages administratifs nationaux, les délais institutionnels et les difficultés techniques.
Le véritable problème : transformer les engagements en réalisations
L’enjeu dépasse les montants approuvés et signés. Il s’agit de convertir les financements en infrastructures, en équipements collectifs et en services publics. Au 30 juin 2026, les 21 projets examinés dans une précédente analyse d’Investir au Cameroun affichaient un taux global de décaissement de 18,7 %.
Cet indicateur porte sur un portefeuille antérieur et ne peut être directement appliqué aux financements annoncés en octobre. Il souligne néanmoins l’importance de mesurer les ressources effectivement utilisées. Les retards prolongent l’attente des populations, reportent les marchés pour les entreprises et peuvent entraîner une hausse des coûts.
Le corridor Douala-Bangui illustre l’enjeu
Approuvé le 12 juin 2026, le projet de corridor économique Douala-Bangui représente un financement annoncé de 425 millions de dollars pour le Cameroun. Le 2 octobre, un décret présidentiel a autorisé la signature de l’accord de crédit avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement.
Au 30 septembre, les financements concernés figuraient encore au statut « Approved » dans la base financière de la Banque mondiale. Les informations disponibles ne permettent pas de confirmer que les accords étaient signés au 15 octobre. Cette opération illustre l’importance du suivi des différentes étapes : approbation, signature, exécution des travaux et décaissements.
Comment accélérer les projets ?
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés : identifier les obstacles propres à chaque projet, renforcer les unités de gestion, anticiper les études techniques et les procédures foncières, et clarifier les responsabilités.
La réorientation de certains financements vers des projets plus performants pourrait également être envisagée, dans le respect des règles applicables et sur la base de critères transparents.
Le défi du Cameroun n’est donc pas seulement d’obtenir davantage de financements, mais de transformer plus rapidement ceux qui sont approuvés en investissements effectifs. L’efficacité du partenariat avec la Banque mondiale se mesurera finalement aux résultats concrets sur le terrain.