Cacao, café, banane : la reconnaissance de l’UE, une opportunité pour les filières agricoles camerounaises

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Pour le Cameroun, le principal défi sera de maintenir les acquis tout en accélérant la modernisation des filières agricoles.

En saluant les progrès réalisés par le Cameroun dans l’amélioration de la qualité du cacao, du café et de la banane, l’Union européenne envoie un signal positif aux producteurs et aux exportateurs camerounais.

Cette reconnaissance intervient toutefois à un moment charnière, marqué par l’entrée en vigueur prochaine du Règlement européen sur la déforestation (RDUE). Entre exigences accrues de traçabilité et nouvelles perspectives commerciales, les filières agricoles camerounaises sont appelées à franchir un nouveau cap de compétitivité.

Une coopération commerciale ancienne qui se renforce

L’audience accordée le 18 août 2026 par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, à l’ambassadeur de l’Union européenne au Cameroun, Jean-Marc Châtaigner, a été l’occasion de dresser le bilan d’une coopération commerciale. Premier partenaire commercial du Cameroun, l’Union européenne entretient avec le pays des relations encadrées.

Notamment par plusieurs instruments de coopération, donc l’Accord de partenariat économique (APE) qui facilite l’accès des produits camerounais au marché européen. Au fil des années, cette coopération s’est également traduite par un accompagnement technique visant à améliorer les normes de qualité, la compétitivité des filières agricoles et la conformité aux exigences internationales.

Les échanges entre les deux responsables ont ainsi mis en lumière les résultats obtenus dans les filières cacao, café et banane, trois produits emblématiques des exportations agricoles camerounaises.

Une reconnaissance qui récompense des années d’efforts

Le cacao et le café camerounais ont souffert d’une réputation mitigée sur les marchés internationaux : défauts de qualité, insuffisances dans les techniques de transformation et de conditionnement, manque de standardisation. Ce qui entraînait souvent une décote des produits. Les programmes d’amélioration de la qualité, menés avec l’appui de l’UE, ont progressivement changé cette situation.

De meilleures pratiques culturales, un contrôle plus rigoureux de la qualité, une meilleure organisation des producteurs et des investissements dans les chaînes de valeur ont permis au cacao et au café camerounais de retrouver une place plus favorable sur les marchés internationaux. La banane camerounaise constitue également un exemple de cette montée en gamme, illustrant les retombées positives d’une coopération fondée sur le respect des normes internationales.

Le RDUE : une contrainte qui peut devenir un avantage

À partir du 30 décembre 2026, le Règlement européen sur la déforestation (RDUE) imposera que les produits agricoles exportés vers l’UE proviennent de parcelles n’ayant pas contribué à la déforestation après le 31 décembre 2020. Pour les producteurs camerounais, cette nouvelle réglementation implique un renforcement de la traçabilité, de la géolocalisation des exploitations et des mécanismes de contrôle.

Si ces exigences peuvent apparaître contraignantes, elles constituent également une opportunité. Les exploitations capables de démontrer leur conformité bénéficieront d’un accès sécurisé au marché européen, l’un des plus exigeants mais aussi des plus rémunérateurs au monde. À terme, cette conformité pourrait également renforcer la réputation du cacao, du café et de la banane camerounais.

Une mesure à saluer par les producteurs ?

Dans son principe, oui. L’amélioration de la qualité et l’adaptation aux normes européennes permettent aux producteurs de mieux valoriser leurs récoltes, d’accéder à des marchés plus rémunérateurs et de réduire les risques de rejet de leurs cargaisons à l’exportation. Cette dynamique favorise également la professionnalisation des filières agricoles, encourage les investissements dans la transformation locale.

De plus, elle améliore progressivement la compétitivité des produits camerounais. Toutefois, cette évolution ne produira pleinement ses effets que si les petits producteurs bénéficient d’un accompagnement technique et financier. La mise en conformité avec le RDUE nécessite des outils de traçabilité, des formations et des investissements qui restent coûteux pour de nombreuses exploitations familiales.

Des enjeux qui dépassent les exportations agricoles

Au-delà des échanges commerciaux, cette coopération s’inscrit dans la stratégie de transformation structurelle de l’économie camerounaise. Les discussions entre les autorités camerounaises et européennes ont d’ailleurs porté sur le renforcement des investissements afin d’encourager une plus grande valorisation locale des matières premières.

L’objectif est de faire évoluer le Cameroun d’un simple exportateur de produits bruts vers un producteur de biens à plus forte valeur ajoutée grâce à la transformation industrielle du cacao, du café ou de la banane. Cette orientation permettrait d’accroître les revenus des producteurs, de créer davantage d’emplois et de renforcer la résilience de l’économie face aux fluctuations des cours mondiaux.

Perspectives : préserver l’accès au marché européen

La reconnaissance exprimée par l’Union européenne constitue un encouragement, mais elle ne marque pas un aboutissement. Les nouvelles normes environnementales, sanitaires et de qualité continueront de se renforcer. Pour le Cameroun, le principal défi sera de maintenir les acquis tout en accélérant la modernisation des filières agricoles.

Cela passe par une meilleure organisation des producteurs, des investissements dans les infrastructures agricoles, le développement de la transformation locale et une généralisation des systèmes de traçabilité. À cette condition, la coopération commerciale entre le Cameroun et l’Union européenne pourra continuer d’offrir des débouchés durables aux producteurs sur les marchés internationaux.

Simon Emmanuel Minyem

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