Le Cameroun et l’Indonésie amorcent un rapprochement stratégique dans le secteur des transports. Ferroviaire, construction navale, infrastructures portuaires et mobilité électrique figurent parmi les axes d’une coopération encore au stade exploratoire.
Cette ouverture vers Jakarta traduit la volonté de Yaoundé de diversifier ses partenaires technologiques et industriels, mais soulève aussi plusieurs interrogations : quelle articulation avec la concession de Camrail, quels mécanismes de financement, quel calendrier de mise en œuvre et quelles retombées concrètes pour l’économie camerounaise ?
Une coopération multisectorielle en construction
Le Cameroun poursuit sa stratégie de diversification de ses partenariats économiques. À l’occasion d’une rencontre bilatérale à Yaoundé, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibhèhè, et l’ambassadeur d’Indonésie au Cameroun, Agung Cahaya Sumirat, ont exploré plusieurs pistes de coopération dans les domaines du transport ferroviaire, maritime et de la mobilité électrique.
Aucun accord définitif n’a cependant été signé. Les discussions demeurent à un stade préparatoire destiné à identifier les projets susceptibles de déboucher sur des partenariats industriels et commerciaux.
Le rail au cœur du projet
Le principal chantier concerne la modernisation du réseau ferroviaire camerounais. Le gouvernement envisage la réhabilitation des lignes à voie métrique existantes, l’acquisition de locomotives et de voitures voyageurs ainsi que la construction progressive de nouvelles infrastructures répondant aux standards modernes.
Le constructeur public indonésien INKA pourrait accompagner cette transformation en fournissant du matériel roulant et un appui technique. Le choix de l’Indonésie s’explique par son expérience dans l’exploitation de réseaux ferroviaires comparables à celui du Cameroun et par une industrie capable de proposer des équipements compétitifs adaptés aux réalités des pays émergents.
Des ambitions maritimes et portuaires
La coopération envisagée ne se limite pas au rail. Les échanges portent également sur la modernisation de Cameroon Shipyard and Industrial Engineering (CNIC) grâce à l’expertise du constructeur naval public PAL Indonesia, avec pour objectif de renforcer les capacités nationales de construction, de réparation et de maintenance navales.
Les deux pays souhaitent également développer des synergies entre les ports de Douala, Kribi et le futur port de Limbé. À terme, ces infrastructures pourraient faciliter les échanges commerciaux avec l’Indonésie tout en consolidant le rôle du Cameroun comme corridor logistique au service des États enclavés d’Afrique centrale.
Cette dynamique devrait notamment se poursuivre à l’occasion de la Trade Expo Indonesia, où des rencontres entre opérateurs économiques sont appelées à approfondir les perspectives de coopération.
Une ouverture vers la mobilité électrique
Les discussions ont également porté sur la transition énergétique dans les transports. Jakarta s’est engagée à mettre le Cameroun en relation avec une entreprise spécialisée dans la fabrication et la maintenance de véhicules électriques destinés au transport public. À ce stade, aucun opérateur n’a encore été désigné, ce qui confirme le caractère exploratoire de cette coopération.
L’une des principales interrogations concerne la place de Camrail. Le concessionnaire du réseau ferroviaire camerounais, contrôlé majoritairement par Africa Global Logistics (AGL), filiale du groupe MSC, conserve ses droits d’exploitation jusqu’en 2034.
Quel avenir pour Camrail ?
Le rapprochement avec l’Indonésie ne remet pas en cause cette concession. Il pourrait en revanche permettre l’arrivée de nouveaux fournisseurs de matériel roulant ou de partenaires industriels appelés à travailler aux côtés de Camrail, dans le respect des engagements contractuels existants. Il serait donc prématuré d’y voir un changement d’opérateur.
Des perspectives encore conditionnées aux financements L’échéancier demeure imprécis. En dehors des échanges engagés entre les deux parties et des rencontres économiques prévues dans le cadre de leur coopération, aucun calendrier n’a été communiqué concernant la signature d’accords, la mobilisation des financements ou le lancement des travaux.
Au-delà des aspects techniques, cette initiative illustre la volonté du Cameroun d’élargir le cercle de ses partenaires pour accélérer la modernisation de ses infrastructures. Pour Jakarta, elle constitue également un levier de sa diplomatie économique en Afrique centrale, dans un contexte marqué par sa candidature au Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).
Le véritable enjeu résidera désormais dans la capacité des deux pays à transformer cette convergence d’intérêts en investissements, en transferts de compétences et en réalisations concrètes.
Car, comme l’ont montré plusieurs projets d’infrastructures ces dernières années, l’ambition politique ne produit des effets durables que lorsqu’elle s’accompagne d’engagements financiers solides, d’une gouvernance rigoureuse et d’un calendrier d’exécution maîtrisé.