Le préfet du Département de la Sanaga Maritime dissipe les inquiétudes des riverains.
À quelques jours du lancement des opérations cadastrales du projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrialo-portuaire de Kribi, le préfet de la Sanaga-Maritime est allé à la rencontre des riverains. Entre inquiétudes, explications et annonces, les échanges ont permis de dissiper les rumeurs.
Sous l’esplanade des chefferies, les échanges se veulent directs. À Ntoumba, Mbondandick, Béon, Koukoue et Apouh, cinq localités riveraines du tronçon PK 0-Pont sur le Nyong, long d’une trentaine de kilomètres, les populations sont venues nombreuses écouter le préfet de la Sanaga-Maritime.
À ses côtés, le sous-préfet de l’arrondissement d’Édéa Ier, le maire de la commune d’arrondissement d’Édéa Ier ainsi que les responsables départementaux des administrations concernées par le projet.
Les chefs traditionnels ouvrent les discussions. Porte-voix de leurs communautés, ils relaient les préoccupations liées aux indemnisations, aux biens impactés et à l’emploi des jeunes sur le futur chantier. En réponse, Cyrille Yvan Abondo privilégie un discours pédagogique.
Il rappelle que le port en eau profonde de Kribi, devenu un important pôle logistique sur la façade atlantique, a fortement accru le trafic sur l’axe Édéa-Kribi. Une route construite il y a une trentaine d’années, limitée à 7 mètres de largeur, aujourd’hui insuffisante face à l’intensité de la circulation, aux accidents récurrents et aux embouteillages.
Le projet financé par la Banque africaine de développement prévoit une infrastructure moderne de 110 kilomètres. Du PK 0 au PK 5, la route comprendra deux chaussées de 7 mètres chacune, séparées dans une emprise totale de 35 mètres.
Au-delà et jusqu’au pont sur le Nyong, l’emprise sera de 30 mètres. Un aménagement appelé à fluidifier durablement la desserte de la zone industrialo-portuaire.
L’annonce la plus attendue porte sur les indemnisations. À la demande du bailleur de fonds, la grille a été revue à la hausse. Le préfet précise que, malgré une première indemnisation lors de la construction de la route actuelle, le président de la République Paul Biya, a instruit une nouvelle compensation selon une procédure d’urgence.
Les opérations de relevés cadastraux débuteront le 10 juillet. Chaque personne concernée sera photographiée devant son bien et devra présenter une copie lisible de sa carte nationale d’identité accompagnée de ses contacts téléphoniques.
Autre innovation saluée : les tombes non aménagées, jusque-là non prises en compte, seront indemnisées à hauteur de 350 000 FCFA, tandis que les tombes aménagées bénéficieront d’une compensation complémentaire selon les investissements réalisés.
À Béon au titre de projets connexes, le projet prévoit également un bloc de deux salles de classe, une école publique bilingue de quatre salles et le bitumage de la desserte reliant la cathédrale au village.
Après le préfet, les représentants des ministères de l’Agriculture, des Travaux publics, des Domaines, de l’Habitat ainsi que de l’Eau et de l’Énergie détaillent les modalités des opérations de comptage et d’évaluation des biens.
Sur la question récurrente de l’emploi de la main-d’œuvre locale, le préfet invite enfin les chefs traditionnels à formaliser leurs attentes dans une requête qui sera transmise au ministre des Travaux publics.
Au terme de cette tournée, les nombreuses rumeurs qui alimentaient les inquiétudes des riverains semblent avoir laissé place à une meilleure compréhension du projet. Les populations attendent désormais le début effectif des travaux.
Encadré
Pourquoi l’axe Édéa-Kribi est devenu une priorité nationale
Un corridor stratégique. Longtemps considérée comme une simple liaison routière, la Route nationale n°7 est désormais un maillon essentiel de la stratégie logistique du Cameroun. L’essor du port en eau profonde de Kribi a fortement accru le trafic des poids lourds, mettant en évidence les limites d’une infrastructure vieille de plus de trente ans.
Changer d’échelle. Les réparations ponctuelles ne suffisent plus. L’État mise sur une modernisation complète de l’axe : route de désenclavement de la zone industrialo-portuaire de Kribi, réhabilitation de la Nationale n°3 avec une chaussée adaptée au trafic lourd, et poursuite de l’autoroute Douala-Yaoundé.
Vers un corridor multimodal. Cette transformation sera renforcée par le projet de ligne ferroviaire Édéa-Kribi, appelée à acheminer le minerai de fer de Mbalam-Nabeba et la bauxite de Mini-Martap vers le port de Kribi, tout en améliorant la logistique industrielle.
Édéa, futur hub industriel. Située au carrefour des corridors reliant Douala, Kribi, Yaoundé, le Tchad et la République centrafricaine, Édéa est appelée à consolider son rôle de plateforme logistique.
Pour Alucam, une meilleure desserte ferroviaire et l’éventuelle transformation locale de la bauxite ouvriraient la voie à une chaîne d’approvisionnement plus intégrée, plus compétitive et à l’émergence d’un véritable pôle industriel.