Catastrophe d’Eseka au Cameroun: 79 morts, des vies brisées et un procès en appel aux abonnés absents

Dix ans après le déraillement meurtrier du train Intercity de Camrail, les survivants portent toujours leurs blessures, une famille cherche encore le corps d’une disparue et la justice attend son épilogue. Au Cameroun, le temps passe, mais la douleur demeure.

Dix ans après le déraillement meurtrier du train Intercity de Camrail, les survivants portent toujours leurs blessures, une famille cherche encore le corps d’une disparue et la justice attend son épilogue. Au Cameroun, le temps passe, mais la douleur demeure.

Le 21 octobre 2016, un train devait conduire des voyageurs à Douala. Il a précipité des centaines de familles dans l’horreur. Dix ans plus tard, Eseka reste le symbole d’une catastrophe ferroviaire dont les conséquences humaines et judiciaires ne sont toujours pas refermées. Ce vendredi-là, la circulation routière entre Yaoundé et Douala est perturbée. Pour rejoindre la capitale économique, des milliers de voyageurs se tournent vers le rail.

Camrail renforce sa rame en ajoutant des wagons. Dix ans après le déraillement meurtrier du train Intercity de Camrail, les survivants portent toujours leurs blessures, une famille cherche encore le corps d’une disparue et la justice attend son épilogue. Au Cameroun, le temps passe, mais la douleur demeure. Derrière ces chiffres, des destins fracassés. Et une question qui résiste au temps : comment une catastrophe de cette ampleur a-t-elle pu laisser autant de blessures sans réponse définitive ?

Dix ans après, les survivants n’ont pas quitté Eseka

Arnaud était dans l’avant-dernier wagon. Lorsqu’il reprend conscience après le déraillement, il découvre des corps, des sièges arrachés et des porte-bagages disloqués. Dix ans après, le souvenir reste intact. Eugénie, aujourd’hui âgée de 39 ans, a survécu à plusieurs fractures, dont une au cou. Mais survivre n’a pas signifié retrouver une vie normale.

Elle raconte ses douleurs permanentes, ses pertes de mémoire et sa dépendance quotidienne à l’aide d’un proche. « Depuis cet accident, ma vie n’existe plus », confie-t-elle. Ces témoignages rappellent une réalité trop souvent reléguée derrière les bilans : une catastrophe ne s’arrête pas lorsque les secours quittent les lieux.

Elle se prolonge dans les corps, les familles, les revenus perdus et les traumatismes psychologiques. Pour les victimes, la réparation ne peut se réduire à un dossier d’indemnisation.

Dorette Dissakè, l’énigme qui empêche le deuil

Pour la famille de Dorette Dissakè, notaire à Yaoundé, la douleur est aggravée par une absence insoutenable : son corps n’a jamais été retrouvé. Son époux, l’avocat Thomas Dissakè, refuse de renoncer à comprendre. Avec sa famille, il poursuit les recherches, jusqu’à mobiliser des experts avec le concours de Camrail et du ministère des Transports pour sonder le sol à Eseka.

Comment faire son deuil lorsque la dépouille d’un proche demeure introuvable ? Comment accepter une disparition lorsque les circonstances précises restent inexpliquées ? Dix ans après, cette quête témoigne des zones d’ombre qui continuent de peser sur la catastrophe.

Une responsabilité reconnue, mais une justice inachevée

Le rapport d’enquête rendu public en 2017 avait relevé plusieurs facteurs ayant contribué au déraillement : une vitesse de 96 km/h sur une portion limitée à 40 km/h, la surcharge du train, l’allongement de la rame, des défaillances de freinage et des réserves du conducteur qui n’auraient pas été suffisamment prises en compte par sa hiérarchie.

Le 26 septembre 2018, le tribunal de première instance d’Eseka a condamné Camrail et onze de ses employés pour homicide et blessures involontaires. Mais la décision n’a pas clos le dossier. La compagnie a fait appel, contestant notamment les expertises, tandis que les avocats des victimes jugeaient certaines indemnisations insuffisantes. Selon les informations rapportées, le procès en appel n’a toujours pas eu lieu.

Entre-temps, les activités de transport du groupe Bolloré ont été cédées à MSC en 2022. Mais les changements d’actionnariat ne sauraient effacer les questions de responsabilité, de réparation et de mémoire.

Eseka, le procès de la durée

Dix ans après, le scandale n’est plus seulement ferroviaire. Il est aussi humain et judiciaire. Car lorsqu’une décision est contestée, que des indemnisations restent attendues et qu’une famille cherche encore un corps, le temps devient lui-même une épreuve supplémentaire. La justice doit suivre son cours, dans le respect des droits de toutes les parties.

Mais les victimes ont besoin de visibilité sur les prochaines étapes, les réparations et les responsabilités définitivement établies. 79 morts. Plus de 500 blessés. Dix ans d’attente. Ces chiffres ne sont pas une simple archive nationale : ils désignent des vies interrompues, des existences durablement altérées et des familles qui attendent encore.

À Eseka, le train s’est arrêté dans les décombres. Pour les survivants et les proches des victimes, le voyage vers la vérité, la réparation et le deuil, lui, n’est pas terminé.

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