Face à la persistance des circuits de contrebande et aux risques liés à la criminalité transfrontalière dans le golfe de Guinée, le Cameroun renforce la surveillance de ses eaux territoriales.
Les réunions tenues le 22 octobre 2026 à Limbé et Idenau, dans le cadre de l’opération HALCOMI IV, marquent une nouvelle étape dans le rapprochement entre les Douanes et la Marine nationale. Objectif : démanteler les réseaux illicites, sécuriser le littoral et protéger les recettes de l’État.
Le dispositif de surveillance maritime camerounais monte en puissance. Le 22 octobre dernier, à Limbé et Idenau, dans la région du Sud-Ouest, les responsables des Douanes et de la Marine nationale ont tenu des séances de travail consacrées au renforcement de leurs opérations conjointes.
Ces rencontres s’inscrivent dans le cadre de HALCOMI IV, l’opération gouvernementale de lutte contre le commerce illicite
Une offensive qui se prépare depuis plusieurs semaines
Cette initiative prolonge une réunion de coordination organisée le 28 septembre à la base navale de Douala. Les échanges avaient alors porté sur les modalités d’une surveillance concertée des espaces maritimes et fluviaux.
Le déploiement de cette coopération vers le Sud-Ouest traduit ainsi une volonté d’étendre la coordination opérationnelle au-delà du seul périmètre de Douala. Pourquoi maintenant ? Les autorités entendent renforcer un dispositif déjà engagé, en améliorant la circulation du renseignement, la planification des interventions et la disponibilité des moyens logistiques.
L’objectif est de rendre les contrôles plus cohérents face à des trafics qui exploitent les frontières maritimes et les possibilités de contournement des circuits officiels.
Des patrouilles conjointes pour resserrer le contrôle
Le principal levier annoncé repose sur une coopération accrue entre les administrations douanières et les forces navales. Les deux structures doivent notamment améliorer le partage d’informations, coordonner leurs interventions sur le terrain et mutualiser davantage leurs moyens logistiques.
Cette démarche s’appuie sur l’accord de coopération conclu le 11 août 2015 entre les ministères des Finances et de la Défense. Ce cadre vise à faciliter l’intervention des Douanes dans les espaces maritimes, fluviaux et lacustres, avec l’appui des forces de défense.
Sur le terrain, plusieurs unités sont appelées à participer au dispositif : la base navale de Limbé, la Compagnie de protection spéciale chargée notamment de la sécurité de la raffinerie SONARA et la compagnie spécialisée dans les opérations de combat en milieu aquatique.
Le défi ne consiste donc pas seulement à multiplier les patrouilles. Il s’agit aussi de mieux exploiter les renseignements disponibles, de réduire les délais de réaction et de faciliter les interventions lorsque des cargaisons suspectes sont repérées.
Carburant, marchandises et réseaux transfrontaliers dans le viseur
Les opérations visent en priorité les circuits de contrebande et les activités commerciales échappant aux contrôles légaux. Le trafic de carburant figure parmi les préoccupations documentées des autorités maritimes camerounaises. En janvier 2026, la Marine nationale a annoncé l’arraisonnement de deux embarcations au large de Limbé, les 11 et 12 janvier.
Les opérations avaient permis de saisir près de 156 000 litres de carburant et d’interpeller 18 membres d’équipage de différentes nationalités. Le bilan communiqué par la Marine faisait également état de 232 500 litres de carburant de contrebande saisis depuis le début de cette première quinzaine de janvier.
Ces chiffres illustrent l’importance économique que peuvent représenter les cargaisons illicites transportées par voie maritime. Toutefois, ils ne constituent pas le bilan de la nouvelle phase de coopération annoncée en octobre.
Au-delà des hydrocarbures, la lutte contre le commerce illicite concerne également les marchandises importées ou exportées en dehors des procédures réglementaires. Les investigations peuvent ainsi viser les transporteurs, les intermédiaires et les réseaux de distribution impliqués, selon les infractions effectivement constatées.
Un enjeu économique et sécuritaire majeur
Le littoral camerounais occupe une position stratégique dans les échanges commerciaux du golfe de Guinée. La circulation des navires, les activités portuaires et les échanges avec les pays voisins constituent des leviers essentiels de l’économie nationale.
Mais cette ouverture expose également le pays aux risques de contrebande et à différentes formes de criminalité maritime. À l’échelle régionale, la piraterie, les attaques contre les navires et les enlèvements de marins contre rançon demeurent des menaces signalées dans le golfe de Guinée.
Ces phénomènes ne doivent cependant pas être confondus avec la contrebande : ils relèvent de pratiques criminelles distinctes, même si leurs espaces d’activité peuvent se recouper.
Pour l’État, l’enjeu est double. D’une part, il s’agit de protéger les recettes douanières et de limiter les distorsions de concurrence subies par les opérateurs économiques en règle. D’autre part, il faut sécuriser les installations sensibles et prévenir l’utilisation des voies maritimes à des fins criminelles.
Un bilan encore attendu
Si les réunions de Limbé et d’Idenau précisent les orientations de cette nouvelle phase, plusieurs questions restent ouvertes. Dans les informations disponibles sur ces rencontres, de bilan chiffré propre aux futures patrouilles conjointes : nombre d’interceptions, volumes de marchandises saisis, réseaux démantelés ou personnes interpellées.
L’efficacité du dispositif dépendra donc de sa mise en œuvre concrète, de la régularité des patrouilles, des moyens matériels disponibles et de la qualité de la coopération entre les services concernés. La transparence sur les résultats sera également déterminante pour mesurer les progrès accomplis et distinguer les annonces opérationnelles des effets réellement observés.
Au-delà de l’intensification des contrôles, le véritable test sera la capacité des Douanes et de la Marine nationale à inscrire cette coopération dans la durée. Car, en mer comme à terre, la lutte contre les trafics ne se mesure pas seulement au nombre d’opérations engagées, mais aussi à leur capacité à désorganiser durablement les circuits illicites, sans entraver les activités maritimes légales.