Avec près de 834 milliards de FCFA de nouveaux financements approuvés en trois ans, le partenariat entre le Cameroun et la Banque africaine de développement (BAD) affiche une dynamique sans précédent.
Pourtant, derrière cette progression des engagements se cache une réalité plus contrastée : lenteurs administratives, faible rythme des décaissements et difficultés d’exécution continuent de limiter l’impact des projets sur le développement du pays.
À mi-parcours du Document de stratégie pays (DSP) 2023-2028, le véritable défi n’est plus de mobiliser des ressources, mais de les transformer en infrastructures et en croissance.
Une coopération qui monte en puissance
Depuis le lancement du DSP 2023-2028, huit nouvelles opérations ont été approuvées pour un montant cumulé de 833,8 milliards de FCFA, soit près de 68 % de l’enveloppe prévisionnelle.
Dans le même temps, les engagements globaux de la BAD au Cameroun sont passés de 1 226,2 à 1 603,6 milliards de FCFA, tandis que la capacité annuelle d’accès aux ressources du guichet souverain a progressé de 57 %, atteignant 429,4 milliards de FCFA.
Un niveau élevé de confiance envers le Cameroun
Ces performances traduisent la confiance de la BAD envers le Cameroun et son rôle stratégique en Afrique centrale. Les réalisations déjà enregistrées en témoignent : plus de 570 kilomètres de routes, la centrale hydroélectrique de Nachtigal (420 MW), des appuis à l’agriculture avec plus de 133 000 tonnes d’engrais et de semences améliorées, ainsi que des projets créateurs d’emplois.
Des performances freinées par les faiblesses de la gouvernance
Cette dynamique contraste toutefois avec le faible rythme d’exécution. Le portefeuille actif, évalué à plus de 1 629 milliards de FCFA, n’affiche qu’un taux de décaissement de 26 %. Ce niveau traduit les difficultés persistantes à transformer les financements approuvés en réalisations concrètes.
Les causes sont connues : retards dans la signature et l’entrée en vigueur des accords, insuffisance des fonds de contrepartie, lenteurs dans la passation des marchés et transmission tardive des audits.
Les difficultés ne relèvent donc plus principalement du financement, mais de la capacité administrative à conduire efficacement les projets. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les transports et l’énergie concentrent plus de 76 % du portefeuille de la BAD.
Des progrès réels, mais encore insuffisants
La proportion des projets classés en « alerte rouge » est néanmoins passée de 48 % à 26 % entre février et juillet 2026. Cette amélioration traduit l’effet des mesures d’accélération mises en œuvre, notamment les contrats de performance et les revues sectorielles.
Elle ne doit cependant pas être confondue avec une accélération des décaissements. Un projet peut sortir de la catégorie des opérations à risque sans que les fonds soient effectivement mobilisés ou les travaux achevés.
Préserver la confiance des partenaires
À mi-parcours du DSP, le Cameroun se trouve à un tournant. Si les lenteurs administratives persistent, les projets risquent de connaître des prorogations, des révisions de calendrier, voire des annulations partielles de financements.
À plus long terme, une faible capacité d’absorption pourrait influencer les arbitrages futurs de la BAD, mais aussi affecter la crédibilité du Cameroun auprès des autres partenaires techniques et financiers.
Le défi est désormais moins financier qu’institutionnel. Il passe par une meilleure coordination entre les administrations, la sécurisation des fonds de contrepartie, l’accélération des procédures de passation des marchés et un suivi plus rigoureux des projets.
Passer d’une logique de mobilisation des ressources à une véritable culture de l’exécution
En définitive, la coopération entre le Cameroun et la BAD demeure un levier majeur de développement. Les financements sont disponibles, mais leur impact dépendra de la capacité du pays à passer d’une logique de mobilisation des ressources à une véritable culture de l’exécution, afin que les milliards engagés se traduisent en infrastructures, en emplois et en amélioration durable des conditions de vie.