De Yaoundé à Moscou : le Cameroun mise sur la Russie pour sécuriser ses corridors logistiques

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La visite en Russie du ministre camerounais des Transports, du 1er au 3 avril 2026, dépasse largement le cadre protocolaire.


Ports, rail, aviation, commerce régional : derrière la visite de Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè en Russie, une offensive géoéconomique aux implications stratégiques pour l’Afrique centrale.


La visite en Russie du ministre camerounais des Transports, du 1er au 3 avril 2026, dépasse largement le cadre protocolaire. Présent au Forum international des transports et de la logistique de Saint-Pétersbourg, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a inscrit le Cameroun dans une nouvelle diplomatie des infrastructures, au moment où Moscou accélère sa projection économique sur le continent africain.

Le rendez-vous était d’envergure : plus de 80 pays représentés, près de 6 000 participants, 1 250 entreprises russes et étrangères, dont 450 spécialisées dans le transport et la logistique, ainsi qu’une trentaine de ministres sectoriels ont pris part au forum organisé sous le patronage du président russe Vladimir Poutine.

Face aux investisseurs russes, le ministre camerounais des Transports a défendu la position stratégique du Cameroun comme principal hub logistique de l’Afrique centrale. « Le Cameroun entend consolider sa position de plate-forme multimodale de référence en Afrique centrale », a-t-il déclaré selon des médias locaux, en mettant en avant les infrastructures portuaires du Port de Douala et Port de Kribi, qui desservent également le Tchad et la République centrafricaine.

Les chiffres confirment cet enjeu stratégique. Le port de Douala traite encore près de 95 % du commerce extérieur camerounais, tandis que le port en eau profonde de Kribi ambitionne de devenir l’un des principaux hubs maritimes du golfe de Guinée. À cela s’ajoutent les corridors terrestres vers N’Djamena et Bangui, vitaux pour l’intégration régionale de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale.

Sur le plan intérieur, Yaoundé fait face à d’importants défis structurels : congestion portuaire, déficit ferroviaire, coûts logistiques élevés et infrastructures aéroportuaires inégalement modernisées. En janvier 2026, Jean-Ernest Ngallè Bibéhè rappelait déjà l’urgence de la transformation du secteur : « Il sera nécessaire de renforcer les efforts dans la facilitation des échanges et la dématérialisation des procédures portuaires », en saluant le rôle stratégique du Conseil National des Chargeurs du Cameroun.

Le ministre camerounais des Transports a également annoncé une ambition nationale plus large : « Le Cameroun entend doter chacune de ses dix régions d’un aéroport », dans une logique de connectivité interne et de stimulation économique.

Mais cette ouverture vers Moscou revêt aussi une dimension géostratégique. Dans un contexte de rivalités accrues entre la Chine, la France, la Turquie, les Emirats arabes unis et désormais la Russie, le Cameroun cherche à diversifier ses partenaires sans dépendance exclusive.

En filigrane, Yaoundé veut transformer sa géographie en puissance économique. Dans la bataille mondiale des corridors logistiques, le Cameroun tente de s’imposer comme la porte d’entrée incontournable de l’Afrique centrale.

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