Déchets plastiques au Cameroun : la fin du tout-jetable est-elle enfin possible ?

Avec seulement 10 % des déchets plastiques recyclés, le potentiel économique de la filière reste largement inexploité. Pourtant,

Chaque année, le Cameroun produit plus de 300 000 tonnes de déchets plastiques, dont à peine 10 % sont recyclés. Le reste envahit les rues, obstrue les caniveaux, pollue les cours d’eau et finit dans l’océan.

Face à cette urgence environnementale, le gouvernement impose, à compter du 1er décembre 2026, un minimum de 30 % de plastique recyclé d’origine locale dans les bouteilles en plastique. Une mesure ambitieuse qui pourrait transformer toute une filière, à condition de surmonter les défis liés à la collecte, au recyclage et aux comportements des consommateurs.

Le plastique est devenu l’un des principaux déchets produits au Cameroun. Léger, peu coûteux et omniprésent dans les emballages, il est aussi l’un des plus difficiles à éliminer. Selon les estimations, plus de 300 000 tonnes de déchets plastiques sont générées chaque année, mais seulement 10 % sont recyclées.

Une pollution qui déborde les villes

L’immense majorité est abandonnée dans la nature. À Douala, Yaoundé et dans d’autres centres urbains, bouteilles, sachets et emballages plastiques s’accumulent dans les rues et les marchés, obstruent les caniveaux et aggravent les inondations pendant les saisons de pluies.

Une partie est entraînée vers les fleuves puis vers l’océan Atlantique, où elle contribue à la pollution marine. Pour la Fondation camerounaise des consommateurs, cette situation n’est plus seulement un problème de salubrité, mais une véritable urgence sanitaire, économique et environnementale.

Des conséquences qui dépassent la simple pollution

Les effets des déchets plastiques vont bien au-delà de la dégradation du paysage urbain. Lorsque les caniveaux sont bouchés, les eaux stagnantes favorisent la prolifération des moustiques, augmentant les risques de paludisme et d’autres maladies. Dans certaines localités, les déchets sont brûlés à l’air libre, libérant des fumées contenant des substances toxiques pouvant affecter les voies respiratoires.

Les plastiques abandonnés se fragmentent progressivement en microplastiques, désormais présents dans les sols, les rivières, les poissons et, selon plusieurs études internationales, jusque dans l’eau potable et certains aliments.

Les scientifiques poursuivent leurs recherches sur leurs effets à long terme, mais les inquiétudes portent notamment sur leurs impacts potentiels sur les systèmes hormonal, immunitaire et reproductif. Sur le plan économique, la pollution plastique accroît les coûts de collecte des déchets, dégrade les infrastructures urbaines, pénalise le tourisme et affecte les activités de pêche.

Une nouvelle réglementation pour changer la donne

Face à cette situation, le gouvernement entend renforcer son dispositif réglementaire. À partir du 1er décembre 2026, les fabricants de bouteilles devront incorporer au moins 30 % de plastique recyclé d’origine locale dans leur production.

Cette mesure poursuit plusieurs objectifs : développer une véritable industrie nationale du recyclage, réduire la dépendance aux matières plastiques vierges importées, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et encourager la collecte des déchets plastiques.

Si elle est effectivement appliquée, cette obligation pourrait créer de nouveaux débouchés économiques pour les entreprises spécialisées dans la récupération et le recyclage, tout en stimulant les emplois dits « verts ».

Ce que dit déjà la législation camerounaise

Le Cameroun ne part pas de zéro. Depuis plusieurs années, plusieurs textes encadrent la gestion des déchets et la protection de l’environnement. La loi-cadre sur la gestion de l’environnement impose notamment le principe du pollueur-payeur et la prévention des pollutions.

Des mesures ont également été prises pour limiter l’utilisation des emballages plastiques non biodégradables, même si leur application reste inégale. Le défi réside moins dans l’absence de textes que dans leur mise en œuvre. Le contrôle demeure limité, les sanctions sont rarement appliquées et la collecte sélective reste encore embryonnaire dans la plupart des villes.

Le recyclage, un secteur encore sous-exploité

Avec seulement 10 % des déchets plastiques recyclés, le potentiel économique de la filière reste largement inexploité. Pourtant, de nombreuses initiatives privées montrent qu’une économie circulaire est possible. Plusieurs entreprises camerounaises transforment déjà les bouteilles usagées en pavés, mobilier urbain, fibres textiles ou nouveaux emballages.

Le principal obstacle reste l’organisation de la collecte. Une grande partie des déchets est récupérée de manière informelle par des collecteurs indépendants, sans véritable structuration de la filière. Le développement d’un réseau national de tri, de centres de collecte et d’unités de recyclage sera indispensable pour atteindre les objectifs fixés par les pouvoirs publics.

Les habitudes des consommateurs peuvent-elles évoluer ?

La réussite de cette politique dépendra largement des comportements des populations. Le réflexe consistant à jeter les bouteilles et les sachets plastiques dans la rue reste profondément ancré dans de nombreuses villes, faute d’infrastructures suffisantes mais aussi de sensibilisation.

L’expérience d’autres pays montre toutefois que les habitudes peuvent évoluer lorsque plusieurs leviers sont mobilisés simultanément : multiplication des poubelles publiques, systèmes de consigne, campagnes de sensibilisation, sanctions effectives et valorisation économique des déchets.

Si une bouteille vide acquiert une valeur marchande parce qu’elle peut être revendue à une entreprise de recyclage, elle a beaucoup moins de chances d’être abandonnée dans la nature.

Le défi de l’application

L’obligation d’intégrer 30 % de plastique recyclé constitue un signal fort. Mais son succès dépendra de la capacité du pays à produire localement les volumes de plastique recyclé nécessaires. Sans investissements dans les infrastructures de collecte et de transformation, les industriels risquent de se heurter à une pénurie de matière première recyclée.

L’État devra également assurer un contrôle rigoureux afin que cette nouvelle exigence ne demeure pas une simple déclaration d’intention.

Vers une nouvelle économie du plastique ?

Au-delà de la protection de l’environnement, la lutte contre les déchets plastiques ouvre une opportunité économique. Une filière du recyclage bien structurée pourrait créer des milliers d’emplois dans la collecte, le tri, le transport et la transformation des déchets, tout en réduisant les coûts liés à la pollution urbaine. Le Cameroun dispose aujourd’hui d’un cadre réglementaire plus ambitieux.

Reste à transformer cette volonté politique en résultats concrets. Car la bataille contre les déchets plastiques ne se gagnera ni par les lois seules ni par les campagnes de sensibilisation isolées. Elle exigera une mobilisation durable de l’État, des entreprises et des citoyens pour faire du plastique usagé non plus un déchet, mais une ressource économique.

Simon Emmanuel MINYEM

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