Énergie, fintech, agriculture, numérique, immobilier : ingénieurs et entrepreneurs camerounais basés en Allemagne deviennent des investisseurs stratégiques dans un contexte de rareté des capitaux étrangers.
Longtemps réduite à ses transferts familiaux, la diaspora camerounaise en Allemagne change progressivement de dimension. Elle s’impose désormais comme un acteur géoéconomique structurant pour le Cameroun, en injectant des capitaux, des technologies et des compétences dans des secteurs jugés stratégiques par Yaoundé.
Selon la GIZ et son programme « Migration pour le développement », la diaspora camerounaise en Allemagne comptait déjà 17 000 personnes, dont 6 000 étudiants, avec une forte concentration dans les métiers à haute qualification : ingénierie industrielle, informatique, santé, robotique, énergie et finance.
Des estimations plus récentes évoquent plus de 27 500 Camerounais vivant aujourd’hui en Allemagne, faisant de cette communauté l’une des plus dynamiques d’Europe.
Leur poids financier devient stratégique. En 2024, les transferts globaux de la diaspora camerounaise ont atteint 603 millions de dollars, soit environ 362 milliards FCFA, représentant 1,1 % du PIB national, selon des données relayées par le gouvernement camerounais et la Banque mondiale.
Mais la tendance évolue : l’argent ne finance plus uniquement la consommation familiale, il s’oriente vers l’investissement productif. Le 19 mars 2025, cinq entrepreneurs camerounais venus d’Allemagne ont présenté leurs projets au ministère camerounais de l’Économie, dirigé par Alamine Ousmane Mey, en présence de l’ambassadrice allemande Corinna Fricke.
Les secteurs ciblés illustrent la montée en gamme de cette diaspora : hydroélectricité et réhabilitation de barrages ; fintech ; intelligence artificielle ; génie logiciel ; agriculture intelligente ; automatisation industrielle ; conseil stratégique ; immobilier ; santé numérique.
L’entreprise DSD NOELL GmbH ambitionne de participer à la modernisation des barrages de barrage d’Edéa, barrage de Lagdo et barrage de Songloulou. De son côté, KOTHES GmbH développe des solutions en robotique et automatisation agricole. Seed Finance travaille sur l’éducation financière des PME locales.
Le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement soutient cette dynamique via des mécanismes de co-développement facilitant les retours temporaires d’experts et les investissements transnationaux. Dans un contexte où les investissements directs étrangers ralentissent en Afrique centrale, cette diaspora devient une source alternative de capital patient.
Le véritable défi reste cependant structurel : corruption, lenteurs administratives, insécurité juridique et accès difficile au foncier continuent de freiner plusieurs projets. Malgré ces obstacles, la diaspora camerounaise d’Allemagne apparaît désormais comme un pont stratégique entre Allemagne et Cameroun.
Pour Yaoundé, l’enjeu est clair : transformer cette diaspora qualifiée en véritable fonds souverain humain avant que ses capitaux ne se redirigent durablement vers d’autres marchés africains plus compétitifs.