Les 21 et 22 octobre à Hambourg, l’INHA et le MARKK réuniront chercheurs africains et européens pour documenter le destin des œuvres africaines pendant le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Pour le Cameroun, déjà au cœur de recherches sur les collections conservées à Berlin, l’enjeu dépasse la restitution : il s’agit de reconstituer les trajectoires d’un patrimoine déplacé, dispersé et parfois effacé par l’histoire.
Le rendez-vous est scientifique, mais son enjeu touche directement à la mémoire patrimoniale du Cameroun. Les 21 et 22 octobre 2026, l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) organise au MARKK de Hambourg un atelier de recherche à huis clos consacré au destin des arts africains sous le IIIe Reich et pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une vingtaine de professionnels de musées et de chercheurs africains et européens y participeront, notamment du Cameroun, de France, d’Allemagne, du Sénégal et d’Éthiopie. Pour le Cameroun, cette recherche prend une dimension particulièrement concrète. Un séminaire de l’INHA programmé le 8 octobre 2026 porte directement sur les collections camerounaises conservées notamment à Berlin.
Il retrace les trajectoires d’objets soumis aux évacuations, mises à l’abri, déplacements forcés, saisies par l’Armée rouge, transferts vers l’URSS puis la RDA et retours partiels après 1990. Autrement dit, derrière la question générale des « œuvres africaines » se trouve une histoire camerounaise encore largement à écrire.
Que sont devenus les objets partis du Cameroun vers les collections allemandes ? Dans quelles circonstances ont-ils été acquis ? Qui les a collectés, transportés, inventoriés et conservés ? Que leur est-il arrivé pendant les bombardements et les déplacements liés à la guerre ? Et comment certains ont-ils finalement rejoint les collections soviétiques, est-allemandes puis allemandes ?
L’intérêt du programme de l’INHA est précisément de ne pas réduire cette histoire à la seule question de la restitution. Le projet 2025–2028 entend examiner les déplacements, destructions, effacements et repositionnements des arts africains en Afrique comme en Europe, mais aussi les institutions, les acteurs et les systèmes de classement qui ont façonné leur trajectoire.
Le contexte allemand est particulièrement sensible. Les chercheurs veulent notamment comprendre la place accordée aux arts africains par le IIIe Reich, le fonctionnement des musées ethnographiques allemands et l’influence des théories racistes sur le statut scientifique et culturel attribué à ces objets.
Le programme interroge également les liens entre les œuvres africaines et les biens spoliés dans le contexte des persécutions antisémites de 1933 à 1945. Pour Yaoundé, cette recherche ouvre un autre front : celui de la connaissance précise de son patrimoine dispersé.
Avant de parler de retour, encore faut-il savoir où se trouvent les objets, quand ils sont sortis du territoire, par quels circuits ils sont passés et sous quel statut ils ont été intégrés aux collections européennes. Cette exigence documentaire rejoint les recherches actuellement conduites en Europe sur la provenance des collections africaines.
Elle peut aussi permettre au Cameroun de disposer, à terme, d’une cartographie plus précise de son patrimoine conservé hors de ses frontières. L’enjeu dépasse donc les musées. Il touche à la capacité des institutions camerounaises, universitaires et culturelles à reprendre la maîtrise documentaire de leur propre histoire patrimoniale.
Hambourg sera ainsi moins un procès du passé qu’un laboratoire de recherche. Mais pour le Cameroun, le message est stratégique : retrouver les objets, c’est aussi retrouver les histoires qui les accompagnent.
À l’heure où les débats sur les restitutions africaines se déplacent progressivement de la revendication politique vers la recherche de provenance, le Cameroun dispose avec ces travaux d’un nouveau terrain pour documenter son patrimoine, identifier les trajectoires de ses œuvres et construire, sur des bases archivistiques solides, ses futures discussions avec les institutions européennes.
Du musée à l’archive, de Berlin à Yaoundé, la bataille patrimoniale commence désormais par une question simple : où sont les œuvres camerounaises, et quelle histoire racontent-elles ?