Du Wouri à Tokyo : les Bakoko, un royaume ancestrale à la conquête de la reconnaissance internationale

Les Bakoko, mémoire ancienne du Cameroun

Au Japon, le roi Erick Jamil Madiba Songue porte la mémoire d’un peuple discret, enraciné dans les traditions du Cameroun. Entre héritage bantou, spiritualité, oralité et diplomatie culturelle, l’exposition de l’Université Teikyo ouvre une fenêtre internationale sur une civilisation dont l’histoire reste à mieux documenter et transmettre.

Un couvre-chef cérémoniel, un chasse-mouches rituel, des colliers et des textiles traditionnels : au Musée général de l’Université Teikyo, à Hachioji, ces objets racontent davantage qu’une histoire de royauté. Ils donnent à voir une mémoire africaine vivante.

Du 26 septembre au 25 octobre 2026, l’exposition « La Royauté en Afrique : À la découverte de l’Afrique à travers le peuple Bakoko » a mis à l’honneur Sa Majesté Erick Jamil Madiba Songue, roi du Royaume Bakoko-Wouri, au Cameroun. Portée par le Laboratoire Yoshioka de la Faculté d’économie de l’université, l’initiative ouvre un espace de dialogue entre patrimoine camerounais et regard académique japonais.

Les Bakoko, mémoire ancienne du Cameroun

Les Bakoko, également désignés dans certaines traditions comme les Elog Mpoo, appartiennent à l’univers culturel bantou et à l’ensemble côtier Sawa. Leur histoire est profondément liée au bassin du Wouri, à la Sanaga et aux territoires forestiers du Littoral.

Leurs relations historiques avec les communautés voisines, notamment les Duala, les Bassa et les Malimba, ont façonné des échanges, des alliances et des circulations de populations au fil des générations.

Les traditions orales bakoko évoquent des migrations anciennes, avec des récits reliant les origines du peuple à l’Éthiopie, à l’Égypte antique, puis à Ngog-Lipóndó, haut lieu symbolique de plusieurs traditions d’origine du Cameroun.

Ces récits constituent un patrimoine identitaire majeur. Ils doivent être étudiés en dialogue avec les travaux historiques, linguistiques et archéologiques, sans confondre mémoire ancestrale et certitude scientifique. La tradition du royaume Bakoko-Wouri associe notamment l’histoire de ses ancêtres aux premiers peuplements de la région de ya-poma (Japoma) et du bassin du Wouri.

Le récit du premier occupant de Ngog-Lipóndó, comme les généalogies royales, mérite d’être documenté auprès des gardiens de la tradition et des historiens. L’ancienneté des peuples de cette région ne saurait être résumée à un classement définitif : elle se révèle dans la profondeur des mémoires, des langues et des liens au territoire.

Une spiritualité enracinée dans la nature

Chez les Bakoko, comme dans de nombreuses sociétés traditionnelles d’Afrique centrale, la spiritualité ne se réduit pas à un rituel. Elle touche aux relations entre les vivants, les ancêtres, la terre, les eaux et la communauté. Le fleuve nourrit, relie et porte des mémoires ; la forêt abrite des savoirs et des ressources ; les rites structurent les étapes de la vie et les responsabilités collectives.

L’initiation, selon les lignages et les traditions concernées, peut transmettre des règles de conduite, des connaissances, des interdits et une conception du lien entre l’individu et la communauté. Les quatre éléments – eau, terre, air et feu – peuvent servir de grille symbolique pour évoquer les dimensions de la vie, de la transformation et de l’équilibre. *

Il serait toutefois imprudent de présenter cette grille comme un système initiatique uniforme partagé par tous les Bakoko : les pratiques précises relèvent de traditions diverses, dont certaines sont réservées aux initiés.

La discrétion de certaines familles et la préservation de savoirs transmis oralement expliquent en partie pourquoi cet héritage demeure peu connu du grand public. Sa valorisation exige respect, recherche et transmission, sans dévoiler indistinctement les pratiques confidentielles.

Un peuple, plusieurs territoires, une contribution nationale

Si le cœur historique bakoko se situe principalement dans le Littoral, les migrations, les alliances et les mobilités (Sud -Ouest, Extrême-Nord) ont étendu la présence de communautés bakoko aussi dans d’autres régions du Cameroun, notamment le Centre et le Sud. Des présences plus ponctuelles sont également signalées ailleurs, mais leur étendue doit être établie à partir de sources locales fiables.

L’apport des Bakoko au Cameroun s’inscrit dans la vie agricole, la pêche, les échanges, les savoir-faire forestiers, les langues, les arts et les structures communautaires. Comme les autres peuples du pays, ils participent à la construction d’une identité nationale plurielle. Leur contribution mérite d’être mieux documentée dans les archives, les écoles, les musées et les programmes de valorisation du patrimoine.

La proximité historique avec les peuples autochtones des forêts d’Afrique centrale, notamment les communautés désignées sous le terme de Pygmées, invite également à explorer les échanges de savoirs, les relations au milieu naturel et les mémoires partagées. Elle ne signifie pas que ces populations auraient une origine unique ni une spiritualité identique.

Pourquoi le Japon ?

Le dialogue avec le Japon offre une occasion de faire connaître cette richesse au-delà des frontières. Les objets cérémoniels, les textiles et le message vidéo du souverain deviennent des médiateurs entre deux univers culturels. La rencontre peut ouvrir des perspectives dans la recherche universitaire, la conservation des objets, la documentation des traditions orales et la transmission aux jeunes générations.

Il ne s’agit pas d’affirmer une parenté historique particulière entre Bakoko et Japonais, mais de construire un terrain de compréhension mutuelle autour du patrimoine, de la mémoire et des rapports entre société et nature.

Du Wouri à Hachioji, l’enjeu dépasse la visibilité d’un roi : il s’agit de donner une place internationale à la mémoire d’un peuple – Le peuple bakoko. Pour que cette exposition ne reste pas un événement isolé, elle pourrait ouvrir la voie à des archives numériques, des recherches conjointes, des publications bilingues et des échanges entre chercheurs, artisans et détenteurs de traditions.

La royauté devient alors plus qu’un symbole d’autorité : un instrument de diplomatie culturelle. Et le patrimoine bakoko, loin d’être enfermé dans le passé, peut devenir une ressource pour penser l’avenir du Cameroun.

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