Des richesses de la Sanaga aux plantations, en passant par les collèges Saint-Pie X et Notre-Dame et l’école Saint-Dominique-Savio, la contestation relance le débat sur le patrimoine de l’Église, les droits des communautés et le partage des retombées économiques.
À Mbanda, dans la Sanaga-Maritime, le sable vaut désormais plus qu’une ressource destinée aux chantiers. Il cristallise une bataille de mémoire, de légitimité et de partage des richesses. Le chef de la communauté accuse des responsables catholiques d’avoir confisqué, selon ses termes, les ressources naturelles de sa population.
Il réclame notamment les retombées liées à l’exploitation du sable de la Sanaga. Derrière cette sortie se dessine une question sensible : qui bénéficie réellement des richesses d’un territoire et au nom de quels droits ?
Une présence historique, un patrimoine à clarifier

L’Église catholique est implantée à Édéa depuis 1891, lorsque les missionnaires pallottins y fondent une mission. Cette présence ancienne a progressivement laissé une empreinte religieuse, sociale et éducative. Les collèges Saint-Pie X et Notre-Dame, ainsi que l’école catholique Saint-Dominique-Savio, s’inscrivent dans le paysage scolaire associé à cette histoire.
L’héritage évoqué dans la controverse dépasse les lieux de culte et les établissements d’enseignement. Les terres, les plantations de bananiers, les palmeraies, les cacaoyères et les caféières sont également citées parmi les activités agricoles liées à l’histoire de la mission et du patrimoine foncier local – de la famille Mboglè, à la famille Etoupé en passant par les Ndong Nsouké…
Mais l’ancienneté d’une institution ne suffit pas à établir ses droits sur chaque terrain ni à répondre aux revendications des populations. Quels espaces ont été acquis, cédés ou mis à disposition ? Quels titres fonciers et quelles conventions encadrent leur occupation ?
Quelles activités ont généré des revenus, et selon quelles modalités ceux-ci ont-ils été utilisés ? Ces questions nécessitent des documents précis, plutôt que des interprétations concurrentes de l’histoire.

Le sable, révélateur d’une bataille économique
À Édéa, l’exploitation du sable répond aux besoins du secteur du bâtiment et alimente une activité économique importante. Mais elle soulève aussi des enjeux de gouvernance : autorisations d’exploitation, contrôle des prélèvements, protection des berges, fiscalité et éventuelles retombées pour les communautés riveraines.
En réclamant sa part des bénéfices, le chef de Mbanda pose ainsi la question de la place des populations traditionnelles dans la gestion des ressources de leur territoire.
Sa revendication appelle toutefois une clarification juridique : les droits éventuels de la communauté, les responsabilités des exploitants et les obligations des autorités doivent être établis à partir des textes applicables, des autorisations délivrées et des accords existants.
Il importe également de distinguer les responsabilités. L’exploitation du sable peut relever d’opérateurs privés ou de titulaires d’autorisations administratives ; les revenus et les obligations qui en découlent ne peuvent être automatiquement imputés à l’Église sans preuve de son implication directe dans les opérations concernées.
L’œuvre éducative ne clôt pas le débat
Les établissements catholiques ont contribué à la formation de générations d’élèves à Édéa. Cet apport éducatif et social fait partie du bilan historique de l’Église dans la région. Il ne saurait cependant, à lui seul, régler une contestation portant sur les terres, les ressources naturelles ou la distribution des revenus.
Inversement, les accusations du chef, aussi fermes soient-elles, ne constituent pas en elles-mêmes la preuve d’une appropriation illégale ou d’une rétention de revenus. Les responsables catholiques concernés doivent pouvoir présenter leur version des faits, leurs documents fonciers et, le cas échéant, les éléments relatifs à la gestion des activités contestées.
La sortie de crise passe donc par une démarche transparente associant autorités traditionnelles, responsables religieux, administrations compétentes et représentants des populations.
L’examen des titres, des conventions d’exploitation et des éventuels mécanismes de redistribution permettrait de distinguer les droits établis des revendications qui restent à instruire.
À Mbanda, le véritable enjeu n’est pas d’opposer la chefferie à l’Église, ni d’effacer plus d’un siècle d’histoire catholique. Il est de faire en sorte que la mémoire, les droits fonciers et les richesses de la Sanaga-Maritime ne deviennent pas les instruments d’un conflit durable.