Le projet du Fonds de solidarité nationale (FSN) ressemble désormais à un long feuilleton administratif.

Fonds de solidarité nationale : pourquoi le Cameroun piétine toujours

Annoncée parmi les priorités budgétaires de l’exercice 2027, la création du Fonds de solidarité nationale revient une nouvelle fois au-devant de la scène, plus de vingt ans après les premières réflexions engagées sur le sujet. Destiné à financer l’assistance aux personnes vulnérables, ce mécanisme tarde pourtant à sortir des documents administratifs.

Entre difficultés de financement, hésitations institutionnelles, fragmentation des politiques sociales et insuffisance des mécanismes de ciblage, ce retard révèle les limites structurelles de la protection sociale au Cameroun.

Vingt et un ans de promesses et de reports

Le projet du Fonds de solidarité nationale (FSN) ressemble désormais à un long feuilleton administratif. Tout commence en juin 2005, à l’occasion du Forum national de la solidarité organisé à Yaoundé.

Les recommandations issues de cette rencontre préconisent la création d’un mécanisme destiné à mobiliser et à mutualiser les ressources nécessaires à l’assistance des populations vulnérables. Une première étude est engagée en mars 2006, suivie d’ateliers d’évaluation et de validation.

Mais, malgré ces travaux préparatoires, le projet ne franchit pas le cap de l’opérationnalisation. Il réapparaît régulièrement dans les orientations gouvernementales, notamment dans la circulaire présidentielle du 30 août 2023 relative à la préparation du budget 2024.

En janvier 2025, le ministère des Affaires sociales travaillait encore sur sa configuration technique, institutionnelle et financière. Sa réinscription parmi les priorités du budget 2027 traduit donc une volonté de relancer le dossier. Mais elle soulève une interrogation fondamentale : pourquoi un projet aussi ancien peine-t-il toujours à se concrétiser ?

Le nerf de la guerre : trouver un financement durable

La première difficulté est financière. Un fonds de solidarité ne peut fonctionner durablement sur la seule base des intentions gouvernementales. Il nécessite des ressources régulières, prévisibles et suffisamment importantes pour répondre aux besoins des bénéficiaires.

Or, le Cameroun évolue dans un contexte de contraintes budgétaires, marqué par des besoins importants en matière d’investissement public, de désendettement et de dépenses sociales.

Le rapport de l’OCDE sur le financement de la protection sociale au Cameroun, publié le 7 mai 2026, met en évidence cette fragilité. Environ 75 % du financement de l’assistance sociale provient des partenaires extérieurs. Une dépendance qui pose la question de la pérennité des interventions lorsque les financements des bailleurs diminuent.

La création du FSN suppose donc de définir clairement ses sources de financement : dotation budgétaire de l’État, contributions des partenaires, mécanismes de solidarité ou autres ressources légalement mobilisables. Sans cette architecture financière, le fonds risque de devenir une structure supplémentaire sans véritable capacité d’intervention.

Une gouvernance sociale encore trop fragmentée

Le deuxième obstacle concerne la coordination institutionnelle. Au Cameroun, les interventions sociales impliquent plusieurs administrations, programmes publics, collectivités territoriales et partenaires internationaux.

Cette multiplicité d’acteurs peut entraîner des chevauchements, des dispersions de ressources et des difficultés dans l’identification des bénéficiaires.

Dans son analyse de 2026, l’OCDE souligne précisément cette fragmentation de la gouvernance sociale et considère que le Fonds de solidarité nationale pourrait contribuer à renforcer la cohérence des interventions.

Mais une question demeure : quelle sera exactement la place du FSN dans l’architecture institutionnelle existante ? Sera-t-il un instrument de financement, un mécanisme de coordination ou une structure disposant de ses propres programmes d’assistance ? La clarification de ses missions, de sa tutelle et de ses mécanismes de contrôle sera déterminante.

Le Registre social unifié, une pièce maîtresse encore inachevée

L’autre difficulté est celle du ciblage. Pour distribuer efficacement les ressources, encore faut-il savoir qui aider, où se trouvent les bénéficiaires et quels sont leurs besoins. C’est précisément le rôle du Registre social unifié du Cameroun (RESUC), dont le déploiement accompagne le projet de Fonds de solidarité nationale.

Selon l’OCDE, le registre couvrait 127 000 ménages dans 47 communes au deuxième trimestre 2025, avec un objectif de couverture nationale à l’horizon 2028.

Cette progression constitue un acquis, mais le chantier reste important. Sans données fiables et régulièrement actualisées, le risque est réel de voir certaines personnes vulnérables exclues des programmes, tandis que d’autres bénéficieraient de plusieurs interventions.

L’urgence sociale ne permet plus de différer

Les besoins sont pourtant considérables. Selon l’OCDE, seulement 4,2 % de la population bénéficiait d’un programme d’assistance sociale en 2022.

Personnes handicapées, personnes âgées indigentes, enfants en difficulté, réfugiés, déplacés internes et victimes de catastrophes attendent des mécanismes de soutien plus structurés. La mise en place du FSN pourrait ainsi constituer une avancée majeure, à condition que le gouvernement dépasse le stade des études et des annonces.

L’enjeu de 2027 n’est donc plus de démontrer la pertinence du Fonds de solidarité nationale, mais de prouver la capacité de l’État à le financer, à l’organiser et à le faire fonctionner. Après vingt et un ans d’attente, les populations vulnérables ont moins besoin d’une nouvelle annonce que d’un mécanisme de solidarité réellement opérationnel.

Simon Emmanuel Minyem

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