Derrière le partenariat OIF–BAD se dessine une bataille géopolitique mondiale pour le capital humain africain. Le Cameroun apparaît comme l’un des principaux terrains de cette compétition stratégique.
La signature, le 24 juin 2026, d’un partenariat entre l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et la Banque africaine de développement (BAD) dépasse le simple cadre de la formation professionnelle.
Officiellement destiné à renforcer les compétences numériques des jeunes et des femmes au Bénin, au Cameroun, en Guinée, à Madagascar et en RDC, l’accord s’inscrit dans une compétition mondiale de plus en plus intense autour du capital humain africain.
Intelligence artificielle, cybersécurité, développement web, analyse de données : ces secteurs sont devenus des enjeux de puissance. Former les talents africains ne relève plus uniquement du développement, mais aussi de l’influence économique et technologique.
Pour la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, l’objectif est de « transformer le potentiel démographique francophone en moteur économique ». Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, insiste sur « l’urgence d’investir dans le capital humain » pour accélérer la transformation des économies africaines.
Une concurrence internationale déjà bien installée
L’initiative intervient alors que plusieurs puissances ont pris de l’avance. La Chine multiplie les centres de formation technique et les partenariats universitaires. Les États-Unis s’appuient sur leurs géants technologiques et leurs fondations pour développer l’entrepreneuriat numérique.
L’Union européenne finance de nombreux programmes de digitalisation et d’innovation. Face à cette concurrence, l’espace francophone cherche à éviter un décrochage stratégique. L’enjeu est de conserver une influence dans les futurs marchés africains du savoir, alors que le continent comptera près d’un quart de la population mondiale d’ici 2050.
Le Cameroun, laboratoire de la nouvelle diplomatie des compétences
Le choix du Cameroun comme pays pilote n’est pas anodin. Avec près de 30 millions d’habitants, une population majoritairement jeune et plusieurs pôles universitaires reconnus, le pays dispose d’atouts importants pour devenir un hub numérique en Afrique centrale.
Pourtant, le paradoxe demeure frappant. Le chômage des jeunes diplômés est estimé à plus de 30 %, alors même que les entreprises peinent à recruter des profils qualifiés dans les métiers du numérique. Les services digitaux enregistrent une croissance annuelle supérieure à 8 %, mais leur contribution à l’économie nationale reste encore limitée.
Le partenariat OIF-BAD vise précisément à combler cet écart entre formation et emploi en soutenant les compétences les plus recherchées par les entreprises et les administrations.
Une ambition confrontée à des défis structurels
L’initiative reste toutefois confrontée à plusieurs obstacles : faiblesse des infrastructures numériques dans certaines régions, accès limité au financement pour les jeunes entrepreneurs, insuffisante articulation entre universités et marché du travail.
Le risque existe de former des talents qui rejoindront ensuite les marchés étrangers plutôt que de contribuer à la transformation économique locale.
Au-delà des formations, le véritable enjeu est donc celui de la souveraineté numérique. Pour le Cameroun comme pour les autres pays concernés, il s’agit de transformer les compétences en emplois, les innovations en entreprises et le savoir en puissance économique.
La bataille qui s’ouvre n’est plus seulement éducative. Elle est géopolitique, économique et stratégique. Et le Cameroun pourrait bien en devenir l’un des principaux champs d’expérimentation en Afrique francophone.