Interpool au Cameroun : Yaoundé verrou stratégique de la sécurité en Afrique centrale

Du 18 au 21 octobre 2026, le président d’INTERPOL, Lucas Philippe, effectue son premier déplacement en Afrique depuis son élection, le 27 novembre 2025, à Marrakech.

Première visite africaine de Lucas Philippe depuis son élection, audience au sommet de l’État et réunion annoncée des chefs de police régionaux : derrière le protocole, Yaoundé cherche à renforcer la coopération face au terrorisme, aux réseaux criminels transfrontaliers et aux nouvelles menaces numériques.

Ce n’est pas une visite de courtoisie ordinaire. Du 18 au 21 octobre 2026, le président d’INTERPOL, Lucas Philippe, effectue son premier déplacement en Afrique depuis son élection, le 27 novembre 2025, à Marrakech. Le choix du Cameroun intervient dans un environnement sécuritaire sensible, où les menaces dépassent les frontières et où le partage du renseignement devient un instrument de souveraineté.

Le 19 octobre, au Palais de l’Unité, Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État et secrétaire général de la présidence de la République, reçoit le responsable d’INTERPOL au nom du président Paul Biya. Le délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguélé, participe aux échanges. L’audience dure environ une heure et porte sur la coopération policière et sur les enjeux sécuritaires du Cameroun et en Afrique centrale.

Pourquoi le Cameroun, pourquoi maintenant ?

Le contexte national donne à cette visite une portée particulière. À l’Extrême-Nord, les attaques de Boko Haram et de ses factions continuent de constituer une menace. Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, le conflit séparatiste entretient l’insécurité. À l’Est, les incursions de groupes armés venus de République centrafricaine et le banditisme transfrontalier compliquent la surveillance des frontières.

Une cartographie publiée en juin 2026 par l’Observatoire Afrique centrale de la criminalité organisée, avec des chercheurs de l’Institut d’études de sécurité, décrit précisément cette imbrication entre conflits armés, extrémisme violent et réseaux criminels transnationaux.

À ces menaces s’ajoutent les trafics, les fraudes financières, les escroqueries numériques et les mouvements de suspects entre plusieurs juridictions. Le problème est opérationnel : un réseau peut recruter dans un pays, transférer ses fonds dans un deuxième et utiliser le territoire d’un troisième pour dissimuler ses activités. Aucun service national ne peut répondre seul à cette mobilité criminelle.

Ngoh Ngoh, Mbarga Nguélé : le niveau politique et le terrain policier

La rencontre avec Ferdinand Ngoh Ngoh inscrit les questions sécuritaires dans le dialogue avec la présidence. Celle avec Martin Mbarga Nguélé renvoie à leur traduction opérationnelle : échanges d’informations, coopération technique, formation et coordination entre services.

À son arrivée à Yaoundé, Lucas Philippe a expliqué vouloir rencontrer « les hommes et les femmes qui travaillent pour la sécurité de votre pays, de la région et puis du monde ». Il a également déclaré : « Je viens donner de mon temps, mais je viens prendre des idées, et ça me fait très plaisir », selon Cameroon Tribune.

Le programme annoncé prévoit aussi une rencontre des chefs de police d’Afrique centrale à Yaoundé. Lucas Philippe a précisé vouloir rassembler les acteurs « avec une vision très technique des choses ». L’objectif affiché est donc de rapprocher les pratiques et les capacités des polices nationales face aux menaces émergentes.

Les chiffres qui expliquent l’urgence

INTERPOL regroupe 196 pays membres. Le Cameroun en est membre depuis le 4 septembre 1961 et dispose à Yaoundé d’un Bureau central national relié au réseau sécurisé I-24/7, qui permet l’échange de données policières et l’accès aux bases internationales. L’ampleur de la menace numérique est également documentée.

En août 2025, l’opération Serengeti 2.0, coordonnée par INTERPOL avec 18 pays africains et le Royaume-Uni, a abouti à 1 209 arrestations, près de 88 000 victimes recensées et au démantèlement de 11 432 infrastructures malveillantes. Le Cameroun figurait parmi les pays participants.

À l’échelle régionale, le projet I-CEMAC d’INTERPOL a déjà permis de connecter huit sites camerounais, dont les aéroports internationaux de Douala et de Yaoundé, au dispositif de vérification des frontières. Plus de 6 000 recherches ont été effectuées en 72 heures lors du déploiement rapporté par l’organisation, avec des concordances ayant conduit à l’ouverture d’enquêtes conjointes.

Du protocole aux résultats : le véritable test

Le choix du Cameroun pour cette première visite africaine constitue un signal diplomatique et institutionnel. Il ne prouve cependant pas, à lui seul, l’existence d’un nouvel accord secret ou d’une opération imminente.

L’enjeu sera de convertir les échanges en résultats mesurables : meilleure circulation des renseignements, contrôles frontaliers plus efficaces, enquêtes conjointes, renforcement des capacités numériques et démantèlement des réseaux criminels.

Pour Yaoundé, le défi est clair : faire de sa position au cœur de l’Afrique centrale un levier de coopération sécuritaire, et non un simple carrefour exposé aux menaces. Pour les populations, la valeur de cette visite se jugera moins aux personnalités reçues qu’à sa capacité à améliorer durablement leur sécurité.

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