Issa Tchiroma : l’opposant de l’exil face au procès de sa propre cohérence politique

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Car l'un des principaux obstacles auxquels se heurte aujourd'hui Issa Tchiroma réside dans son propre passé politique

Entre dénonciation du régime, recours à la justice internationale et éloignement du terrain national, l’ancien allié de Paul Biya peine à convaincre qu’il incarne une véritable alternative politique.

La plainte déposée en France par Issa Tchiroma Bakary contre le président Paul Biya et plusieurs hauts responsables de l’État camerounais marque une nouvelle étape dans la rupture spectaculaire entre l’ancien ministre de la Communication et le régime dont il fut pendant de longues années l’un des plus fidèles défenseurs.

Installé en Gambie depuis plusieurs mois, l’ancien candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2025 cherche désormais à internationaliser son combat politique en invoquant la compétence universelle de la justice française pour dénoncer les événements survenus au lendemain du scrutin. Une démarche qui suscite toutefois autant d’interrogations que de soutiens.

Car l’un des principaux obstacles auxquels se heurte aujourd’hui Issa Tchiroma réside dans son propre passé politique. Pendant près de deux décennies, il a occupé des fonctions ministérielles de premier plan au sein du gouvernement camerounais.

Porte-parole du gouvernement pendant de longues années, Issa Tchiroma fut l’un des visages les plus visibles du pouvoir et l’un de ses défenseurs les plus constants, notamment lors des crises sécuritaires, politiques et sociales qui ont marqué le pays. Cette proximité prolongée avec le système qu’il dénonce aujourd’hui nourrit les accusations d’opportunisme formulées par ses adversaires.

Pour nombre d’observateurs, l’ancien ministre peine encore à convaincre qu’il représente une rupture crédible avec un régime auquel il a lui-même contribué. Son départ du Cameroun vers la Gambie renforce également les critiques.

Alors que plusieurs figures de l’opposition ont choisi de poursuivre leur combat depuis le territoire national malgré les contraintes et les risques politiques, Issa Tchiroma apparaît désormais éloigné des réalités quotidiennes des Camerounais.

Cette situation alimente un procès en légitimité. Peut-on prétendre conduire une mobilisation nationale depuis l’étranger ? La question est régulièrement soulevée par ses détracteurs. Plus symbolique encore est l’abandon de certaines séquences politiques qu’il avait lui-même mises en avant lors de sa campagne présidentielle.

En 2025, il avait notamment annoncé son intention de se recueillir sur la tombe de l’ancien président Ahmadou Ahidjo afin de réhabiliter une mémoire longtemps marginalisée dans le récit national.

Un geste présenté alors comme un acte fort de réconciliation historique. Depuis son exil, cette promesse est restée lettre morte, donnant le sentiment d’une stratégie davantage guidée par les circonstances électorales que par une conviction durable.

Sa plainte déposée devant la justice française s’inscrit dans cette même logique de repositionnement politique. Juridiquement, les procédures fondées sur la compétence universelle existent et peuvent être engagées.

Mais elles sont généralement longues, complexes et rarement déconnectées des rapports de force diplomatiques. Sur le plan politique, cette initiative apparaît surtout comme une tentative de maintenir une visibilité internationale à un moment où son influence sur la scène intérieure semble s’être affaiblie.

Les responsables du RDPC ne cachent d’ailleurs pas leur scepticisme. Le ministre Grégoire Owona a ainsi estimé que l’ancien ministre cherchait avant tout à retrouver une place dans le débat public. Au-delà des polémiques, l’affaire met en lumière une réalité plus profonde : la difficulté pour certains anciens piliers du système politique camerounais de se réinventer en opposants crédibles.

Dans l’opinion publique, la question n’est plus seulement de savoir ce qu’Issa Tchiroma reproche aujourd’hui au pouvoir, mais également ce qu’il a fait lorsqu’il participait à son exercice. Car en politique, la mémoire demeure souvent le premier adversaire des reconversions tardives.

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