Dans son dernier ouvrage « Les Bakoko : Fragments de la spiritualité face aux errements des religions importées« , paru aux éditions Proximité à Yaoundé, Mpèpèè Richard Mbep, appelle à la réappropriation des savoirs, des croyances et l’ identité profonde africaine.
Une œuvre de réhabilitation culturelle et spirituelle
Dans cet essai profondément enraciné dans la mémoire du peuple Bakoko, Mpèpèè Mbep Richard propose une réflexion ambitieuse sur la spiritualité africaine précoloniale. L’auteur s’emploie à déconstruire l’idée selon laquelle l’Afrique aurait attendu les influences extérieures pour penser le sacré, la morale ou encore l’organisation sociale.
À travers une démarche à la fois historique, philosophique et spirituelle, il met en lumière une Afrique ancienne capable de structurer sa pensée autour de valeurs intrinsèques : la parole, la coutume et une conception élevée du divin.
Une critique des religions importées
Le cœur de l’ouvrage repose sur une critique frontale des religions dites « importées », notamment le christianisme, perçues comme des vecteurs d’aliénation culturelle. L’auteur soutient que ces systèmes ont contribué à marginaliser les spiritualités africaines originelles, en imposant de nouveaux référentiels souvent déconnectés des réalités locales.
Il dénonce particulièrement la place excessive accordée aux valeurs matérielles – symbolisées par l’argent, qualifié de « première des drogues » – qui auraient contribué à une perte de repères et à une dégradation de l’homme africain.
La redécouverte de la spiritualité Pèè
L’un des apports majeurs de l’ouvrage réside dans la valorisation de la spiritualité Pèè, héritée du peuple Ahoum. Celle-ci est présentée comme un modèle cohérent d’intelligibilité du monde, fondé sur l’équilibre, la vérité et la responsabilité individuelle et collective.
L’auteur insiste particulièrement sur le rôle structurant de la parole et de la coutume comme piliers de l’ordre social et spirituel. Il plaide également pour la réhabilitation des figures traditionnelles, notamment celle du Mpèpèè (prêtre visible), dépositaire d’une autorité spirituelle légitime et garante de la continuité des traditions.
Une démarche personnelle et engagée
La trajectoire biographique de l’auteur éclaire significativement son positionnement intellectuel. Originaire d’Adié (Édéa) et formé en France, Mpèpèè Mbep Richard incarne une figure de médiation entre modernité académique et enracinement culturel. Son parcours initiatique et sa reconnaissance par les autorités traditionnelles confèrent à son discours une double légitimité, à la fois scientifique et coutumière.
Son engagement dépasse le cadre strict de l’analyse pour s’inscrire dans une dynamique de transmission et de restauration identitaire. L’ouvrage apparaît ainsi comme un acte militant en faveur d’une réappropriation des héritages culturels africains.
Portée et limites de l’ouvrage
Cet essai s’impose comme un plaidoyer pour une renaissance africaine, fondée sur la redécouverte des spiritualités endogènes. Il s’adresse particulièrement aux Africains en quête de repères culturels dans un contexte de mondialisation et de mutation des identités.
Cependant, la posture critique de l’auteur, parfois radicale à l’égard des religions importées, peut susciter le débat. Certains lecteurs pourraient y voir une opposition trop tranchée entre tradition et modernité, là où d’autres prôneraient une synthèse.
« Les Bakoko : Fragments de la spiritualité face aux errements des religions importées » est une œuvre engagée, qui interpelle et invite à une introspection collective. Plus qu’un simple essai, il s’agit d’un appel à la reconquête culturelle et spirituelle de l’Afrique, à travers la réappropriation de ses savoirs, de ses croyances et de son identité profonde.
Il convient enfin de rappeler que Mpèpèè Mbep Richard est également l’auteur de plusieurs autres publications, notamment :
- Les sentiers initiatiques, paru aux éditions L’Harmattan (2009-2010) ;
- Les sentiers de la cité, ouvrage consacré à la ville d’Édéa, qui revient sur ses figures marquantes, les grands événements qui s’y sont déroulés, la signification de sa dénomination ainsi que celle de ses quartiers, et retrace la genèse de cette « ville lumière ».