Le Cameroun envisage de construire 20 000 logements sociaux industrialisés en privilégiant les matériaux locaux et les procédés à faible émission de carbone. Adopté le 5 octobre 2026 à Maroua, le nouvel engagement intervient dans un contexte de déficit estimé à 2,5 millions de logements décents.
Pour transformer cette ambition en réalité, le gouvernement devra résoudre une équation complexe : mobiliser les financements, développer une production industrielle de matériaux compétitifs et garantir l’accès des ménages aux logements. Dans cette perspective, la Mission de promotion des matériaux locaux (MIPROMALO) pourrait devenir un maillon technique important du dispositif.
Une ambition face à l’ampleur du déficit
La Déclaration de Maroua sur le logement décent prévoit le lancement d’un programme de 20 000 logements sociaux industrialisés, reposant notamment sur les matériaux locaux et des techniques de construction moins carbonées.
L’initiative doit associer les pouvoirs publics, les collectivités territoriales décentralisées, les promoteurs immobiliers, les universités, les centres de recherche et les partenaires au développement. Cette orientation intervient alors que les besoins en logements restent considérables.
Selon les estimations communiquées par les autorités, le déficit national atteint 2,5 millions d’unités. Rapporté à ce chiffre, le programme annoncé représenterait environ 0,8 % des besoins recensés, sans compter les nouveaux logements nécessaires chaque année sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation.
Lors du dialogue sur le financement de l’habitat organisé le 2 octobre 2026 à Maroua, le ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU) avait évoqué un objectif plus large de 200 000 logements. L’articulation entre cette ambition nationale et le programme de 20 000 unités reste cependant à préciser.
La MIPROMALO, un levier technique à mobiliser
La réussite du programme dépendra en partie de la capacité du Cameroun à produire des matériaux de construction en quantité suffisante, à des coûts maîtrisés et selon des normes de qualité rigoureuses. C’est précisément sur ce terrain que la MIPROMALO pourrait intervenir.
Cet établissement public à caractère scientifique, technique et professionnel est chargé de promouvoir l’utilisation des matériaux locaux afin de réduire les coûts de réalisation des équipements nationaux.
Ses missions comprennent la recherche, les essais en laboratoire, l’assistance technique aux entreprises, la formation et la valorisation industrielle des matériaux de construction.
Les blocs de terre comprimée, les briques, les produits à base de ressources minérales locales et certains matériaux issus du bois figurent parmi les solutions susceptibles d’être étudiées selon les caractéristiques des sites et les exigences des projets.
La MIPROMALO pourrait ainsi contribuer à la caractérisation des matières premières, à la normalisation des produits, à la formation des artisans et techniciens, ainsi qu’à l’accompagnement des entreprises locales. Son expertise pourrait également faciliter le développement d’unités de production capables d’approvisionner les chantiers à grande échelle.
Toutefois, aucune mission spécifique de cet établissement dans le programme des 20 000 logements n’étant précisée dans les éléments disponibles, sa participation demeure une perspective à formaliser.
Industrialiser pour réduire les coûts
Le recours aux matériaux locaux ne garantit pas automatiquement des logements moins chers. L’avantage économique dépendra de la disponibilité des matières premières, du coût de leur transformation, de la distance entre les unités de production et les chantiers, ainsi que de la productivité des entreprises.
L’industrialisation et la préfabrication peuvent néanmoins accélérer les travaux, limiter certaines pertes de matériaux et améliorer la régularité de la qualité. Elles supposent des investissements dans les équipements, une organisation rigoureuse des chaînes d’approvisionnement et une demande suffisamment stable pour rentabiliser les unités de production.
L’enjeu est donc de dépasser les opérations ponctuelles pour construire une véritable filière industrielle associant producteurs de matériaux, ingénieurs, architectes, entreprises du bâtiment et centres de recherche.
Le financement, principal test de crédibilité
À ce stade, les informations disponibles ne précisent ni le coût global du programme, ni son calendrier d’exécution, ni la répartition des contributions entre l’État, les collectivités et les partenaires privés.
Le partenariat public-privé envisagé pourrait permettre de partager les investissements et de mobiliser des compétences complémentaires. Mais il devra s’accompagner de mécanismes de financement clairement définis, de contrats transparents et d’une répartition réaliste des risques. L’accès au crédit immobilier constitue un autre défi.
Construire des logements ne suffit pas si les ménages auxquels ils sont destinés ne disposent pas de revenus ou de financements adaptés pour les acquérir. Les modalités d’attribution, les prix de vente et les conditions de remboursement seront donc déterminants.
Des précédents qui invitent à la prudence
L’expérience des programmes antérieurs souligne l’importance de l’exécution. Selon les chiffres communiqués par le FEICOM, le Programme de construction des cités municipales a mobilisé des financements pour 1 796 logements dans 100 communes depuis 2013, mais seulement 623 étaient achevés au 7 octobre 2026.
Cet écart rappelle qu’entre les objectifs annoncés, les financements engagés et les logements effectivement livrés, plusieurs obstacles peuvent surgir : retards de paiement, difficultés foncières, insuffisance des capacités techniques ou défaillances dans la coordination des intervenants.
Le programme des 20 000 logements représente une opportunité de rapprocher politique de l’habitat, industrialisation et valorisation des ressources nationales.
Sa crédibilité dépendra désormais de la précision de son financement, de la mobilisation effective des compétences, notamment celles de la MIPROMALO, et de la capacité à livrer des logements abordables, durables et accessibles aux ménages ciblés.