Lutte contre le blanchiment des capitaux : le Cameroun joue sa crédibilité financière

Le Cameroun accélère ses efforts pour sortir de la liste grise du GAFI

Inscrit sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) depuis juin 2023, le Cameroun affirme avoir réalisé 19 des 24 actions prévues dans son plan de mise en conformité.

Réunis le 22 octobre 2026 à Yaoundé, les responsables du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux ont fixé le cap : achever les cinq mesures restantes et préparer la sortie de la surveillance renforcée.

Mais derrière cette progression, l’enjeu est considérable : convaincre les partenaires financiers internationaux que les réformes produisent des résultats durables.

Une progression significative, mais le processus n’est pas achevé

Le Cameroun accélère ses efforts pour sortir de la liste grise du GAFI. Lors de la 2ème session ordinaire de l’année du Comité national de coordination de la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, les autorités ont fait état de 19 actions réalisées sur les 24 inscrites au plan d’action.

Le taux d’exécution est ainsi passé de 46 % à près de 80 %. La réunion, présidée par le ministre délégué auprès du ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, intervient dans un contexte où le gouvernement entend accélérer les réformes et préparer la dernière étape du processus.

Inscrit sur la liste grise depuis juin 2023, le Cameroun reste néanmoins sous surveillance renforcée. Le GAFI reconnaît les progrès accomplis, mais demande toujours des améliorations dans plusieurs domaines essentiels de la lutte contre les flux financiers illicites.

Cinq mesures pour franchir la dernière étape

Les actions restantes concernent principalement l’efficacité des contrôles, l’application des sanctions et la capacité des autorités à identifier et récupérer les avoirs issus d’activités criminelles.

Premier chantier : renforcer la surveillance fondée sur les risques. Les établissements financiers, les intermédiaires non bancaires et les entreprises et professions non financières désignées doivent faire l’objet de contrôles adaptés à leur exposition au blanchiment. Les inspections doivent être effectives, sur place comme à distance, notamment dans les secteurs les plus vulnérables.

Deuxième chantier : appliquer des sanctions réellement dissuasives. Les manquements aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme doivent entraîner des mesures correctives et des sanctions proportionnées à la gravité des infractions.

Troisième chantier : mieux tracer et confisquer les avoirs criminels. Les autorités doivent démontrer leur capacité à identifier les produits du crime, à les saisir et à les confisquer, tout en assurant une gestion appropriée des biens gelés ou saisis.

Quatrième chantier : améliorer la circulation du renseignement financier. Les informations produites par les cellules de renseignement financier doivent être échangées de manière sécurisée et exploitées efficacement par les administrations compétentes.

Cinquième chantier : démontrer l’application effective des sanctions financières ciblées. Le Cameroun doit prouver que les dispositifs liés au financement du terrorisme et à la prolifération des armes de destruction massive sont effectivement mis en œuvre.

La surveillance des organisations à but non lucratif doit, parallèlement, être fondée sur les risques, sans entraver leurs activités légitimes.

Ces priorités recoupent les déficiences stratégiques recensées par le GAFI dans son évaluation du Cameroun. Leur réalisation ne saurait toutefois être considérée comme acquise sur la seule base des annonces nationales : les autorités devront apporter des preuves vérifiables de leur mise en œuvre.

La confiance des investisseurs en question

Le maintien sur la liste grise constitue un enjeu qui dépasse la conformité réglementaire. Il peut conduire les partenaires financiers à renforcer leurs vérifications sur les opérations liées au Cameroun, compliquer certaines transactions internationales et alourdir les procédures de conformité imposées aux entreprises.

Les banques correspondantes, notamment, doivent apprécier les risques associés à leurs relations avec des établissements opérant dans des juridictions sous surveillance renforcée. Selon les situations, cette vigilance supplémentaire peut accroître les coûts et les délais des opérations.

Il convient cependant de nuancer les effets de cette inscription : la liste grise ne signifie pas que toutes les transactions camerounaises sont suspectes ni que les investissements sont automatiquement bloqués. Le GAFI préconise une approche fondée sur les risques, et non une exclusion systématique des pays concernés.

Pour le Cameroun, l’enjeu est donc de réduire les incertitudes entourant son environnement financier, de préserver les relations avec les partenaires internationaux et de renforcer l’attractivité de son économie.

Le défi de l’efficacité, au-delà des engagements

L’achèvement du plan d’action constitue une étape importante, mais il ne garantit pas une radiation automatique. Le GAFI doit encore apprécier les progrès réalisés et vérifier que les réformes sont effectivement appliquées et durables.

Selon Cameroon Tribune, les autorités envisagent de finaliser les actions restantes au début de 2027. Le neuvième rapport d’étape en préparation doit contribuer à démontrer les progrès accomplis, tandis qu’une éventuelle visite sur place du GAFI constituerait une étape décisive du processus.

Au-delà des indicateurs de réalisation, les résultats devront se traduire par une meilleure exploitation du renseignement financier, des contrôles plus efficaces, des enquêtes pertinentes et une récupération accrue des avoirs criminels.

Pour le Cameroun, le véritable test ne sera donc pas seulement d’achever cinq mesures, mais de convaincre ses partenaires que les mécanismes de lutte contre les flux financiers illicites fonctionnent dans la durée. C’est à cette condition que les progrès administratifs pourront se transformer en gains de crédibilité et en confiance financière.

Simon Emmanuel Minyem

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