Entre tensions sur le partage des retombées de l’exploitation aurifère et frustrations foncières autour d’un mégaprojet touristique annoncé à 1 500 milliards de FCFA, les populations malimba interrogent la promesse de développement et réclament transparence et justice.
À Malimba, la terre suscite les convoitises, l’or attise les tensions et les promesses de développement se heurtent à une question explosive : que gagnent réellement les populations de leur propre territoire ?
Dans la Sanaga-Maritime, deux dossiers ravivent le sentiment de dépossession exprimé par des habitants : la controverse autour de l’exploitation aurifère attribuée à des opérateurs chinois et le devenir des vastes superficies mobilisées à Yoyo pour un mégaprojet économique et touristique annoncé à 1 500 milliards de FCFA.
L’or : 500 000 FCFA (762,5 euros) au cœur de la colère

Une publication du compte Facebook N’zui Manto rapporte une vive tension à Malimba après que des habitants auraient reçu 500 000 FCFA (762,5 euros), alors que des dizaines de millions auraient été promis en lien avec l’exploitation de l’or. La même publication relaie de graves accusations visant plusieurs responsables administratifs et traditionnels, que les informations disponibles ne permettent pas de vérifier.
Qui a promis quoi ? Quel montant a effectivement été versé ? À qui et sur quelle base ? Ces questions appellent des réponses documentées. Sans accords écrits, justificatifs de paiement et auditions des parties, impossible de conclure à un détournement ou d’établir les responsabilités.
Mais la controverse révèle un problème de fond : lorsque les bénéfices attendus d’une activité économique restent flous, la défiance s’installe. Les investisseurs doivent respecter les règles, les engagements doivent être traçables et les populations doivent pouvoir comprendre ce qui leur revient réellement.
Yoyo : 10 000 hectares pour quel avenir ?
Le dossier foncier de Yoyo donne à cette crise une dimension historique. Selon Marcelin Ndoumbe, une élite malimba qui affirme connaître le dossier, un arrêté du 15 février 2012 a déclaré d’utilité publique un projet de méga-complexe économique et touristique sur environ 10 000 hectares dans l’arrondissement de Mouanko. L’investissement annoncé atteignait 1 500 milliards de FCFA.
Les projections citées faisaient état de 250 000 emplois pendant la construction et de 120 000 autres durant l’exploitation. Des chiffres vertigineux, porteurs d’espoir pour des populations en quête de désenclavement, d’infrastructures et d’opportunités économiques. Or, selon cette source, le projet n’a pas produit les transformations attendues, tandis que les questions foncières demeurent sensibles.
Marcelin Ndoumbe évoque également un titre foncier établi au nom de l’État sur 10 872 hectares, sans indemnisation des populations concernées, affirme-t-il. Ces éléments doivent être confrontés aux actes fonciers, aux plans cadastraux et aux éventuels dossiers d’indemnisation. Le paradoxe est saisissant : un territoire peut être au centre de projets d’envergure sans que ses habitants aient le sentiment d’en être les bénéficiaires.
L’État face à l’épreuve de vérité
Le rapprochement entre l’or et Yoyo ne prouve pas l’existence d’un système unique. Il met néanmoins en lumière une exigence commune : la transparence dans la gestion des ressources, du foncier et des engagements pris au nom du développement. Les autorités compétentes devraient clarifier le statut actuel des terrains, le devenir du projet de Yoyo.
S’y ajoutent es procédures d’attribution engagées et les garanties reconnues aux communautés. Dans le dossier aurifère, une vérification impartiale des paiements et des engagements permettrait de distinguer les faits des accusations. Malimba ne réclame pas seulement des promesses : les populations ont besoin de règles lisibles, de décisions justifiables et de retombées vérifiables.
L’exploitation des ressources et la mobilisation des terres au nom de l’intérêt public ne peuvent durablement se construire contre la confiance des communautés. L’enjeu dépasse les hectares et les millions. Il touche à la crédibilité de l’action publique et à la justice territoriale.
La question qui dérange reste entière : quand les richesses d’un territoire attirent les investisseurs et mobilisent l’État, pourquoi ses habitants ont-ils encore le sentiment d’être les derniers servis ?