Entre volatilité du Brent, baisse de production, guerre des parts de marché dans la distribution et montée en puissance de Tradex, Yaoundé reprend le contrôle de sa chaîne pétrolière.
Le 22 avril 2026, dans les salons feutrés de l’hôtel Le Bristol à Paris, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) n’a pas uniquement fixé les prix officiels des bruts camerounais Kolé et Lokélé pour le premier trimestre 2026 avec Perenco et Addax Petroleum. Elle a surtout envoyé un signal de reprise en main stratégique de toute la chaîne pétrolière nationale.
Au nom de l’administrateur-directeur général, Nathalie Moudiki a annoncé une révision complète des contrats pétroliers : « Les contrats types sont en cours d’élaboration et tous les contrats existants seront revus avant toute signature ». Une phrase lourde de sens dans un secteur où chaque cargaison peut représenter entre 20 et 40 millions de dollars selon les volumes et les cours.
Selon l’Energy Information Administration américaine, le Brent est passé de 66,60 dollars en janvier 2026 à 103,13 dollars en mars, soit une hausse trimestrielle de plus de 26 %, dopée par les tensions au Moyen-Orient et les incertitudes sur les flux maritimes mondiaux.
Mais le vrai défi camerounais reste structurel : la production nationale continue de s’éroder. Le Cameroun produit aujourd’hui autour de 60 000 à 70 000 barils par jour, contre plus de 180 000 barils/jour dans les années 1980.
Dans ce contexte, chaque baril compte. Et c’est ici que Tradex devient un acteur central.
Filiale stratégique de la SNH créée en 1999, Tradex s’est imposée comme l’un des piliers de la souveraineté énergétique camerounaise. Sous la direction de son directeur général Emmanuel Patrick Mvondo, l’entreprise contrôle plus de 90 stations-service en Afrique centrale, notamment au Cameroun, au Tchad, en République centrafricaine et en Guinée équatoriale.
Tradex revendique près de 20 % du marché camerounais de la distribution pétrolière, dans un environnement extrêmement concurrentiel dominé par TotalEnergies, Vivo Energy (Shell) et Oilibya.
En 2025, l’entreprise aurait distribué plus de 850 millions de litres de produits pétroliers, selon des estimations sectorielles. « Notre ambition est de sécuriser l’approvisionnement national tout en devenant un champion régional », confiait récemment un cadre de Tradex sous anonymat.
Le marché aval devient stratégique : carburants, stockage, logistique portuaire, distribution transfrontalière et aviation. La SNH comprend désormais que la bataille énergétique ne se joue plus uniquement dans les puits offshore, mais aussi dans les terminaux, les contrats et les stations-service.
À Paris, le message était limpide : Yaoundé veut contrôler davantage ses ressources, ses revenus… et son avenir énergétique.