Prolifération des Églises de Réveil au Cameroun : Atanga Nji siffle la fin de la récréation

Les Témoins de Jéhovah également rappelés à l’ordre

Le gouvernement camerounais lance une vaste opération de contrôle des églises de réveil. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, annonce la fermeture prochaine de 1 400 lieux de culte jugés irréguliers, sur fond de lutte contre les dérives religieuses et le non-respect des règles administratives.

La fin annoncée d’une longue période de tolérance administrative

Le gouvernement camerounais veut désormais mettre de l’ordre dans le secteur religieux. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a annoncé une opération de grande ampleur visant les églises de réveil fonctionnant en dehors du cadre légal. Selon les chiffres communiqués par le membre du gouvernement, près de 1 400 lieux de culte devraient être fermés pour des irrégularités administratives persistantes.

Cette décision marque un durcissement de la position de l’État face à la prolifération de chapelles et de mouvements religieux apparus ces dernières années dans plusieurs villes du pays. De nombreux établissements religieux exercent leurs activités sans autorisation officielle, parfois sous le statut d’associations ou de structures communautaires dont l’objet initial aurait été détourné.

Pour le ministre, la liberté de culte, garantie par la Constitution camerounaise, ne peut être interprétée comme une autorisation à fonctionner en dehors des lois de la République. L’État entend ainsi concilier respect des croyances et protection des citoyens.

Le drame de Nkolndongo, élément déclencheur d’une nouvelle offensive

La décision du Minat intervient après un drame survenu à Nkolndongo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV, avec le meurtre présumé d’une fillette de 11 ans. L’auteure présumée des faits aurait été présentée comme une fidèle de l’Église Évangélique « Vie et Paix au Cameroun ». À la suite de cet événement, Paul Atanga Nji a convoqué les responsables de cette communauté religieuse afin d’obtenir des explications sur les circonstances ayant entouré ce crime.

La délégation conduite par l’apôtre Philippe Obaker, secrétaire général de l’Église, a été auditionnée par le ministre. Au-delà du cas particulier de cette confession, le gouvernement a rappelé la responsabilité des responsables religieux dans l’encadrement de leurs fidèles et dans la nature des enseignements diffusés dans les lieux de culte.

L’Église « Vie et Paix au Cameroun » a été sommée de se conformer à plusieurs exigences, notamment le recensement de ses responsables dans un délai de 14 jours, la présentation de ses documents administratifs et l’organisation de formations destinées aux pasteurs.

Les nuisances reprochées aux églises de réveil

Depuis plusieurs années, la multiplication des églises de réveil suscite des débats au Cameroun. Si certaines jouent un rôle social important auprès des populations, d’autres sont régulièrement accusées de pratiques controversées.

Parmi les griefs évoqués par les autorités figurent l’exercice illégal d’activités religieuses, les nuisances sonores liées aux longues séances de prières et de prédications, notamment dans les zones urbaines densément peuplées, ainsi que l’absence de cadre administratif clair pour plusieurs structures.

Certaines communautés sont également critiquées pour des enseignements jugés extrêmes, des pratiques de manipulation psychologique, des promesses de guérison ou de prospérité financière, ainsi que pour l’exploitation de la vulnérabilité de certains fidèles.

Pour les autorités, le rôle d’une organisation religieuse ne doit pas se limiter à la proclamation de la foi. Elle doit également respecter les règles de fonctionnement de l’État, protéger ses membres et éviter toute pratique susceptible de porter atteinte à leur intégrité physique ou morale.

Les Témoins de Jéhovah également rappelés à l’ordre

Dans la même logique de contrôle des activités religieuses, le ministre de l’Administration territoriale a reçu, le 8 juillet 2026 à Yaoundé, des responsables des Témoins de Jéhovah à la suite de plaintes concernant certaines positions de cette confession. Les échanges ont notamment porté sur le refus supposé de certains membres de chanter l’hymne national ainsi que sur leur rapport aux symboles et emblèmes de l’État.

Paul Atanga Nji a rappelé que le respect des valeurs nationales et des symboles de la République constituait une obligation pour toutes les organisations reconnues légalement. Le ministre a également abordé la question des restrictions liées aux transfusions sanguines, invitant les responsables religieux à agir dans le respect des lois camerounaises.

Ce rappel à l’ordre montre que l’offensive gouvernementale ne vise pas uniquement les églises de réveil, mais s’inscrit dans une volonté plus large de contrôle du respect du cadre légal par l’ensemble des confessions religieuses.

Un impact social majeur attendu

La fermeture annoncée de centaines d’églises pourrait avoir des conséquences importantes sur le tissu social camerounais. Dans de nombreux quartiers, ces lieux de culte constituent des espaces de rassemblement, d’entraide et d’accompagnement pour des milliers de fidèles. Cependant, les autorités estiment que la régulation du secteur est devenue nécessaire afin d’éviter les abus et de garantir la sécurité des citoyens.

Cette décision pourrait également pousser les communautés religieuses à davantage de transparence administrative et à une professionnalisation de leur fonctionnement. Le défi pour l’État sera de maintenir l’équilibre entre la lutte contre les dérives et la préservation de la liberté religieuse.

Car au-delà des sanctions annoncées, cette nouvelle politique pose une question centrale : comment encadrer les pratiques religieuses sans porter atteinte au droit fondamental de croire et de pratiquer sa foi ? Pour Paul Atanga Nji, la réponse est claire : aucune croyance ne peut être utilisée comme un moyen de se soustraire aux lois de la République.

Simon Emmanuel MINYEM

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