Relier Douala à Édéa est devenu, ces derniers mois, une épreuve pour de nombreux automobilistes et transporteurs.

Réhabilitation de la Nationale n°3 au Cameroun : 174,6 milliards de fcfa pour sortir du calvaire Edéa-Douala

Après plusieurs mois de difficultés de circulation, la reconstruction de la section Édéa-Douala de la Nationale N°3 se précise avec l’annonce d’un financement de 266,2 millions d’euros, soit environ 174,6 milliards de FCFA, mobilisant l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Union européenne.

Avec un démarrage des travaux envisagé entre juin et juillet 2027, ce projet apparaît comme une réponse majeure à la dégradation d’un axe vital pour l’économie camerounaise. Mais entre financement encore soumis à des validations, procédures administratives et urgence sur le terrain, la fin du calvaire des usagers n’est pas encore acquise.

Un axe stratégique confronté à une dégradation préoccupante

Relier Douala à Édéa est devenu, ces derniers mois, une épreuve pour de nombreux automobilistes et transporteurs. Nids-de-poule, chaussée déformée, zones fortement dégradées, difficultés d’évacuation des eaux et ralentissements récurrents ont progressivement détérioré les conditions de circulation sur cet itinéraire.

Le secteur du pont sur la Dibamba constitue notamment l’un des points sensibles. En septembre 2026, les autorités ont engagé des interventions d’urgence pour traiter les portions les plus dégradées. Sept sections critiques ont été identifiées. Des travaux de reprise de chaussée et de pose de pavés ont également été entrepris à proximité de la Dibamba afin de réduire les difficultés de circulation.

Ces interventions ont permis d’enregistrer certaines améliorations, selon les constats effectués par le ministère des Travaux publics fin septembre et en octobre. Elles restent toutefois des solutions provisoires face à l’ampleur des besoins de reconstruction.

174,6 milliards de FCFA pour une reconstruction en profondeur

Le financement annoncé le 2 novembre 2026 marque une étape importante. L’AFD prévoit une contribution de 125 millions d’euros, la BEI de 100 millions et l’Union européenne de 39,2 millions d’euros. Le projet bénéficie également d’une contribution de l’État camerounais et du Fonds routier.

Au-delà de la réfection de la chaussée, le programme prévoit la construction d’un second pont sur la Dibamba, la réhabilitation de l’ouvrage existant, l’aménagement du carrefour Édéa-Kribi et le prolongement des travaux sur environ 700 mètres vers Douala.

Une station de pesage digitalisée sera également construite à Missolé 2. L’objectif est notamment de mieux contrôler les charges à l’essieu, l’une des causes de dégradation prématurée des infrastructures routières.

Autre dimension intéressante : 5 % du coût des travaux seront consacrés à l’amélioration de la connectivité des voies communales, avec une implication annoncée des petites et moyennes entreprises locales.

Le financement est-il une garantie de réalisation ?

L’annonce est encourageante, mais il convient de distinguer engagement financier et financement définitivement acquis. Les contributions annoncées de l’AFD et de la BEI doivent encore franchir leurs étapes respectives de validation.

Selon les informations communiquées à l’issue de la mission technique, les conseils d’administration des deux institutions doivent examiner les financements en décembre 2026 et février 2027.

Les procédures de passation des marchés, la finalisation des accords et la mobilisation effective des ressources restent donc déterminantes.

Le calendrier de juin-juillet 2027 constitue un objectif, et non une date garantie de démarrage. La capacité des différentes parties à respecter les échéances administratives et financières conditionnera la concrétisation du projet.

Un enjeu qui dépasse le confort des automobilistes

La Nationale N°3 constitue un maillon essentiel du corridor économique Douala-Bangui. Elle assure notamment l’acheminement des marchandises depuis le port de Douala vers les marchés nationaux et les pays de l’Afrique centrale.

Sa dégradation entraîne des pertes de temps, une augmentation des coûts de transport, une consommation supplémentaire de carburant et une usure accélérée des véhicules. Ces surcoûts se répercutent sur les entreprises, les transporteurs et, indirectement, sur les prix supportés par les consommateurs.

La reconstruction pourrait ainsi améliorer la compétitivité logistique, fluidifier les échanges commerciaux et renforcer l’attractivité économique des localités traversées.

Le véritable défi : construire une route durable

L’expérience des infrastructures routières camerounaises rappelle cependant qu’une reconstruction ne suffit pas si l’entretien régulier fait défaut. Le contrôle des charges à l’essieu, le drainage, la qualité des matériaux, la surveillance technique et la disponibilité des ressources d’entretien seront essentiels pour préserver les investissements consentis.

En définitive, les 174,6 milliards de FCFA annoncés ouvrent une perspective de sortie de crise pour cet axe stratégique. Mais les usagers devront encore patienter avant de bénéficier d’une infrastructure entièrement reconstruite.

Pour le Cameroun, le défi n’est plus seulement de refaire la route Édéa-Douala, mais de garantir qu’elle ne replonge pas, quelques années plus tard, dans le même cycle de dégradation.

Simon Emmanuel Minyem

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