Confronté à des menaces sanitaires de plus en plus complexes, le Cameroun franchit une nouvelle étape dans le renforcement de son système de santé.
Avec le lancement officiel du projet Pandemic Fund, le gouvernement mise désormais sur une approche fondée sur l’anticipation, la coordination et l’innovation afin de mieux prévenir et contenir les épidémies. La pandémie de COVID-19 a démontré qu’aucun pays n’est à l’abri d’une crise sanitaire majeure. Au Cameroun, cette réalité demeure d’actualité.
Les autorités sanitaires restent mobilisées face à plusieurs foyers épidémiques, notamment le choléra qui continue d’affecter certaines régions, tandis que le risque de réémergence de la poliomyélite, à travers des variants du poliovirus, impose une vigilance constante et des campagnes de vaccination renforcées.
Un système de santé confronté à des défis persistants
À ces différentes menaces énoncées plus haut, s’ajoutent les flambées récurrentes de rougeole, de Mpox, de méningites et d’autres maladies infectieuses.
L’urbanisation, les changements climatiques et les interactions croissantes entre l’homme, l’animal et l’environnement favorisent l’apparition de nouveaux risques sanitaires. Dans ce contexte, la capacité à détecter rapidement une menace et à y répondre efficacement devient un enjeu majeur de santé publique.
Le Pandemic Fund, une réponse structurante
C’est dans cette perspective que le ministre de la Santé publique, le Dr Malachie Manaouda, a procédé le 29 juillet à Yaoundé au lancement officiel du projet Pandemic Fund. Cette initiative vise à renforcer durablement les capacités nationales de prévention, de préparation et de riposte aux épidémies et aux pandémies.
Le Cameroun bénéficie d’un financement de 23,5 millions de dollars du Pandemic Fund, complété par plus de 112 millions de dollars de cofinancements des partenaires techniques et financiers et 24 millions de dollars de co-investissements nationaux, soit un investissement global d’environ 160 millions de dollars.
Au-delà de l’importance des ressources mobilisées, le projet marque un changement de vision : il ne s’agit plus seulement de réagir lorsqu’une épidémie éclate, mais d’anticiper les risques afin de limiter leur impact sur les populations.
L’innovation de l’approche « Une seule santé »
L’une des principales innovations du projet repose sur l’approche « Une seule santé » (One Health), qui reconnaît l’interdépendance entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement. Cette stratégie favorise une collaboration étroite entre les ministères en charge de la santé, de l’élevage, de l’environnement, les collectivités territoriales, les services vétérinaires et les communautés locales.
Comme l’a rappelé le ministre de la Santé publique, « les épidémies ne peuvent être combattues efficacement sans une coordination étroite entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale ». Cette coopération multisectorielle constitue l’un des principaux leviers de prévention des maladies émergentes, dont une grande partie provient du monde animal.
Des innovations au service d’une riposte plus rapide
Le projet introduit plusieurs innovations destinées à moderniser la surveillance sanitaire. La surveillance communautaire sera digitalisée dans 42 municipalités afin de faciliter la remontée rapide des alertes. Sept centres régionaux d’appel seront créés pour améliorer la coordination des interventions.
Le dispositif prévoit également un renforcement de la surveillance aux frontières, une meilleure interconnexion des systèmes d’information sanitaire et le développement de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens. Autre avancée majeure : l’opérationnalisation de dix Centres régionaux des opérations d’urgence de santé publique.
En rapprochant les capacités de décision des territoires, ces structures permettront une réponse plus rapide et mieux adaptée aux réalités locales. Par ailleurs, cinquante laboratoires verront leurs capacités renforcées en matière de diagnostic, d’assurance qualité, de transport sécurisé des échantillons et de surveillance génomique, désormais indispensable pour identifier rapidement les nouveaux variants de virus.
Investir dans les compétences
Le Pandemic Fund accorde également une place importante au développement du capital humain. Des formations seront organisées en épidémiologie de terrain, en épidémiologie vétérinaire et en gestion des urgences sanitaires.
Agents communautaires, vétérinaires, professionnels de l’environnement et personnels de santé seront mobilisés afin de renforcer les compétences nationales et d’améliorer la coordination entre les différents acteurs de la surveillance sanitaire.
Prévenir plutôt que subir
L’ensemble du projet s’inscrit dans la cible internationale 7-1-7, qui recommande de détecter un événement sanitaire en moins de sept jours, de le confirmer et le notifier dans les vingt-quatre heures, puis de déclencher une réponse efficace dans les sept jours suivants. Cette approche illustre un changement de paradigme.
Plus une menace est identifiée tôt, plus ses conséquences humaines, sociales et économiques sont limitées. Le Cameroun dispose déjà d’une solide expérience acquise lors de la riposte à la COVID-19, au choléra, à la Mpox, à la rougeole ou encore aux méningites. Ces crises ont permis de renforcer les capacités nationales.
Mais elles ont également mis en évidence la nécessité d’investir davantage dans la prévention et la préparation. La réussite du Pandemic Fund dépendra désormais de la qualité de sa mise en œuvre, de la transparence dans la gestion des ressources et de l’engagement de tous les acteurs concernés.
Comme l’a souligné le ministre de la Santé publique, le véritable indicateur de succès ne sera pas le nombre d’activités réalisées, mais la réduction des délais de détection, l’efficacité de la coordination et, surtout, le nombre de vies protégées.
En choisissant d’investir dès aujourd’hui dans la sécurité sanitaire, le Cameroun affiche une ambition claire : bâtir un système de santé plus résilient, capable de prévenir les crises plutôt que de les subir. À l’heure où les risques épidémiques restent une menace mondiale, cette stratégie apparaît comme un investissement durable au service de la protection des populations et du développement du pays.