SOSUCAM : une reprise historique sous haute tension

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Le changement d'actionnaires ne règle pas les difficultés structurelles de SOSUCAM.

Le 13 août 2026 marque un tournant majeur dans l’histoire économique du Cameroun. Après plusieurs décennies sous le contrôle du groupe français Somdia, filiale du groupe Castel, la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) passe sous pavillon camerounais.

Un consortium de cinq investisseurs nationaux reprend 82 % des parts de l’entreprise avec l’ambition de moderniser l’outil de production, relancer la filière et conduire le pays vers l’autosuffisance en sucre.

Cette reprise, porteuse d’espoir, intervient toutefois dans un contexte de graves difficultés financières, de tensions sociales et de défis industriels majeurs, dont les répercussions concernent aussi bien les populations de Mbandjock et de Nkoteng que l’ensemble de l’économie camerounaise.

Une reprise historique, symbole de souveraineté

La cession des parts de Somdia constitue l’une des opérations économiques les plus marquantes de ces dernières années au Cameroun. Le consortium réunit Joseph Pagop Noupoué, Henriette Noutchougouin, William Nkontchou, Igor Djoukwé et Marcel Tchagongom, cinq personnalités issues de la finance, de l’industrie et de l’agroalimentaire.

Le choix d’investisseurs nationaux traduit la volonté de maintenir un secteur stratégique sous contrôle camerounais. Il écarte également plusieurs candidats étrangers, notamment le groupe Dangote. Si cette opération apparaît comme un symbole fort de souveraineté économique, elle place surtout les nouveaux actionnaires face à un immense défi industriel et financier.

Une entreprise en grande difficulté

Le changement d’actionnaires ne règle pas les difficultés structurelles de SOSUCAM. L’entreprise enregistre depuis plusieurs années des pertes importantes, tandis que les infrastructures de Mbandjock et de Nkoteng souffrent d’un vieillissement prononcé. La production nationale reste très inférieure à la consommation, obligeant le Cameroun à importer d’importantes quantités de sucre.

À ces difficultés s’ajoutent des coûts logistiques élevés, un sous-investissement chronique et un climat social marqué par des revendications récurrentes. Des inquiétudes autour de la transition, la reprise suscite autant d’espoir que d’interrogations. Les syndicats dénoncent un manque de transparence dans le processus de cession et réclament le respect des engagements sociaux ainsi que la garantie des emplois.

Par ailleurs, des informations non confirmées évoquent une demande d’autorisation d’importation massive de sucre par les nouveaux repreneurs. Ceci afin d’approvisionner le marché avant la relance de la production. Si cette hypothèse se confirmait, elle pourrait apparaître en contradiction avec l’objectif d’autosuffisance affiché.

Cette phase de transition exigera une communication claire afin de rassurer les salariés, les communautés locales et les partenaires de l’entreprise.

Quels enjeux pour Mbandjock et Nkoteng ?

À Mbandjock et Nkoteng, l’avenir de SOSUCAM dépasse celui d’une simple entreprise. Des milliers d’emplois directs et indirects, ainsi que de nombreuses activités commerciales, dépendent de la filière sucrière. Une relance de la production renforcerait l’économie locale et préserverait les revenus de nombreuses familles.

À l’inverse, un échec de la reprise risquerait d’accentuer le chômage, de fragiliser les économies locales et de raviver les tensions sociales.

Les enjeux pour l’économie camerounaise

Le consortium prévoit un investissement d’environ 138 milliards de FCFA destiné à moderniser les usines, développer l’irrigation et améliorer les performances agricoles et industrielles.

Si ces investissements produisent les résultats attendus, ils pourraient réduire les importations de sucre, renforcer la sécurité alimentaire et améliorer la compétitivité de la filière. Cette reprise constitue également un test de la capacité du capital camerounais à redresser une grande entreprise industrielle.

Une vigilance particulière de l’État

Le gouvernement suit étroitement cette opération. Actionnaire à hauteur de 7 %, l’État a veillé à assurer la continuité de la production en demandant à Somdia d’assurer la campagne sucrière 2026-2027 pendant la transition.

Les pouvoirs publics attendent désormais du nouveau consortium qu’il respecte ses engagements en matière d’investissements, de maintien des emplois et d’augmentation progressive de la production nationale, tout en garantissant la stabilité sociale.

Quelles perspectives ?

À court terme, l’enjeu principal sera de réussir la transition, préserver la paix sociale et sécuriser la campagne sucrière. À moyen terme, tout dépendra de la capacité des nouveaux actionnaires à moderniser les installations, accroître la production et restaurer la rentabilité de l’entreprise.

Plus qu’un changement d’actionnaires, la reprise de SOSUCAM constitue un test décisif pour la souveraineté économique du Cameroun et pour la capacité du secteur privé national à redonner vie à un fleuron industriel stratégique.

ENCADRÉ | SOSUCAM EN CHIFFRES

  • Création : 1965.
  • Implantation : deux complexes agro-industriels : Mbandjock et Nkoteng, en Haute-Sanaga (région du Centre).
  • Activité : culture de la canne à sucre, transformation industrielle et commercialisation sous la marque « Princesse Tatie ».
  • Superficie : 38 000 hectares, dont 24 000 hectares cultivés en canne à sucre.
  • Production de sucre : 85 000 tonnes en 2024, contre une demande nationale estimée à 400 000 tonnes par an.
  • Effectifs : 6 162 collaborateurs au 31/12/2024, dont 687 en CDI, 135 en CDD et 5 344 saisonniers.
  • Poids économique : principal producteur de sucre du Cameroun
  • Actionnariat (depuis août 2026) : 82 % détenus par un consortium d’investisseurs camerounais, 7 % par l’État du Cameroun
  • Investissements annoncés : 137,7 milliards de FCFA

Simon Emmanuel MINYEM

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