Après la rupture militaire de novembre 2024 et le départ des derniers soldats français début 2025, Emmanuel Macron et Mahamat Idriss Déby relancent leur coopération. Renseignement, formation, technologies de défense et investissements : derrière la réconciliation diplomatique, Paris cherche à préserver son influence dans un Sahel en recomposition, tandis que N’Djamena entend défendre sa souveraineté et diversifier ses partenariats.
Le divorce n’aura pas été définitif. Le 13 octobre 2026, à l’Élysée, Emmanuel Macron et son homologue tchadien Mahamat Idriss Déby Itno ont consacré le rapprochement engagé depuis le début de l’année.
Au cœur de cette nouvelle séquence : la relance de la coopération économique et sécuritaire, formalisée par une déclaration d’intention signée par les ministres de la Défense, Catherine Vautrin, côté français et le général Issakha Malloua Djamouss, côté tchadien.
En novembre 2024, N’Djamena avait dénoncé son accord de défense avec la France, mettant fin à six décennies de présence militaire française. Les dernières troupes avaient quitté le pays au début de 2025. La rupture avait alors symbolisé le recul de Paris dans une région où plusieurs gouvernements remettaient en cause les partenariats militaires hérités de la période postcoloniale.
Moins de deux ans plus tard, le dialogue reprend. Mais il ne s’agit pas d’un retour à l’ancien dispositif. Paris affirme que sa présence ne retrouvera pas l’ampleur passée, lorsque jusqu’à 1 500 militaires français étaient déployés au Tchad. La France cherche désormais à conserver des leviers d’influence sans réinstaller le modèle militaire qui vient d’être rejeté.
Le renseignement plutôt que les garnisons
La nouvelle coopération porte notamment sur la formation, l’expertise, l’industrie et les technologies de défense. Selon les informations rapportées à Paris, des échanges sécuritaires ont également repris, avec une présence d’agents français auprès des services tchadiens et des capacités de surveillance mobilisées dans la région du lac Tchad.
Ces éléments doivent être distingués de la déclaration d’intention elle-même : les modalités précises, les moyens engagés et leur calendrier n’ont pas été rendus publics dans les informations disponibles. Ils illustrent néanmoins une évolution possible du partenariat, davantage orienté vers les capacités, le renseignement et l’appui technique que vers le stationnement permanent de forces étrangères.
Pour N’Djamena, les besoins sont considérables. Le Tchad partage ses frontières avec la Libye, le Soudan, la République centrafricaine, le Cameroun, le Nigeria et le Niger. La guerre au Soudan a provoqué l’arrivée de plus d’un million de réfugiés sur son territoire, tandis que Boko Haram continue de représenter une menace dans le bassin du lac Tchad.
La surveillance des frontières, la mobilité des forces, le renseignement et la logistique sont donc des enjeux de sécurité nationale autant que régionale.
Une bataille d’influence sur fond de concurrence internationale
Pour Paris, le Tchad demeure un partenaire géographiquement stratégique, au carrefour du Sahel, de l’Afrique centrale et des espaces sahariens. Perdre tout accès politique et sécuritaire à N’Djamena aurait réduit davantage sa capacité à suivre les évolutions régionales. Le rapprochement offre donc à la France une possibilité de préserver une relation privilégiée, dans un environnement où les partenariats extérieurs se diversifient.
Mais cette reprise ne garantit pas un retour à l’influence d’autrefois. Les autorités tchadiennes ont fait de la souveraineté un marqueur politique majeur. Elles peuvent chercher à obtenir des équipements, des formations et des transferts de compétences français tout en maintenant des relations avec d’autres partenaires.
Pour Paris, l’enjeu sera de démontrer la valeur ajoutée de son offre sans donner l’impression de vouloir restaurer une dépendance militaire.
L’économie, second front du rapprochement
La relance ne se limite pas à la défense. Le forum d’affaires franco-tchadien organisé au Medef le 25 septembre 2026 a débouché sur plusieurs protocoles d’accord dans des secteurs tels que l’énergie, la santé, les transports, l’élevage, les infrastructures et l’éducation. Une délégation d’entreprises françaises est annoncée à N’Djamena dans les prochains mois.
Ces engagements restent à transformer en investissements effectifs. Leur réussite dépendra des financements, des garanties offertes aux entreprises, de l’environnement réglementaire et des retombées pour l’économie tchadienne. Ils pourraient toutefois donner une assise plus large à la relation bilatérale, en associant coopération sécuritaire, emplois et développement des infrastructures.
Le véritable test de cette réconciliation sera donc moins le nombre de militaires français présents que la capacité des deux pays à bâtir un partenariat utile, équilibré et durable. Paris veut éviter de disparaître du jeu régional ; N’Djamena entend tirer parti de ses partenariats sans renoncer à sa liberté de décision.
La France revient peut-être dans le jeu tchadien, mais elle ne retrouvera pas automatiquement les règles de l’ancien jeu.