WALCON 2026 – Football féminin  : les Lionnes sauvent l’honneur du Cameroun

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. Le sacre des Lionnes Indomptables à la WAFCON 2026 au Maroc, appartient à cette catégorie.

De la pionnière Émilienne Mbango Moutome à Louis de Gonzague Atangana, jusqu’au sacre de 2026, le football féminin rappelle au Cameroun que l’unité reste sa plus grande force.

Il y a des victoires qui dépassent le simple résultat d’un match. Elles deviennent des actes de mémoire, des moments de réconciliation nationale et parfois même des leçons politiques. Le sacre des Lionnes Indomptables à la WAFCON 2026 au Maroc, appartient à cette catégorie.

En dominant le Malawi 3-0 en finale, après avoir éliminé le Nigeria en quarts de finale puis le Maroc, pays hôte, en demi-finale, les Camerounaises ont fait beaucoup plus que conquérir un trophée continental.

Elles ont rendu au Cameroun quelque chose qu’il semblait avoir perdu : la fierté de gagner ensemble. Depuis 2017, le football camerounais attendait un nouveau grand titre continental. Les Lionnes ont brisé cette longue attente. Et elles l’ont fait au moment où le football national était traversé par les querelles, les rivalités, les accusations et les affrontements de chapelles.

Elles ont rappelé une vérité élémentaire : lorsqu’il s’agit du Cameroun, le maillot doit être plus grand que les clans.

(Photo : Emilienne Mbango Moutome, pionnière du football féminin au Cameroun)

Avant les Lionnes, il y eut une pionnière : Emillienne Mbango Moutome

Cette victoire doit aussi être racontée avec une mémoire longue. En 1967, alors qu’aucun championnat féminin n’existait encore, Émilienne Mbango Moutome intégrait à 16 ans le Léopard Sportif de Douala et évoluait dans le championnat masculin. Elle est considérée comme la première footballeuse camerounaise et son parcours constitue l’un des actes fondateurs du football féminin national.

Mais si Émilienne Mbango Moutome fut une pionnière sur le terrain, un autre nom mérite d’être gravé dans la mémoire collective : Louis de Gonzague Atangana. L’arbitre international avait compris, bien avant beaucoup d’autres, que le football féminin pouvait devenir une grande affaire nationale.

Dans les années 1970 et 1980, il détectait les jeunes talents, les entraînait, convainquait les parents, organisait les déplacements et allait jusqu’à financer chaussures, équipements et primes.

Il créa notamment le Canon filles de Yaoundé à la fin des années 1980. Une ancienne joueuse, Henriette Nzepang, a raconté comment Atangana Louis de Gonzague l’avait repérée et accompagnée. Elle le décrit comme celui qui lui a permis d’entrer dans le football. Cet homme est aujourd’hui trop peu présent dans notre mémoire sportive.

Les Lionnes ont gagné contre le Malawi. Mais elles ont surtout gagné contre nous-mêmes

Voilà pourquoi cette victoire est si importante. Pendant que les responsables du football se disputent, les joueuses, elles, jouent. Pendant que les clans s’accusent, elles travaillent. Pendant que les chapelles s’affrontent, elles portent le même drapeau.

Et lorsqu’elles montent sur le podium, il n’y a plus de Nord contre Sud, d’Est contre Ouest, de francophones contre anglophones, de communautés contre communautés, de camps contre camps. Il n’y a qu’un Cameroun.

C’est peut-être la plus grande victoire des Lionnes. Elles ont rappelé que le football peut encore être l’une des rares plateformes capables de produire spontanément une Union sacrée nationale.

Ne gâchons pas ce que les Lionnes viennent de gagner durement pour nous sortir de l’impasse

Le danger commence maintenant. Le trophée remporté au Maroc ne doit pas devenir le prétexte à une nouvelle guerre des ego. Il ne doit pas être récupéré par des clans, des dirigeants ou des chapelles. Le Cameroun doit transformer cette victoire en politique publique.

Cela signifie investir davantage dans le football féminin, renforcer les compétitions de jeunes, professionnaliser les clubs, améliorer la formation des entraîneures, développer les infrastructures et surtout assurer aux anciennes joueuses une véritable protection sociale. Mais cela signifie aussi rendre justice à la mémoire.

(Photo : Louis de Gonzague Atangana, le père du football féminin au Cameroun)

Pourquoi ne pas créer un Prix national Louis de Gonzague Atangana du football féminin, attribué chaque année à une personne ayant contribué au développement de cette discipline ? Pourquoi ne pas baptiser une infrastructure sportive de son nom ? Pourquoi ne pas inscrire officiellement son histoire dans le patrimoine du football camerounais ?

Un homme qui a accepté de se sacrifier pour que des jeunes filles puissent simplement jouer au football ne devrait pas reposer dans l’oubli pendant que celles qu’il a contribué à faire naître soulèvent des trophées.

Le Cameroun a retrouvé ses Lionnes. À lui maintenant de retrouver son esprit

Cette génération possède une responsabilité historique. Elle ne doit pas seulement gagner des compétitions. Elle doit ouvrir une nouvelle époque. Le football féminin camerounais dispose désormais d’un formidable capital d’image. Il peut attirer des sponsors, inspirer des milliers de jeunes filles et redonner au football national une réputation internationale que les querelles institutionnelles avaient progressivement ternie.

Les Lionnes ont fait leur travail. Elles ont gagné. Elles ont réhabilité le nom du Cameroun. Elles ont montré que le talent existe toujours. Elles ont franchi les barrières que certains construisent entre les Camerounais. Elles ont fait tomber, pendant 90 minutes, les murs de l’ego, de la rancune et du nombrilisme. À nous maintenant de comprendre leur message.

Le Cameroun ne manque pas de talents. Il manque parfois de capacité à travailler ensemble. Et c’est peut-être la plus belle leçon laissée par cette WAFCON 2026. Merci les Lionnes. Merci Émilienne Mbango Moutome. Et surtout, merci Louis de Gonzague Atangana : le rêve que beaucoup avaient pris pour une folie est devenu une réalité continentale. Son rêve court désormais sur les pelouses d’Afrique.

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