Trump menace, l’Europe se rapproche du Canada : l’Afrique centrale devient stratégique

Le rapprochement inédit entre Bruxelles et Ottawa, sur fond de tensions commerciales avec Washington, ouvre un nouveau front dans la compétition mondiale pour les minerais critiques.

Derrière le bras de fer commercial entre Washington et Bruxelles, la compétition pour les minerais critiques, l’énergie et les chaînes de valeur ouvre une nouvelle séquence pour la RDC, le Gabon, le Cameroun et l’ensemble de l’Afrique centrale.

Le rapprochement inédit entre Bruxelles et Ottawa, sur fond de tensions commerciales avec Washington, ouvre un nouveau front dans la compétition mondiale pour les minerais critiques. l’Afrique centrale disposent d’atouts qui pourraient peser davantage dans cette recomposition.

Le ton est monté d’un cran entre Washington et Bruxelles. Après la proposition d’Ursula von der Leyen de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne, Donald Trump a menacé l’Europe de droits de douane « très lourds », voire d’une interruption des échanges commerciaux, qualifiant l’initiative d’« acte hostile ». Bruxelles assure, de son côté, que ce rapprochement « n’est dirigé contre personne ».

Derrière la polémique transatlantique se joue pourtant une question beaucoup plus large : qui contrôlera demain les chaînes d’approvisionnement stratégiques ?

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Mark Carney, le Premier ministre canadien, ont placé au centre de leur rapprochement les minerais critiques, l’énergie, la défense, l’intelligence artificielle et les technologies avancées. Ottawa confirme que ces secteurs font partie des axes de coopération envisagés avec l’Union européenne. Cette évolution concerne directement l’Afrique centrale.

La bataille commence dans le sous-sol

La région dispose d’importantes ressources minières stratégiques. Selon l’OCDE, l’Afrique centrale figure parmi les principaux producteurs mondiaux de cobalt, tantale, cuivre et manganèse. La RDC concentre à elle seule une part majeure des réserves minières prouvées de la région, devant notamment le Gabon, la RCA et le Cameroun. La RDC se trouve ainsi au cœur de l’équation mondiale.

Son Copperbelt constitue la principale source mondiale de cobalt, indispensable notamment aux technologies liées à la transition énergétique. Une étude publiée en juillet 2026 dans Nature Communications souligne encore le poids particulier de cette chaîne d’approvisionnement congolaise. Mais le sujet n’est plus simplement celui de l’accès aux minerais. Il est désormais celui du contrôle de la chaîne de valeur.

Bruxelles et Ottawa veulent diversifier leurs approvisionnements et réduire certaines dépendances, notamment vis-à-vis de la Chine. Les deux partenaires ont d’ailleurs déjà renforcé leur coopération sur les matières premières critiques et les chaînes de valeur industrielles. Pour les capitales d’Afrique centrale, cette évolution peut constituer une opportunité – mais aussi un test.

De la mine à l’industrie

La question est désormais de savoir ce que les pays producteurs pourront obtenir en échange de leurs ressources : transformation locale, infrastructures, énergie, emplois qualifiés, transfert de technologies, financement et accès aux marchés. La RDC tente déjà de renforcer le contrôle de son information géologique.

Kinshasa développe notamment une vaste base de données géologiques afin de mieux connaître son sous-sol et de réduire l’asymétrie d’information avec les investisseurs. Pour le Cameroun, le Gabon ou la RCA, le même enjeu se pose à des degrés différents : transformer des ressources encore largement sous-exploitées en véritable capacité industrielle.

C’est ici que la dimension régionale devient déterminante. Une Afrique centrale fragmentée négociera difficilement avec des partenaires disposant de marchés, de capitaux, de technologies et de capacités industrielles considérables. À l’inverse, des politiques coordonnées sur les infrastructures, l’énergie, les normes minières et les chaînes de transformation pourraient accroître le pouvoir de négociation de la région.

Bruxelles et Ottawa, nouveaux partenaires ?

Le rapprochement Europe-Canada ne garantit évidemment aucun avantage automatique aux pays africains. Il crée cependant un environnement dans lequel la demande de minerais stratégiques pourrait continuer à progresser. Pour l’Afrique centrale, l’enjeu n’est donc pas de choisir entre Washington, Bruxelles, Ottawa ou Pékin. Il est de tirer parti de leur concurrence pour accélérer sa propre transformation économique.

Le véritable indicateur ne sera plus le montant des minerais extraits, mais la part de valeur ajoutée créée sur le continent. La crise entre Trump et von der Leyen est peut-être européenne et transatlantique. Ses conséquences, elles, pourraient descendre jusqu’au cœur du sous-sol africain.

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