Cameroun : financer le développement sans fragiliser les équilibres financiers

À Londres, Yaoundé cherche à rassurer les investisseurs. Mais derrière le niveau d’endettement affiché, la progression du service de la dette impose une gestion plus sélective des nouveaux financements.

Le Cameroun veut préserver la confiance de ses partenaires financiers. À Londres, les autorités mettent notamment en avant un ratio d’endettement public autour de 43 % du PIB, un niveau qui, selon le périmètre et les méthodes de calcul retenus, doit être interprété avec prudence. L’indicateur reste néanmoins loin de résumer à lui seul la situation financière du pays.

Un autre élément mérite l’attention : le coût du service de la dette. Selon des données rapportées par EcoMatin, la part du budget consacrée au paiement des intérêts serait passée de 6,9 % à 9,5 % sur une période de cinq ans. Cette évolution, si elle est rapportée au même périmètre budgétaire, traduit une pression croissante sur les marges de l’État.

La SND30 face à l’équation financière

Cette contrainte intervient alors que le Cameroun entend mobiliser des financements importants pour mettre en œuvre la SND30. Le chiffre de 88 000 milliards de FCFA souvent associé aux besoins de financement de la stratégie doit toutefois être compris comme un ordre de grandeur des besoins d’investissement et de financement sur la période, et non comme une enveloppe que l’État devrait nécessairement emprunter intégralement.

Une partie devra provenir des ressources publiques, une autre des partenaires au développement et une part importante du secteur privé. C’est précisément là que se situe l’enjeu. Pour financer ses infrastructures, l’énergie, l’industrie ou encore les transports, Yaoundé devra rechercher des financements dont le coût, la maturité et le profil de remboursement restent compatibles avec ses capacités budgétaires.

Le bon financement plutôt que davantage de dette

L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si le Cameroun peut encore emprunter. Il est de déterminer pour quels projets, à quelles conditions et avec quelle capacité de remboursement. Un financement long et concessionnel destiné à une infrastructure productive n’a pas le même impact qu’un emprunt commercial coûteux servant à couvrir des besoins récurrents.

La qualité de l’investissement, sa capacité à générer de l’activité et à élargir à terme les recettes publiques sont déterminantes. Pour Yaoundé, le message adressé aux investisseurs est ainsi double : le Cameroun a besoin de capitaux pour accélérer son développement, mais il doit simultanément préserver ses équilibres financiers.

Le véritable défi de la SND30 ne sera donc pas seulement de mobiliser des milliards. Il sera de mobiliser les financements les plus soutenables et de faire en sorte que la dette contribue à créer davantage de croissance qu’elle ne génère de charges.

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