La rencontre entre le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, et la cheffe de mission du Fonds monétaire international (FMI) pour le Cameroun, Christine Dieterich, s’inscrit dans un exercice de suivi bien plus large que le simple secteur de l’électricité.
Alors que le Cameroun met en œuvre un programme économique appuyé par l’institution de Bretton Woods, le FMI veut s’assurer que les réformes engagées dans un secteur stratégique produisent des résultats concrets. Entre production insuffisante, vétusté des réseaux et demande en forte hausse, les défis restent considérables.
Pourquoi le FMI multiplie-t-il les audiences avec les ministres ?
Depuis plusieurs années, les missions du FMI au Cameroun ne se limitent plus aux échanges avec le ministère des Finances ou la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Elles rencontrent régulièrement les ministères sectoriels afin d’évaluer l’état d’avancement des réformes inscrites dans le programme économique conclu avec le gouvernement.
L’objectif est double : mesurer l’efficacité des politiques publiques dans des secteurs déterminants pour la croissance et apprécier les risques susceptibles de fragiliser les équilibres macroéconomiques.
L’électricité figure parmi ces secteurs stratégiques. Sans une énergie fiable et compétitive, les ambitions industrielles du Cameroun et l’attractivité des investissements demeurent limitées. L’audience accordée par Gaston Eloundou Essomba à Christine Dieterich s’inscrit ainsi dans une démarche d’évaluation technique et de dialogue avec un partenaire financier majeur.
L’objet de la rencontre : dresser un état des lieux du secteur électrique
Les échanges ont porté sur la production nationale, la qualité du service, les infrastructures de transport et de distribution, la situation financière du secteur ainsi que les perspectives d’augmentation de l’offre.
Le gouvernement a reconnu que les délestages demeurent une réalité, tout en mettant en avant les investissements engagés pour améliorer progressivement la continuité du service.
Parmi les priorités figurent la modernisation du réseau de transport, le renforcement des postes électriques et le remplacement progressif des poteaux en bois. Sur un parc estimé à près de 1,5 million de supports, un premier programme prévoit le remplacement de 50 000 poteaux en béton grâce à un financement de la Banque mondiale.
Nachtigal, symbole des défis du secteur
La centrale hydroélectrique de Nachtigal a occupé une place importante dans les discussions. Si les installations sont désormais opérationnelles, leur production reste directement dépendante des conditions hydrologiques. En période de faible débit du fleuve Sanaga, la centrale ne peut exploiter toute sa puissance installée.
Cette contrainte rappelle que le développement de l’hydroélectricité reste tributaire des aléas climatiques. Le gouvernement mise également sur l’accélération des infrastructures de transport afin que l’électricité produite puisse être acheminée efficacement vers les grands centres de consommation.
L’un des projets prioritaires concerne le corridor Yaoundé-Douala, destiné à renforcer l’alimentation du principal bassin industriel d’ici fin 2026.
Des pertes encore trop importantes
Le FMI s’est également intéressé aux performances techniques et financières du secteur. Les pertes techniques liées à l’état des infrastructures et les pertes commerciales, notamment dues aux branchements frauduleux, continuent de peser sur l’équilibre financier de la filière.
La réduction de ces pertes constitue une priorité pour améliorer la rentabilité des investissements et renforcer la capacité des opérateurs à assurer un service de qualité. Préparer l’avenir face à une demande en forte croissance
L’un des principaux messages concerne l’évolution rapide des besoins en électricité. La croissance démographique, l’urbanisation et les nouveaux projets industriels entraînent une hausse continue de la consommation.
Pour éviter un déficit structurel, le gouvernement envisage un programme solaire d’urgence de 200 MW, la réhabilitation de certaines installations et le renforcement des capacités de production à Kribi grâce au gaz naturel. Ces projets doivent répondre aux besoins immédiats en attendant la mise en service de nouvelles infrastructures.
Les enjeux d’une audience stratégique
Au-delà des aspects techniques, cette rencontre revêt une dimension économique majeure. Pour le FMI, un secteur électrique performant est indispensable à la stabilité macroéconomique. Les difficultés d’approvisionnement freinent la compétitivité des entreprises, renchérissent les coûts de production et limitent les recettes fiscales.
Pour le gouvernement camerounais, la réussite de la politique d’industrialisation repose sur une énergie suffisante, fiable et accessible. Cette audience a permis de confronter les engagements du gouvernement aux attentes de son principal partenaire financier, tout en mettant en évidence les progrès accomplis et les défis qui restent à relever.
Elle illustre enfin le rôle croissant du FMI comme bailleur de fonds et partenaire du suivi des réformes structurelles destinées à soutenir la croissance et renforcer la résilience de l’économie camerounaise.