Fichier solde : Motaze resserre l’étau autour de 5 971 agents publics

Avec les 5 971 agents appelés à se justifier, Louis Paul Motaze a une nouvelle fois fait des données administratives un levier de contrôle budgétaire.

Après l’audit des allocations familiales, le ministère des Finances a ouvert un nouveau front dans la lutte contre les irrégularités de la dépense publique. Quelque 5 971 agents de l’État, dont la résidence au Cameroun n’a pas pu être établie à partir des données de mouvements aux frontières, ont été appelés à justifier leur situation.

Une opération qui place une nouvelle fois le fichier solde au cœur de la stratégie de maîtrise des finances publiques. Le 15 septembre 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a demandé à 5 971 agents publics de clarifier leur situation administrative.

Selon le ministère, leur présence au Cameroun n’a pas pu être établie après l’exploitation des données relatives aux mouvements des personnes aux frontières et l’examen des clarifications fournies par leurs administrations d’attache.

Le contrôle franchit une nouvelle étape

La mesure, initialement conservatoire, prévoyait que, pour les mois de septembre et d’octobre, les rémunérations des intéressés soient assignées à la Trésorerie-Paierie générale de Yaoundé I plutôt que de suivre le circuit habituel de paiement.

Les agents concernés étaient invités à se présenter à la Direction de la dépense de personnel et des pensions avec une copie de leur passeport, le motif de leur séjour à l’extérieur du pays et une attestation de présence effective au poste datant de moins de trois mois. Après vérification, un quitus devait leur permettre de percevoir leur rémunération.

Le ministère avait fixé au 31 octobre 2026 la date limite pour la régularisation des situations. À l’issue de cette échéance, les agents n’ayant pas apporté les justificatifs requis s’exposaient à être considérés comme ayant abandonné leur poste, avec pour conséquence une suspension de leur rémunération dans le fichier solde.

Louis-Paul Motaze poursuit une logique d’assainissement

Cette opération ne s’inscrit pas dans un cadre isolé. Elle prolonge une série de contrôles destinés à rapprocher les données administratives de la réalité des personnels et des prestations payées par l’État.

En début d’année, le ministère des Enseignements secondaires avait ainsi demandé à 3 442 enseignants de justifier leur position administrative après l’exploitation de données relatives à leurs déplacements hors du Cameroun. Le ministère des Finances travaille également depuis plusieurs années sur l’assainissement du fichier solde.

L’opération de comptage physique des personnels de l’État, lancée en 2018, avait conduit à la suspension de 15 254 agents et à des économies annuelles annoncées d’environ 35 milliards de FCFA sur la masse salariale. En janvier 2025, 14,5 milliards de FCFA avaient par ailleurs été reversés au Trésor par les établissements financiers au titre de salaires indûment versés sur des comptes d’agents suspendus.

Après les agents, les « enfants fictifs »

L’autre chantier emblématique engagé cette année concerne les allocations familiales. En juin, Louis Paul Motaze avait lancé l’Audit des allocations familiales (AALFA), destiné notamment à vérifier la réalité des ayants droit déclarés par les agents publics. Les chiffres expliquent l’attention portée à ce poste de dépenses.

Entre juin 2024 et mars 2026, le nombre d’enfants déclarés pour bénéficier des allocations est passé de 594 728 à 923 307, soit une progression de 55 %. Dans le même temps, l’enveloppe annuelle consacrée à ces prestations est passée de 21 à 38 milliards de FCFA. L’opération vise notamment à éliminer les doublons, les dossiers irréguliers et les enfants fictifs.

Le parallèle avec le contrôle des agents est direct : dans les deux cas, il s’agit de vérifier que la dépense publique correspond à une situation administrative ou familiale réelle.

Quel effet sur le budget de l’État ?

L’enjeu budgétaire demeure celui des économies potentielles. Tant que le bilan définitif de l’opération n’a pas été officiellement rendu public, il reste prématuré de transformer les 5 971 dossiers concernés en montant d’économies certaines. Tous les agents visés ne sont pas nécessairement des salariés indûment rémunérés et certains peuvent disposer de justificatifs administratifs valables.

Des estimations publiées dans la presse évoquaient néanmoins plus de 22 milliards de FCFA par an potentiellement concernés, sans que ce montant n’ait été présenté comme une économie officielle par le ministère des Finances.

Pour le Trésor, l’intérêt immédiat demeure autant financier que comptable : fiabiliser le fichier, empêcher la répétition des paiements irréguliers et disposer d’une masse salariale correspondant aux effectifs effectivement en situation régulière.

Une bataille désormais permanente

En 2026, plusieurs opérations ont ainsi convergé vers un même objectif : mieux contrôler la dépense publique. Fichier solde, allocations familiales, effectifs administratifs ou encore engagements financiers de l’État, le ministère des Finances multiplie les opérations de vérification.

Avec les 5 971 agents appelés à se justifier, Louis Paul Motaze a une nouvelle fois fait des données administratives un levier de contrôle budgétaire.

L’attention se porte désormais sur les résultats effectifs de cette opération, notamment le nombre de situations régularisées, les éventuelles suspensions définitives de rémunération et les économies réellement réalisées pour les finances publiques, dès lors que le ministère des Finances en publiera le bilan officiel.

Simon Emmanuel Minyem

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