Electricité au Cameroun : l’ARSEL et la Banque mondiale lancent des réformes de fond

L'accord entre l'ARSEL et la Banque mondiale ne constitue toutefois qu'une première étape.

L’accord de principe conclu entre l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL) et la Banque mondiale marque une nouvelle étape dans la réforme du secteur électrique camerounais.

Derrière les trois priorités retenues – coût du service, gestion de la demande et amélioration du facteur de puissance – se dessine une stratégie plus ambitieuse : rendre le système électrique plus performant, réduire les pertes financières et préparer le pays à une demande énergétique en forte croissance.

Au-delà des aspects techniques, cette initiative soulève aussi des enjeux économiques, sociaux et tarifaires majeurs.

Une réforme dictée par les limites du système actuel

Le Cameroun dispose d’un important potentiel énergétique, notamment hydraulique, mais continue de faire face à des délestages récurrents, à des pertes importantes sur les réseaux de transport et de distribution ainsi qu’à une situation financière fragile des acteurs du secteur.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics multiplient les investissements dans la production, avec la mise en service de nouveaux barrages et le renforcement des capacités de transport. Pourtant, ces efforts n’ont pas toujours permis d’améliorer durablement la qualité de la fourniture d’électricité.

Pour les partenaires techniques et financiers, le défi ne réside plus uniquement dans la construction de nouvelles infrastructures. Il consiste désormais à améliorer l’efficacité du système existant et à renforcer sa gouvernance.

Trois priorités qui répondent à des problèmes structurels

Les trois axes retenus par l’ARSEL et la Banque mondiale traduisent cette nouvelle approche. La première priorité concerne l’étude du coût réel du service et de la tarification. Derrière cette question technique se cache un enjeu sensible .

Il s’agit de disposer d’un système tarifaire capable de couvrir les coûts d’exploitation tout en préservant l’accessibilité de l’électricité pour les ménages et les entreprises. Une meilleure connaissance des coûts constitue également un préalable à toute réforme durable du secteur.

Le deuxième chantier porte sur la gestion dynamique de la demande (« demand response »). L’objectif est de mieux répartir la consommation d’électricité, notamment pendant les heures de forte sollicitation, afin de limiter les surcharges du réseau et de réduire les risques de coupures.

Enfin, l’amélioration du facteur de puissance vise à optimiser l’utilisation des infrastructures existantes. En réduisant les pertes d’énergie et en améliorant le rendement du réseau, cette mesure permet d’accroître les performances sans engager immédiatement des investissements lourds dans de nouvelles capacités de production.

Les dessous de cette coopération

Au-delà des aspects techniques, cette collaboration reflète l’évolution de la stratégie de la Banque mondiale au Cameroun. L’institution privilégie désormais des projets qui associent investissements physiques, renforcement institutionnel et amélioration de la gouvernance.

L’idée est simple : un réseau performant dépend autant de la qualité des infrastructures que de la capacité des institutions à planifier, réguler et anticiper les besoins futurs. Pour l’ARSEL, cette coopération constitue également une opportunité de renforcer son rôle de régulateur.

Une meilleure maîtrise des données, des outils de prévision et des mécanismes économiques devrait lui permettre d’exercer un contrôle plus efficace sur l’ensemble des acteurs du secteur.

Quels bénéfices pour les consommateurs et l’économie ?

Si les réformes aboutissent, les retombées pourraient être significatives. Une réduction des pertes techniques et commerciales améliorerait la rentabilité du secteur et dégagerait des marges financières pour de nouveaux investissements. Une meilleure planification de la demande contribuerait à limiter les délestages.

Tandis que l’optimisation des réseaux renforcerait la qualité de service offerte aux ménages comme aux entreprises. Pour l’économie, un approvisionnement électrique plus fiable constitue un facteur essentiel de compétitivité. L’industrie, les services, les PME et les investisseurs restent fortement dépendants de la stabilité du réseau pour développer leurs activités.

Ces réformes pourraient également faciliter l’intégration progressive des énergies renouvelables et accompagner l’électrification de nouveaux territoires.

Une réussite conditionnée par les réformes

L’accord entre l’ARSEL et la Banque mondiale ne constitue toutefois qu’une première étape. Les études devront être suivies de décisions réglementaires, d’investissements ciblés et d’une mise en œuvre rigoureuse.

La question de l’acceptabilité des éventuelles réformes tarifaires, la capacité à réduire effectivement les pertes commerciales et la coordination entre les différents acteurs du secteur seront déterminantes.

En s’attaquant simultanément à la gouvernance, à la performance technique et à l’équilibre économique du système électrique, le Cameroun fait le choix d’une réforme structurelle plutôt que d’une simple augmentation des capacités de production.

La réussite de cette démarche pourrait améliorer durablement la qualité du service public de l’électricité et renforcer l’attractivité économique du pays. À l’inverse, si les réformes restent limitées aux études ou peinent à être mises en œuvre, les difficultés structurelles du secteur risquent de perdurer malgré les investissements consentis.

Simon Emmanuel Minyem

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