Cameroun : la bataille démographique sera-t-elle celle de la puissance ?

Avec près de 30 millions d’habitants, le Cameroun dispose du marché intérieur le plus important de la CEMAC.

Avec une population proche de 30 millions d’habitants et une majorité de jeunes, le Cameroun dispose d’un potentiel démographique considérable en Afrique centrale. Mais entre pression sur l’emploi, besoins croissants en infrastructures et faiblesse de la transformation industrielle, le défi est désormais de convertir le nombre en richesse, en compétences et en influence régionale.

La démographie pourrait devenir l’un des principaux avantages comparatifs du Cameroun dans les prochaines décennies. Alors qu’une partie du monde développé et plusieurs grandes économies asiatiques affrontent le vieillissement de leur population, le Cameroun conserve une population jeune, en croissance et potentiellement capable de soutenir l’expansion de son marché intérieur.

Mais cette équation comporte une condition majeure : la jeunesse camerounaise doit pouvoir devenir une force productive. C’est là que se situe le véritable enjeu stratégique.

Le Cameroun a le nombre. Il doit maintenant créer la valeur

Avec près de 30 millions d’habitants, le Cameroun dispose du marché intérieur le plus important de la CEMAC. Cette masse démographique représente un potentiel pour la consommation, l’entrepreneuriat, l’industrie, les services et les investissements. Elle constitue également un argument pour attirer des capitaux.

Un investisseur ne regarde pas seulement les ressources naturelles d’un pays : il regarde aussi la taille de son marché, sa main-d’œuvre, ses infrastructures et sa capacité à devenir une plateforme régionale. Mais le potentiel démographique peut rapidement devenir une contrainte lorsque la création d’emplois ne suit pas la progression de la population active. C’est particulièrement visible dans les grandes villes.

Yaoundé et Douala concentrent une part croissante des activités économiques, des services, des établissements d’enseignement supérieur et des opportunités professionnelles, alimentant une urbanisation qui exerce à son tour une pression sur le logement, les transports, l’énergie, l’eau, la santé et les infrastructures. Le défi camerounais n’est donc pas seulement démographique. Il est aussi urbain, industriel et social.

Le dividende démographique ne se décrète pas

Le Cameroun peut bénéficier d’un dividende démographique lorsque la proportion de personnes en âge de travailler devient suffisamment importante par rapport aux populations dépendantes. Mais ce dividende n’est jamais automatique. Il suppose une éducation adaptée, une formation professionnelle efficace, un système de santé capable d’accompagner la population.

Mais surtout une économie suffisamment dynamique pour absorber les nouveaux actifs. C’est ici que le choix du modèle économique devient déterminant. Un Cameroun qui resterait principalement consommateur de produits importés transformerait difficilement sa démographie en puissance.

À l’inverse, une montée en puissance de l’agro-industrie, de la transformation locale, du numérique, de la logistique, de l’industrie manufacturière et des services à forte valeur ajoutée pourrait permettre de convertir la croissance démographique en croissance économique. Le véritable enjeu est donc moins de savoir combien de Camerounais vivront demain au Cameroun que de savoir ce qu’ils pourront produire.

Un enjeu directement lié à l’ambition régionale du Cameroun

Cette question prend une dimension particulière dans la CEMAC. Le Cameroun dispose d’un avantage géographique et économique : accès à l’Atlantique, principal complexe portuaire de Douala, infrastructures routières reliant plusieurs pays enclavés, tissu entrepreneurial relativement diversifié et poids économique important dans la sous-région. Sa démographie peut renforcer cet avantage.

Une population importante signifie potentiellement davantage de consommateurs, d’entrepreneurs, de travailleurs qualifiés et de contribuables. Elle peut aussi favoriser l’émergence d’entreprises capables de dépasser le marché national pour conquérir les marchés du Tchad, de la République centrafricaine, du Congo ou du Gabon.

Le marché camerounais peut ainsi devenir la première profondeur de marché d’une stratégie économique régionale. Encore faut-il améliorer les corridors, réduire les coûts logistiques, sécuriser l’approvisionnement énergétique et accélérer l’intégration commerciale.

Le risque de perdre la bataille des talents

L’autre dimension est celle du capital humain. Si l’économie camerounaise ne parvient pas à offrir suffisamment de perspectives aux jeunes diplômés et aux travailleurs qualifiés, une partie de cette ressource humaine cherchera naturellement des opportunités ailleurs. La question de la diaspora devient alors stratégique. Le Cameroun peut subir une fuite des compétences.

Ou, au contraire, transformer sa diaspora en réseau d’investisseurs, d’entrepreneurs, de chercheurs et de professionnels capables de contribuer au développement national. Dans un monde vieillissant, cette question pourrait devenir encore plus importante. Les économies confrontées à des pénuries de main-d’œuvre chercheront à attirer les talents étrangers.

Le Cameroun devra donc non seulement former ses compétences, mais créer les conditions permettant de les retenir.

De la puissance démographique à la puissance économique

La démographie ne fera pas automatiquement du Cameroun une puissance régionale. Elle lui offre cependant une ressource stratégique que beaucoup d’économies ne posséderont plus dans les mêmes proportions. Le véritable test sera celui de la transformation : transformer les jeunes en compétences, les compétences en emplois, les emplois en production et la production en influence économique régionale.

C’est à cette condition que le Cameroun pourra convertir son avantage démographique en véritable levier de puissance. Dans une Afrique centrale longtemps structurée autour des ressources naturelles, des hydrocarbures et des équilibres politiques, le capital humain pourrait devenir le nouvel actif stratégique du Cameroun.

La bataille démographique n’est donc pas seulement celle du nombre de naissances. Pour Yaoundé, elle est surtout celle de la capacité à donner à une génération nombreuse les moyens de produire, d’entreprendre et d’innover. Le Cameroun a déjà le nombre. La prochaine bataille sera de savoir s’il saura en faire une puissance.

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