Dieudonné Evou Mekou ouvre une nouvelle frontière financière pour la banque communautaire. Première émission obligataire internationale, soutien de l’Africa Finance Corporation et financement complémentaire de la BADEA : la BDEAC diversifie ses ressources et renforce son positionnement auprès des investisseurs. Mais derrière cette percée historique, le véritable défi reste celui de la transformation des capitaux mobilisés en projets structurants pour les six pays de la CEMAC.
La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) vient de franchir un cap historique. Le 13 octobre 2026, l’institution basée à Brazzaville a réalisé sa première émission obligataire sur les marchés internationaux de capitaux, mobilisant 222 millions de dollars américains.
Une opération qui ouvre une nouvelle voie de financement à la banque communautaire et marque une étape importante dans la mise en œuvre de son plan stratégique 2023-2027 « AZOBÉ ». Pour Dieudonné Evou Mekou, président de la BDEAC, cette opération dépasse la seule mobilisation de ressources financières.
Elle constitue une reconnaissance du travail de transformation engagé par l’institution et de sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux. Dans le communiqué officiel publié le 14 octobre, le dirigeant souligne que cette émission « consacre l’accès à une nouvelle source de financement pour la BDEAC ».
Il y voit également « la confiance croissante des investisseurs internationaux dans ses fondamentaux financiers », ainsi que leur soutien à la transformation et à la modernisation de la Banque.
Une déclaration qui traduit l’ambition de la direction : faire évoluer la BDEAC d’une institution principalement dépendante des financements institutionnels et des ressources de ses actionnaires vers un acteur capable de mobiliser directement des capitaux sur les marchés internationaux.
Une première historique, un nouveau rapport aux marchés
L’émission, réalisée le 13 octobre, porte sur 222 millions de dollars. Libellée en euros après couverture du risque de change euro-dollar, elle offre un coupon annuel de 7,88 % et arrive à échéance en octobre 2029. L’Africa Finance Corporation (AFC) y intervient comme investisseur d’ancrage stratégique, aux côtés d’autres investisseurs.
Cette opération représente une augmentation d’environ 15 % du bilan de la banque, selon les informations communiquées sur l’émission. Elle lui donne ainsi une capacité supplémentaire pour soutenir les financements destinés aux économies de la sous-région.
Mais cette ouverture a un prix. Moody’s attribue à la BDEAC une note Ba3, assortie d’une perspective stable, confirmée en septembre 2026. Cette notation demeure dans la catégorie spéculative, en dessous du niveau « Investment Grade ». Le coupon de 7,88 % doit donc être apprécié au regard du profil de crédit de l’institution et des conditions de marché.
L’enjeu pour Dieudonné Evou Mekou est désormais de consolider les fondamentaux financiers de la Banque afin de réduire progressivement le coût de ses futurs emprunts. L’ambition affichée est d’atteindre, à terme, la catégorie Investment Grade. Un objectif qui suppose une gestion rigoureuse du portefeuille, une amélioration des indicateurs financiers et une transparence accrue à l’égard des créanciers.

Dieudonné Evou Mekou : la confiance comme levier de transformation
La déclaration du président de la BDEAC mérite une lecture stratégique. En mettant en avant la confiance des investisseurs internationaux, Dieudonné Evou Mekou insiste sur la dimension institutionnelle de cette opération. La crédibilité d’une banque de développement ne repose pas uniquement sur ses fonds propres ou sur les garanties apportées par ses États actionnaires.
Elle dépend également de sa capacité à démontrer que les ressources confiées sont correctement gérées, que les projets financés sont viables et que les engagements financiers seront honorés. Cette première émission internationale place donc la BDEAC dans un nouvel environnement d’exigences.
L’institution s’est notamment engagée à organiser des conférences semestrielles avec les investisseurs et à publier régulièrement des présentations détaillant sa situation financière, ses ressources et les performances de son portefeuille de prêts.
Ce changement est loin d’être anodin. Il signifie que la banque devra désormais entretenir un dialogue régulier avec les marchés et rendre davantage compte de ses performances. La confiance évoquée par son président devient ainsi une responsabilité : celle de démontrer, dans la durée, la solidité de la gouvernance et la qualité des financements accordés.
AZOBÉ : mobiliser davantage pour financer autrement
Cette opération s’inscrit dans le plan stratégique 2023-2027 « AZOBÉ », qui vise notamment à renforcer les capacités financières et opérationnelles de la BDEAC.
La diversification des ressources constitue un axe essentiel de cette stratégie. L’accès aux marchés internationaux permet à la Banque de ne plus dépendre exclusivement des mécanismes classiques de financement et d’élargir ses possibilités de mobilisation de capitaux.
Les ressources doivent notamment soutenir l’accélération des décaissements dans les six États membres de la CEMAC : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad.
Les secteurs prioritaires annoncés concernent les infrastructures, l’agriculture, l’agro-industrie et l’industrie. Autant de domaines déterminants pour réduire la dépendance aux importations, renforcer les chaînes de valeur régionales et créer des emplois.
L’enjeu est particulièrement important pour une sous-région qui dispose d’importantes ressources naturelles, mais dont le potentiel industriel et les échanges intracommunautaires restent insuffisamment exploités.
BADEA : un financement complémentaire de 30 millions d’euros
La diversification des ressources de la BDEAC ne se limite pas à l’émission obligataire. Le même jour, à Bangkok, l’institution a signé un accord de financement de 30 millions d’euros avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Cette enveloppe est destinée au financement du secteur privé et des petites et moyennes entreprises de la sous-région.
L’intérêt de ce concours réside dans sa complémentarité avec la levée internationale. Tandis que l’émission obligataire renforce les capacités globales de financement de la Banque, l’accord avec la BADEA vise plus directement le tissu entrepreneurial.
Il importe toutefois de distinguer ces deux opérations : les 30 millions d’euros de la BADEA constituent un financement complémentaire et ne doivent pas être confondus avec les 222 millions de dollars de l’émission obligataire.
Le véritable test : transformer les milliards en économie réelle
Pour la BDEAC, la réussite de cette opération ne se mesurera pas uniquement au montant mobilisé. Elle dépendra surtout de la capacité de la Banque à convertir ces ressources en investissements effectivement réalisés.
La question centrale est désormais celle de l’allocation des fonds : quels projets seront financés ? Quels montants seront affectés à chaque pays ? Quels délais de décaissement sont prévus ? Quels mécanismes permettront de mesurer les résultats ?
Pour le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad, les attentes sont considérables. Les besoins concernent aussi bien les infrastructures de transport que l’accès à l’énergie, la transformation agricole, l’industrialisation et le financement des entreprises.

Dans ce contexte, la direction de Dieudonné Evou Mekou est confrontée à une double exigence : préserver la solidité financière de l’institution tout en renforçant son impact sur le développement de la sous-région.
La BDEAC a franchi une frontière financière. À Dieudonné Evou Mekou et à ses équipes de démontrer que cette ouverture internationale peut devenir un accélérateur de transformation économique. Car, pour les six pays de la CEMAC, la véritable performance ne sera pas d’avoir levé des milliards sur les marchés, mais d’avoir converti ces milliards en routes, en énergie, en industries, en entreprises compétitives et en emplois durables.
