Le célèbre mets emblématique du peuple Sawa franchit une étape importante dans la valorisation du patrimoine gastronomique camerounais. Enregistré comme marque collective auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), avec l’appui de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), le Ndolè Sawa bénéficie désormais d’une protection juridique.
Au-delà de la reconnaissance culturelle, cette initiative ouvre des perspectives économiques dans la restauration, l’agroalimentaire et le tourisme gastronomique.
Une reconnaissance qui dépasse le symbole culturel
Le 27 octobre 2026, le Palais de la Culture Sawa, à Douala, a accueilli la cérémonie consacrant l’enregistrement de la marque collective « Ndolè Sawa » auprès de l’OAPI.
Le certificat a été remis au Ngondo, représenté par son président en exercice, Sa Majesté Gaston Mbodi Épée, en présence notamment du ministre du Tourisme et des Loisirs, Gabriel Mbairobe, et du président du Conseil régional du Littoral, Polycarpe Banlog.
Cette reconnaissance, obtenue avec l’appui de l’OMPI, vise à protéger et promouvoir une spécialité profondément ancrée dans l’identité culturelle Sawa. Le Ndolè représente bien plus qu’un mets apprécié pour ses qualités gustatives.
Il incarne un patrimoine culinaire, un savoir-faire transmis entre générations et un marqueur identitaire. Son appellation bénéficie désormais d’une protection de dix ans renouvelables dans l’espace OAPI, qui regroupe 17 États membres.
La propriété intellectuelle au service du patrimoine gastronomique
L’enregistrement repose sur le mécanisme de la marque collective. Celui-ci permet à une organisation habilitée de protéger une dénomination et d’encadrer son utilisation par ses membres, conformément à un règlement d’usage.
Il ne s’agit toutefois ni d’une certification automatique de toutes les préparations du Ndolè, ni d’une indication géographique protégée. La marque collective vise principalement à distinguer les utilisateurs autorisés et à prévenir les usages commerciaux abusifs de l’appellation.
Le Ngondo devra désormais définir les conditions d’utilisation de la marque, les critères d’adhésion et les modalités de contrôle. L’enjeu sera de préserver l’authenticité du produit tout en permettant aux restaurateurs, cuisinières, producteurs et autres acteurs de participer à sa valorisation.
Un patrimoine culinaire à fort potentiel économique
Cette initiative intervient alors que la gastronomie constitue un levier de différenciation touristique et de développement économique. Du Ndolè au Mbongo’o, en passant par le Eru, le Kondrè, le Koki, le Sanga ou l’Achu, le Cameroun possède une diversité culinaire qui reflète la richesse de ses communautés et de ses territoires.
Pourtant, ce patrimoine demeure insuffisamment exploité dans la commercialisation de l’offre touristique nationale. La protection du Ndolè Sawa pourrait favoriser la structuration d’une véritable filière économique autour de cette spécialité.
Notamment, l’approvisionnement en feuilles amères, la transformation des arachides, la commercialisation des ingrédients, restauration spécialisée et formation culinaire.
Ces activités pourraient générer des revenus, soutenir les petites entreprises et offrir de nouvelles opportunités aux femmes, fortement présentes dans les métiers de la transformation et de la restauration.
Le tourisme gastronomique, un nouveau relais d’attractivité
L’enregistrement du Ndolè Sawa pourrait également enrichir l’offre touristique camerounaise. Les visiteurs recherchent désormais, au-delà des paysages et des monuments, des expériences culturelles et culinaires authentiques.
À Douala, métropole économique et capitale culturelle du peuple Sawa, cette spécialité pourrait devenir un véritable produit d’appel touristique. Circuits gastronomiques, festivals culinaires, démonstrations de préparation et événements culturels pourraient contribuer à renforcer son attractivité.
L’association avec le Ngondo offre notamment des possibilités de promotion auprès des visiteurs étrangers et de la diaspora camerounaise. La protection de la marque pourrait ainsi contribuer à donner davantage de visibilité à l’identité gastronomique camerounaise sur la scène internationale.
Des retombées conditionnées par l’organisation de la filière
La reconnaissance juridique ne garantit cependant pas automatiquement des retombées économiques. Sa réussite dépendra de la mise en place d’une gouvernance transparente, de la participation des détenteurs historiques du savoir-faire et d’un dispositif de contrôle crédible. Le partage de la valeur sera également déterminant.
Les bénéfices devront profiter aux communautés Sawa, mais aussi aux restauratrices, producteurs, transformateurs et opérateurs économiques impliqués dans la filière.
Une stratégie commerciale sera nécessaire, associant identité visuelle, communication, présence dans les salons gastronomiques et partenariats avec les professionnels de la restauration. Sans cette organisation, la marque risque de rester une reconnaissance essentiellement juridique, sans exploitation économique significative.
Vers une protection élargie des spécialités camerounaises
Le Ndolè Sawa pourrait ouvrir la voie à une politique plus ambitieuse de protection du patrimoine culinaire national. D’autres spécialités, comme le Mbongo’o, le Eru ou le Kondrè, pourraient bénéficier de démarches similaires, à condition que les communautés concernées s’engagent dans des procédures adaptées.
L’objectif serait de développer progressivement un portefeuille de marques collectives et, lorsque les conditions sont réunies, d’indications géographiques pour mieux identifier et valoriser les produits du terroir camerounais.
Avec le Ndolè Sawa, le Cameroun franchit ainsi une étape dans la reconnaissance économique de son identité culinaire. Le véritable succès de cette initiative se mesurera toutefois à sa capacité à protéger les savoir-faire, générer des revenus et faire de la gastronomie un levier durable d’attractivité touristique et de rayonnement international.
