Quinze ans après les premières annonces, le projet de tramway de Douala revient dans le circuit des investissements. La Communauté urbaine de Douala (CUD) recherche un partenaire privé pour financer, construire et exploiter une ligne de 20 kilomètres entre Bekoko et Ndogsimbi.
Évaluée à 400 milliards de FCFA, cette infrastructure pourrait transformer la mobilité dans la capitale économique. Mais entre financement, rentabilité, garanties publiques et précédents retards, sa concrétisation reste incertaine. Cette relance intervient également à quelques mois des élections législatives et municipales de 2027.
Un projet ancien, une nouvelle formule
Le tramway de Douala figure dans les ambitions d’aménagement urbain depuis 2011. En 2016, un mémorandum d’entente avait été signé entre la CUD, Iristone Consulting et le groupe turc Ilci Holding, sans réalisation concrète.
En mars 2022, le maire Roger Mbassa Ndine avait relancé le dossier, annonçant une phase pilote et un investissement initial de 700 millions de FCFA pour préparer le projet. Les travaux envisagés pour 2023 n’ont jamais démarré. En 2025, une procédure visant à actualiser les études de comptage routier avait également échoué, faute de résultats concluants.
La démarche d’octobre 2026 marque un changement de stratégie : la CUD recherche désormais un investisseur privé capable de prendre en charge le financement, la construction et l’exploitation de l’infrastructure.
400 milliards de FCFA pour 20 kilomètres
Selon l’appel à manifestation d’intérêt du 29 octobre 2026, la première ligne reliera Bekoko à Ndogsimbi, en passant par le pont sur le Wouri et le rond-point Deido. Longue de 20 kilomètres, elle comprendra une double voie aménagée principalement sur les emprises routières existantes.
Son coût indicatif est estimé à 400 milliards de FCFA hors taxes, soit environ 20 milliards par kilomètre. Le programme prévoit les infrastructures ferroviaires, les rames, les stations et les installations techniques. Le tracé desservira notamment Bonabéri, les zones commerciales, les quartiers d’affaires et les établissements universitaires.
La CUD vise au moins 750 000 voyageurs par jour, avec une fréquence de quatre minutes aux heures de pointe. Les tarifs souhaités sont inférieurs à 500 FCFA pour les trajets courts et plafonnés à 1 000 FCFA sur l’ensemble de la ligne, hors taxes. Ces données restent des objectifs prévisionnels.
Le privé appelé à financer l’essentiel
La CUD privilégie un financement majoritairement privé. L’investisseur devra financer les études détaillées, construire les infrastructures, acquérir les équipements et assurer l’exploitation ainsi que la maintenance. Les candidats devront justifier de compétences ferroviaires et financières, notamment de références dans des projets d’au moins 100 milliards de FCFA.
En contrepartie, la municipalité prévoit une concession d’au moins 30 ans, comprenant trois années de construction et 27 années d’exploitation. Elle mettra à disposition les emprises foncières nécessaires, dont cinq hectares pour le centre de maintenance.
La rentabilité reposera principalement sur la billetterie, la publicité et les activités annexes. En cas de fréquentation insuffisante, un mécanisme de soutien public prévoit une contribution de la CUD plafonnée à deux milliards de FCFA par an, avec une éventuelle dotation de l’État. Les modalités de ces garanties restent à préciser.
Désengorger Douala et transformer son économie
L’intérêt du projet dépasse le transport des voyageurs. Les embouteillages pénalisent les activités industrielles, commerciales et logistiques de Douala, entraînant pertes de temps et surcoûts pour les entreprises. Une liaison ferroviaire entre Bonabéri, Deido et Ndogsimbi pourrait faciliter les déplacements.
Objectif : améliorer l’accès aux zones d’emploi et réduire la pression sur les routes. Le projet pourrait également créer des emplois dans le génie civil, la maintenance, la sécurité et les services, tout en stimulant le développement commercial autour des stations.
Son efficacité dépendra toutefois de son interconnexion avec les taxis, mototaxis, bus et autres moyens de transport collectif.
Le financement, le foncier et l’électricité : les obstacles majeurs
Mobiliser 400 milliards de FCFA constitue le premier défi. Trouver un consortium disposant des capacités financières et techniques nécessaires sera déterminant. Les garanties publiques soulèvent également des interrogations : qui supportera les pertes si la fréquentation reste inférieure aux prévisions ?
Les engagements de la CUD et de l’État devront être clairement définis pour rassurer les investisseurs sans fragiliser les finances publiques. La disponibilité du foncier, les déviations des réseaux existants et l’alimentation électrique constituent d’autres contraintes à résoudre.
Un calendrier politique qui interpelle
La relance intervient à l’approche des élections législatives et municipales de 2027. Le retour d’un projet aussi visible dans l’agenda municipal peut contribuer à valoriser le bilan des responsables locaux. Aucun élément public ne permet toutefois d’affirmer que cette procédure constitue une opération de campagne du RDPC.
Elle est officiellement présentée comme un programme de modernisation de la mobilité urbaine. La capacité de la municipalité à franchir les étapes contractuelles et financières permettra de mesurer la solidité de cet engagement.
Un pari encore loin d’être gagné
Les entreprises intéressées ont jusqu’au 25 février 2027 pour manifester leur intérêt. La sélection devra ensuite être suivie des offres, des négociations et de la sécurisation du financement. Après quinze années d’annonces, le tramway de Douala entre dans une nouvelle phase institutionnelle, mais reste éloigné du démarrage des travaux.
Pour la capitale économique, l’enjeu est de passer d’une mobilité dominée par le transport routier à un système collectif de masse. La crédibilité du projet se mesurera désormais aux financements mobilisés, aux contrats signés et aux premiers kilomètres effectivement construits.
