Brazzaville offre à Bamako un canal de discussion avec l’Afrique centrale, une région qui possède ses propres équilibres politiques, ses mécanismes de coopération et ses priorités de sécurité.

Assimi Goïta – Denis Sassou Nguesso : le pari d’un axe entre le Sahel et l’Afrique centrale

À Moscou, le 27 octobre 2026, Assimi Goïta et Denis Sassou Nguesso ont ouvert un canal de dialogue sur la sécurité et les intérêts africains. Pour Bamako, l’enjeu est d’élargir ses relais diplomatiques au-delà de l’Afrique de l’Ouest. Pour Brazzaville, l’occasion est de peser davantage dans les débats continentaux. Mais entre convergence politique et alliance stratégique, le chemin reste à construire.

Moscou, nouveau carrefour des repositionnements africains. Le 27 octobre 2026, en marge du troisième sommet Russie-Afrique, Assimi Goïta et Denis Sassou Nguesso se sont entretenus pendant plus d’une heure. Au menu : situation sécuritaire au Sahel, enjeux diplomatiques, géopolitique continentale et principes devant guider les partenariats africains.

Les deux dirigeants ont notamment souligné que la sécurité du continent dépend de l’union des Africains, et non de leur isolement. Un message politique, mais aussi un test : cette convergence peut-elle déboucher sur un axe durable entre le Sahel et l’Afrique centrale ?

Bamako cherche des portes de sortie diplomatiques

Pour Assimi Goïta, le rapprochement avec Brazzaville s’inscrit dans un environnement régional profondément recomposé. Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), en septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger défendent une trajectoire politique et sécuritaire distincte.

Leur retrait de la CEDEAO est devenu effectif le 29 janvier 2025, même si l’organisation ouest-africaine a maintenu des dispositions transitoires pour préserver certains échanges et faciliter la poursuite du dialogue.

Dans ce contexte, diversifier les interlocuteurs africains constitue un levier diplomatique. Brazzaville offre à Bamako un canal de discussion avec l’Afrique centrale, une région qui possède ses propres équilibres politiques, ses mécanismes de coopération et ses priorités de sécurité.

Denis Sassou Nguesso dispose, de son côté, d’une longue expérience des relations inter-africaines et d’une présence diplomatique établie. Un dialogue avec le Mali peut lui permettre de mieux faire entendre les préoccupations de l’Afrique centrale dans les discussions sur la stabilité du continent.

Mais attention au raccourci : parler ensemble ne signifie pas s’aligner sur tout. Rien, dans le compte rendu officiel de la rencontre, ne permet de conclure à la création d’un partenariat militaire, à une adhésion congolaise aux orientations de l’AES ou à la signature d’un accord stratégique.

Les forces du rapprochement : souveraineté, dialogue et complémentarité

La première force de cette relation est politique. Les deux dirigeants mettent en avant la souveraineté des États et la nécessité de construire des réponses africaines aux crises africaines. Assimi Goïta a rappelé que les partenariats du Mali doivent respecter la souveraineté de l’État, les choix du peuple et la défense des intérêts nationaux. Cette doctrine peut servir de socle à des consultations régulières avec Brazzaville.

La deuxième force tient à la complémentarité géographique. Le Mali est confronté à une crise sécuritaire sahélienne dont les ramifications dépassent ses frontières. Le Congo évolue dans un environnement centre-africain aux défis différents, mais où la stabilité régionale, les médiations et les relations entre États demeurent des enjeux majeurs. Le dialogue pourrait donc favoriser une meilleure compréhension des crises et une coordination diplomatique plus large.

Troisième atout : Moscou offre une plate-forme où se croisent les stratégies africaines de diversification des partenariats. La rencontre Goïta – Sassou Nguesso montre que les discussions bilatérales peuvent se développer au-delà du seul tête-à-tête entre dirigeants africains et russes. Toutefois, ces forces restent des possibilités. Pour devenir un avantage concret, elles doivent se traduire par des échanges suivis, des objectifs partagés et des mécanismes identifiables.

Les faiblesses : une convergence encore déclarative

Le premier point faible est l’absence de résultats opérationnels annoncés. Aucun accord bilatéral précis, calendrier de coopération ou mécanisme permanent n’a été rendu public dans le compte rendu malien. La rencontre constitue donc, à ce stade, une ouverture politique davantage qu’une architecture de coopération.

Deuxième limite : les intérêts des deux pays ne sont pas identiques. Bamako place la sécurité sahélienne et la consolidation de sa trajectoire souverainiste au cœur de ses priorités. Brazzaville doit, pour sa part, composer avec ses propres enjeux nationaux et régionaux. Une formule commune sur l’unité africaine ne suffit pas à effacer ces différences.

Troisième fragilité : le risque de surestimer la portée symbolique du rendez-vous. Une poignée de main en marge d’un sommet international peut envoyer un signal, mais elle ne prouve ni l’existence d’un axe politique structuré ni la capacité des deux États à peser ensemble sur les crises. La relation dépendra de la régularité des échanges et de la volonté de passer des principes aux décisions.

Enfin, un rapprochement bilatéral ne remplace pas les mécanismes régionaux. Sur la sécurité, le commerce ou la circulation des personnes, les résultats dépendront aussi des cadres de coopération existants et des relations avec les autres pays du continent.

Trois perspectives pour transformer l’essai

La première piste est diplomatique : instaurer des consultations périodiques entre les deux capitales sur les crises africaines et les positions à défendre dans les organisations continentales et internationales.

La deuxième est sécuritaire, mais doit rester réaliste. Les deux pays pourraient échanger leurs analyses sur les menaces transfrontalières, les mécanismes de prévention des crises et les expériences de médiation. Une coopération opérationnelle plus poussée nécessiterait toutefois des décisions explicites, des moyens et des modalités qui n’ont pas été annoncés à ce stade.

La troisième perspective est continentale : faire du dialogue entre Brazzaville et Bamako un pont de concertation entre l’Afrique centrale et l’AES, sans exiger des États concernés qu’ils adoptent une ligne diplomatique uniforme. Le test serait alors la capacité à rapprocher les positions sur des dossiers concrets, plutôt qu’à multiplier les déclarations de principe.

Un axe possible, pas encore une alliance

La rencontre du 27 octobre ouvre une séquence intéressante dans les relations entre le Mali et le Congo. Elle donne à Bamako l’occasion d’élargir son espace diplomatique et à Brazzaville celle de dialoguer davantage avec les dirigeants sahéliens. Mais les bénéfices restent à démontrer.

Le véritable enjeu du tandem Goïta – Sassou Nguesso n’est pas de proclamer un nouvel axe africain : c’est de lui donner une utilité. Des consultations régulières, des positions communes sur des dossiers précis et des résultats vérifiables permettraient de mesurer la solidité de ce rapprochement.

À défaut, Moscou restera le théâtre d’une rencontre diplomatique de plus – significative dans son symbole, limitée dans ses effets.

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