De Bali au Togo, cette entrepreneure bâtit un ensemble d’activités consacrées à la santé visuelle. Avec plus de 245 millions de FCFA d’immobilisations déclarées dans ses trois structures, une ambition panafricaine et un engagement humanitaire aux côtés de VISION FOR ALL, Florence Billong défend une autre conception de la réussite : faire de l’entreprise un instrument de soin, de dignité et de solidarité.
[Le Continent Magazine – LCT]
LCT – AMBITION : Quel empire entrepreneurial voulez-vous réellement construire ?
Florence Billong : Mon ambition est de bâtir un groupe de référence dans la santé visuelle, fondé sur trois piliers : l’excellence médicale, l’innovation technologique et l’accessibilité des soins.
Mon parcours entrepreneurial s’est construit entre plusieurs territoires et autour d’une conviction : l’Afrique dispose d’un potentiel considérable, mais elle doit investir davantage dans des structures capables d’allier qualité, rigueur de gestion et impact social.
La Clinique ophtalmologique La Grâce et Maranatha Optics au Cameroun, ainsi qu’Optique Maranatha au Togo, s’inscrivent dans cette dynamique.

A titre de rappel : La Clinique ophtalmologique La Grâce a été créée le 14 mai 2018 sous la forme d’un établissement, avant de devenir une SARL le 18 février 2022. Maranatha Optics a été créée au Cameroun le 21 janvier 2019. Au Togo, Optique Maranatha remonte au 7 mars 2012 et a été transformée en SARL unipersonnelle le 15 septembre 2020.
Ces dates traduisent une volonté de construire dans la durée. Voyez-vous ! Les immobilisations déclarées représentent environ 185,26 millions de FCFA pour la clinique, 30,4 millions pour Maranatha Optics au Cameroun et 30 millions pour Optique Maranatha au Togo – en pleine transformation – soit un total de plus de 245 millions de FCFA.
Mais retenons qu’un investissement ne prend véritablement son sens que lorsqu’il améliore les soins, renforce les compétences et répond aux besoins des populations. Je veux bâtir une entreprise capable de durer au-delà de sa fondatrice, de créer des emplois et d’inspirer confiance aux patients.
LCT – VISION : Quelle est votre ambition pour la santé visuelle au Cameroun et en Afrique centrale à l’horizon 2030 ?
Florence Billong : À l’horizon 2030, je souhaite contribuer à une transformation profonde de la santé visuelle. Les enjeux dépassent la disponibilité des lunettes ou l’ouverture de centres spécialisés. Ils concernent le dépistage précoce, la prévention, l’accès aux équipements, la formation des professionnels et l’utilisation pertinente des nouvelles technologies.

La Clinique ophtalmologique La Grâce dispose d’équipements d’exploration ophtalmologique, de diagnostic rétinien et cornéen, de lasers, de matériel de consultation et d’équipements de chirurgie oculaire. Maranatha Optics, au Cameroun, et Optique Maranatha, au Togo, sont dotées de matériels de montage, de centrage, de meulage et d’ajustement des lunettes.
Notre priorité est désormais de consolider ce dispositif, de renforcer le plateau technique de la clinique et de développer davantage les activités médico-chirurgicales. D’où mon séjour en France, au Luxembourg, en Belgique et en Allemagne, ma participation aux grands salons européens de l’optique.

Nous voulons également intensifier les campagnes de dépistage et de prise en charge du glaucome, une maladie dont les conséquences peuvent être graves lorsqu’elle n’est pas détectée suffisamment tôt.
La santé visuelle ne doit pas être considérée comme un luxe. Elle conditionne l’apprentissage des enfants, la productivité des adultes, l’autonomie des personnes âgées et, plus largement, la qualité de vie.
Notre ambition est donc de contribuer à un écosystème qui associe soins, optique, prévention, technologie et formation, avec une attention particulière aux populations qui rencontrent des difficultés d’accès aux services spécialisés.
LCT – PANAFRICANISME : Voulez-vous exporter une entreprise camerounaise ou bâtir une véritable marque panafricaine ?
Florence Billong : Je crois à un panafricanisme qui dépasse les discours pour se traduire dans les investissements, les compétences, les partenariats et les résultats. Mon ambition est de m’appuyer sur l’expérience acquise au Cameroun et au Togo pour développer un modèle capable de rayonner au-delà de ces deux marchés.
Sans reproduire mécaniquement une formule dans chaque pays. Car les réglementations, les réalités économiques et les besoins sanitaires diffèrent. Il faut savoir s’adapter tout en maintenant des exigences élevées en matière de qualité et de service.
Le développement de nos structures doit également favoriser les synergies entre les soins ophtalmologiques et la distribution optique. Une meilleure coordination peut contribuer à rapprocher le diagnostic, l’orientation du patient et l’accès aux équipements correcteurs.
Je veux que notre expérience démontre qu’une initiative entrepreneuriale africaine peut se développer, créer de la valeur et répondre à des besoins essentiels. Une marque panafricaine ne se décrète pas : elle se construit progressivement, par la confiance, la compétence et la constance.
LCT – INVESTISSEMENT : Jusqu’où êtes-vous prête à investir pour faire de Bali un pôle de référence en santé visuelle ?

Florence Billong : Investir dans la santé exige une vision à long terme. Les équipements, les technologies et la modernisation des infrastructures représentent des engagements importants, mais ils sont indispensables pour améliorer la précision des diagnostics et la qualité de la prise en charge.
Je suis prête à poursuivre les investissements avec ambition, mais aussi avec méthode. Par exemple, renforcer le plateau technique, développer les activités médico-chirurgicales, moderniser les équipements optiques, accroître les stocks et étendre la couverture commerciale. Notre développement doit également s’appuyer sur les femmes et les hommes qui font fonctionner ces structures.
La Clinique ophtalmologique La Grâce compte 14 employés permanents, plusieurs consultants externes, ainsi que des partenaires locaux et internationaux, tandis que Maranatha Optics au Cameroun et Optique Maranatha au Togo comptent chacune quatre employés permanents, soit 22 personnes permanentes au total.
Au niveau local, depuis trois ans, Perenco nous accompagne dans des campagnes de dépistage et de prise en charge chirurgicale. Cela permet à un plus grand nombre de personnes défavorisées d’avoir accès aux soins de qualité.

Derrière ces chiffres, il y a des compétences, des responsabilités et des familles. Une entreprise performante doit créer les conditions permettant aux professionnels de se former, d’évoluer et d’offrir aux patients un service de qualité.
Faire de Bali un pôle de référence ne signifie donc pas seulement disposer d’équipements sophistiqués. Cela suppose une organisation efficace, une équipe compétente, un accueil humain, une prévention renforcée et une relation durable avec les populations.

LCT – FOI & HUMANISME : Quelle place occupent vos convictions chrétiennes dans votre engagement entrepreneurial ?
Florence Billong : Pour moi, la foi chrétienne ne doit pas rester une conviction intime ou un discours. Elle doit se traduire dans la manière de vivre, de travailler et de considérer les autres. Elle nous rappelle que la dignité humaine ne dépend ni du revenu, ni du statut social, ni de la capacité à payer immédiatement des soins.
C’est cette conviction qui nourrit mon attachement à la dimension humanitaire de la santé visuelle. Lorsqu’une personne voit mal, les conséquences peuvent toucher toute son existence : ses études, son travail, ses relations et son autonomie. Lorsque les difficultés financières retardent le diagnostic ou le traitement, la situation devient encore plus préoccupante.

À travers notre partenariat avec VISION FOR ALL, nous voulons contribuer à des campagnes de sensibilisation, de dépistage et de prise en charge des pathologies de la vue, notamment au bénéfice des populations défavorisées.
Cet engagement doit être organisé et durable. L’humanitaire ne peut pas reposer uniquement sur l’émotion ou sur des opérations ponctuelles. Il nécessite des partenariats, des compétences, une bonne coordination et une continuité des actions.
Je crois profondément qu’une entreprise peut être rentable tout en étant responsable. Il ne s’agit pas d’opposer performance économique et solidarité, mais de faire en sorte que la première contribue aussi à rendre la seconde possible.
Ma foi m’invite à servir. Et, dans le domaine de la santé visuelle, servir signifie contribuer à ce que davantage de personnes puissent être dépistées, soignées et accompagnées avec dignité.
LCT – TRANSMISSION : Quel héritage entrepreneurial voulez-vous laisser dans dix ans ?
Florence Billong : Dans dix ans, je voudrais laisser bien davantage que des établissements. Je souhaite transmettre une entreprise structurée, une marque reconnue, des équipes compétentes et un modèle capable de continuer à se développer sans dépendre exclusivement de sa fondatrice.
L’héritage doit également être humain. Former des jeunes, transmettre des savoir-faire, offrir des perspectives professionnelles et permettre à une nouvelle génération de prendre des responsabilités font partie intégrante de ma vision.
Je veux que notre développement encourage une culture entrepreneuriale fondée sur la discipline, l’innovation, la responsabilité sociale et la vision à long terme.
Je souhaite également que les actions humanitaires menées autour de la santé visuelle puissent se poursuivre et s’amplifier, grâce à des partenariats solides et à une meilleure articulation entre les structures de soins et les initiatives de solidarité.
Qui dit pérennité dit exigence de consolider les activités existantes, d’optimiser les investissements et de développer des synergies entre nos établissements. Cela suppose aussi de mesurer les résultats, d’identifier les besoins prioritaires et de faire évoluer notre organisation.
Si, dans dix ans, nos structures soignent davantage de personnes, emploient des professionnels qualifiés, forment de nouveaux talents et contribuent à améliorer l’accès aux soins visuels, alors j’aurai réussi l’essentiel.
Je voudrais que cette aventure démontre qu’en Afrique, entreprendre peut être à la fois une ambition économique, une responsabilité sociale et une manière concrète de servir son prochain.

Conclusion : Entreprendre pour voir plus loin
Le parcours de Florence Billong pose une question essentielle : quelle est la véritable mesure de la réussite entrepreneuriale dans un secteur aussi sensible que la santé ? Les quelque 245 millions de FCFA d’immobilisations déclarées dans ses trois structures témoignent d’un engagement financier significatif.
Les 22 emplois permanents annoncés illustrent, quant à eux, une contribution à l’activité économique et à la création de compétences. Mais l’enjeu dépasse les investissements. Il réside dans la capacité à transformer des équipements en soins accessibles, des structures commerciales en services de proximité et des convictions chrétiennes en actions solidaires concrètes.
Entre consolidation de ses établissements, ambition panafricaine et partenariat humanitaire avec VISION FOR ALL, Florence Billong défend une conception de l’entrepreneuriat où la performance ne s’oppose pas à la compassion.
Le défi de Florence Billong pour 2030 sera de convertir cette ambition en résultats mesurables : davantage de dépistages, une meilleure prise en charge, des équipes renforcées et des actions humanitaires durables.
Car, dans la santé visuelle, la réussite ne se compte pas seulement en investissements ou en établissements : elle se mesure aussi au nombre de vies que l’on contribue à éclairer.
