L’entrée en application du Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (RDUE), prévue fin 2026, constitue un tournant pour la filière cacao camerounaise.
Si le pays affirme être prêt sur les plans de la traçabilité et de la géolocalisation des plantations, le véritable enjeu est désormais économique : préserver l’accès au premier marché d’exportation tout en obtenant une meilleure rémunération pour les producteurs.
À compter de l’entrée en vigueur du RDUE, les fèves de cacao destinées au marché européen devront répondre à des exigences strictes de traçabilité. Les opérateurs devront démontrer que les produits commercialisés ne proviennent pas de parcelles ayant contribué à la déforestation après la date de référence fixée par l’Union européenne.
Chaque cargaison devra être accompagnée de données précises, notamment la géolocalisation des plantations et des informations permettant de retracer l’origine du cacao.
Le RDUE, une nouvelle règle du commerce mondial
Pour le Cameroun, dont l’Union européenne demeure l’un des principaux débouchés du cacao, l’enjeu est stratégique. Une non-conformité exposerait les exportateurs au rejet de leurs cargaisons ou à des restrictions d’accès au marché, avec des répercussions sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux transformateurs.
Une préparation engagée depuis plusieurs années
Face à cette échéance, les autorités assurent avoir anticipé la transition. Depuis plus de cinq ans, le ministère du Commerce, le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), l’Office national du cacao et du café (ONCC) et les entreprises exportatrices déploient des dispositifs de traçabilité, de cartographie et de géolocalisation des plantations. Selon les pouvoirs publics, ces outils couvrent désormais la quasi-totalité des bassins de production. Les concertations engagées avec les opérateurs visent désormais à s’assurer que chaque exportateur est effectivement en mesure de satisfaire aux nouvelles obligations dès l’ouverture de la campagne 2026-2027.
Une contrainte qui peut devenir un avantage concurrentiel
Au-delà de son caractère réglementaire, le RDUE peut constituer un levier de compétitivité pour le cacao camerounais. Un cacao traçable, produit sans déforestation et conforme aux exigences européennes est susceptible de renforcer la réputation de l’origine Cameroun auprès des industriels et des chocolatiers.
Cette évolution pourrait également accélérer la professionnalisation de la filière grâce à une meilleure connaissance du verger national, à une organisation plus efficace des coopératives et à une plus grande transparence des circuits de commercialisation. Mais ces bénéfices resteront limités si les coûts de mise en conformité ne s’accompagnent pas d’une meilleure valorisation du produit sur le marché.
Pour les producteurs, entre nouvelles opportunités et risques d’exclusion
Pour les centaines de milliers de cacaoculteurs camerounais, le RDUE modifie profondément les conditions d’accès au marché européen. Produire un cacao de qualité ne suffira plus : les exploitants devront faire géolocaliser leurs parcelles, intégrer des systèmes de traçabilité et démontrer le respect des exigences environnementales.
Cette évolution pourrait favoriser une meilleure structuration des coopératives, faciliter l’accès aux programmes d’appui et renforcer la crédibilité du cacao camerounais sur les marchés internationaux. Cette transition n’est pas sans risques.
Les petits producteurs peu organisés, ceux qui commercialisent leurs récoltes en dehors des circuits structurés ou qui rencontrent des difficultés de sécurisation foncière pourraient éprouver davantage de difficultés à satisfaire aux nouvelles exigences.
Plusieurs organisations de la société civile appellent ainsi à éviter que les coûts de la conformité ne soient supportés exclusivement par les exploitants, au risque d’exclure les plus vulnérables des circuits d’exportation.
Un partage plus équitable de la valeur créée
Au-delà de la conformité, la principale attente des producteurs reste celle d’une meilleure rémunération. Les investissements consentis pour répondre aux exigences du RDUE ne seront durables que s’ils se traduisent par un partage plus équitable de la valeur créée. C’est dans cette perspective que le ministre du Commerce plaide pour un marché qui récompense les pratiques durables et la préservation des forêts.
Car, au final, le succès du RDUE au Cameroun ne se mesurera pas seulement au maintien de l’accès au marché européen, mais aussi à sa capacité à améliorer durablement les revenus des producteurs et à faire de la durabilité un véritable facteur de compétitivité pour la filière cacao.