Après plusieurs années marquées par des pertes abyssales, la Compagnie camerounaise de l’aluminium (Alucam) a renoué avec les bénéfices en 2025.
L’entreprise publique a dégagé un résultat net positif de 279,3 millions FCFA, contre une perte de 23,8 milliards FCFA un an plus tôt. Soutenue par l’État, qui a notamment accepté de prendre en charge près de 21 milliards FCFA de dettes d’électricité, la société semble amorcer un tournant décisif. Mais ce retour dans le vert marque-t-il le début d’un redressement durable ou simplement une embellie ponctuelle ?
Une amélioration spectaculaire après une année noire
Les états financiers 2025 traduisent une évolution que peu d’observateurs anticipaient encore il y a quelques mois. Après avoir enregistré une perte de 23,8 milliards FCFA en 2024, Alucam est parvenue à clôturer l’exercice 2025 avec un bénéfice net de 279,3 millions FCFA.
L’amélioration dépasse ainsi 24 milliards FCFA en une seule année. Pour cette entreprise stratégique du tissu industriel camerounais, longtemps confrontée à des difficultés financières, ce retour aux bénéfices constitue un signal fort.
Il traduit les premiers résultats d’un processus de redressement engagé depuis plusieurs années dans un environnement marqué par la hausse des coûts de production, les tensions énergétiques et la concurrence internationale.
Le soutien massif de l’État a joué un rôle déterminant
Le redressement observé n’aurait toutefois pas été possible sans l’intervention de l’État, principal actionnaire de l’entreprise. Les comptes de l’exercice 2025 révèlent notamment la signature d’un protocole permettant au gouvernement de se substituer à Alucam pour le règlement d’une dette de 20,9 milliards FCFA accumulée auprès d’Eneo, devenue Socadel après sa nationalisation.
Cette dette correspond aux consommations d’électricité enregistrées entre octobre 2023 et décembre 2024. Grâce à ce mécanisme, le fournisseur d’énergie est assuré de recouvrer sa créance tandis qu’Alucam bénéficie d’un allègement immédiat de la pression exercée sur sa trésorerie.
Cette opération s’ajoute aux nombreuses avances déjà consenties par l’État. Au total, plus de 90 milliards FCFA de concours financiers publics apparaissent désormais dans les comptes de l’entreprise. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est clair : préserver un acteur industriel stratégique employant des centaines de travailleurs et occupant une place centrale dans la chaîne industrielle nationale.
Des éléments exceptionnels derrière le retour aux bénéfices
Si le résultat net est redevenu positif, plusieurs éléments exceptionnels ont également contribué à cette amélioration. Parmi eux figure notamment une indemnisation estimée à près de 16 milliards FCFA obtenue dans le cadre d’un différend avec le fournisseur d’électricité. À cela s’ajoutent des reprises de provisions et divers ajustements comptables évalués à environ 6 milliards FCFA.
Ces éléments ont significativement amélioré le résultat final de l’entreprise. Ils permettent certes à Alucam de sortir du rouge, mais ils invitent également à la prudence quant à la solidité du redressement observé. Car derrière le bénéfice affiché, certains indicateurs opérationnels demeurent fragiles.
Une activité encore confrontée à plusieurs défis
L’un des principaux signaux de vigilance concerne l’évolution du chiffre d’affaires. Celui-ci est passé de 94,4 milliards FCFA en 2024 à 79,9 milliards FCFA en 2025, soit une baisse de plus de 15 %. Cette contraction montre que le retour aux bénéfices ne repose pas encore sur une forte progression des ventes ou de la production industrielle.
Par ailleurs, l’activité d’Alucam reste fortement dépendante du coût de l’énergie. L’industrie de l’aluminium est parmi les plus énergivores au monde. La compétitivité de l’entreprise dépend donc directement de sa capacité à sécuriser des approvisionnements électriques fiables et à des coûts maîtrisés.
L’accumulation de près de 21 milliards FCFA d’arriérés d’électricité en seulement quinze mois illustre parfaitement l’importance de cette problématique.
L’énergie, clé de la compétitivité future
Pour consolider son retour à la rentabilité, Alucam devra impérativement réduire sa vulnérabilité énergétique. Les projets de renforcement des capacités de production électrique du Cameroun pourraient contribuer à améliorer progressivement la situation.
Une offre énergétique plus abondante et plus stable permettrait à l’entreprise de réduire ses coûts de production, d’améliorer sa compétitivité et de renforcer ses capacités d’exportation.À moyen terme, la question énergétique restera sans doute le principal déterminant de la performance financière du groupe.
Vers une nouvelle phase de développement industriel
Au-delà du redressement financier, Alucam dispose d’importantes opportunités de croissance. La demande mondiale d’aluminium continue de progresser, portée notamment par les secteurs du bâtiment, des infrastructures, de l’automobile, de l’emballage et des énergies renouvelables. En Afrique centrale, le potentiel de transformation industrielle reste encore largement sous-exploité.
Grâce à son expérience industrielle, à ses installations de production et au soutien de l’État, Alucam pourrait jouer un rôle majeur dans le développement d’une filière régionale de transformation de l’aluminium à plus forte valeur ajoutée.L’entreprise dispose ainsi d’une occasion unique de passer d’une logique de survie financière à une véritable stratégie de croissance.
Un redressement encourageant mais encore fragile
Le bénéfice net de 279,3 millions FCFA enregistré en 2025 constitue incontestablement une victoire symbolique pour Alucam après plusieurs années de pertes. Il témoigne des efforts engagés pour stabiliser l’entreprise et restaurer progressivement sa santé financière.
Cependant, ce retour dans le vert repose encore largement sur des soutiens publics et des éléments exceptionnels. La baisse du chiffre d’affaires rappelle que les défis structurels demeurent nombreux.
Pour transformer cette embellie en succès durable, Alucam devra désormais consolider ses performances opérationnelles, renforcer son autonomie financière et sécuriser durablement son approvisionnement énergétique. Si ces conditions sont réunies, l’entreprise pourrait redevenir l’un des principaux moteurs de l’industrialisation du Cameroun au cours de la prochaine décennie.