De Douala aux communes de l’Adamaoua, du Nord, du Centre, du Sud et du Littoral, la coopération économique entre Yaoundé et Washington entre dans une phase plus concrète.
Avec 83 millions de dollars d’équipements de génie civil destinés aux collectivités et le lancement du premier Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis, les deux pays veulent désormais convertir leur partenariat en infrastructures, compétences et investissements.
Le signal est d’abord territorial. Un contrat de 83 millions de dollars, soit environ 50,25 milliards de FCFA, conclu avec Hoffman Equipment et soutenu par l’Export-Import Bank of the United States, prévoit la fourniture d’équipements de génie civil au profit des collectivités territoriales décentralisées à travers le FEICOM.
Deux cargaisons d’engins sont déjà arrivées au port de Douala, leur dédouanement étant en cours. Trois cargaisons sont prévues au total, avec des livraisons devant s’achever d’ici avril 2027.
Pour les communes camerounaises, l’enjeu est très concret : ouvrir et entretenir les routes rurales, améliorer les voiries urbaines, aménager les espaces publics et accélérer les travaux de proximité. Les équipements doivent notamment renforcer les capacités opérationnelles des collectivités et réduire leur dépendance à l’égard des prestataires privés.
Le Cameroun au cœur de la stratégie
Le programme ne se limite toutefois pas à la livraison de machines. Il prévoit la formation des conducteurs et mécaniciens ainsi que la construction de cinq bases techniques à Koutaba, Mandjou, Maroua, Mfou et Tiko. Cette implantation donne au projet une dimension nationale : du Nord au Sud, du Centre au Littoral, il s’agit de rapprocher les capacités techniques des territoires.
Pour un pays où le mauvais état de certaines infrastructures constitue encore un frein à la circulation des personnes, des marchandises et des productions agricoles, cette montée en puissance des moyens communaux peut avoir un effet économique direct. Elle intervient également dans un contexte où la décentralisation camerounaise cherche à donner davantage de responsabilités et de moyens aux collectivités.
Washington veut aller plus loin
Lors du premier Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis, Sarah Troutman, secrétaire d’État adjointe déléguée aux Affaires d’Afrique centrale, a résumé l’ambition américaine : « Nous voulons créer davantage de possibilités pour les entreprises américaines d’investir au Cameroun. »
Washington regarde notamment vers les TIC, les fintech, les infrastructures, les transports et les minerais critiques. Pour Yaoundé, ces secteurs représentent des leviers de diversification, de création d’emplois et de transfert de technologies. Le dialogue s’attaque parallèlement aux obstacles bien identifiés par les investisseurs : fiscalité, douanes, logistique, réglementation et sécurité des investissements.
De la commune à la CEMAC
L’enjeu dépasse donc les seules collectivités. Avec Douala comme principal hub portuaire, ses infrastructures, son marché intérieur et sa position au sein de la CEMAC, le Cameroun dispose d’atouts pour devenir une plateforme régionale d’investissement américain.
Le rendez-vous annuel annoncé entre Yaoundé et Washington sera déterminant. Les 50 milliards de FCFA constituent un premier acte. Le véritable test sera leur transformation en routes entretenues, communes mieux équipées, emplois qualifiés et investissements productifs.
Pour le Cameroun, l’heure est désormais à la démonstration : faire des annonces américaines des résultats visibles dans les territoires.