Le dispositif couvre six régions : l’Adamaoua, l’Est, l’Extrême-Nord, le Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest

Cameroun : formation de 12 000 jeunes à l’entretien des équipements publics

Former 12 510 jeunes à l’entretien des infrastructures communautaires dans six régions du Cameroun : c’est l’ambition du Projet de gouvernance locale et communautés résilientes (PROLOG) pour 2026-2027. Soutenue par la Banque mondiale, cette initiative entend limiter la dégradation prématurée des équipements publics et favoriser l’emploi local.

Mais entre formation professionnelle, financement de la maintenance et insertion économique, le défi sera de transformer cette ambition en résultats mesurables. Au Cameroun, construire une route, un point d’eau ou un équipement communautaire ne garantit pas sa pérennité.

Faute de maintenance régulière, des ouvrages financés à grands frais peuvent se détériorer prématurément, obligeant les pouvoirs publics à engager de nouvelles dépenses pour les réparer ou les reconstruire.

Le coût caché des infrastructures mal entretenues

C’est à cette faiblesse structurelle que s’attaque le programme annoncé par Georges Elanga Obam, ministre de la Décentralisation et du Développement local. Son objectif : rapprocher les compétences techniques des infrastructures à entretenir et réduire la dépendance des communes à l’égard d’intervenants extérieurs.

Le dispositif couvre six régions : l’Adamaoua, l’Est, l’Extrême-Nord, le Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Sur les 12 510 jeunes annoncés, 8 340 doivent être formés en 2026 et 4 170 en 2027, au bénéfice des communautés de 139 communes.

L’enjeu est économique autant que social. Une maintenance préventive coûte généralement moins cher qu’une réparation lourde rendue nécessaire par des années de négligence. Encore faut-il que les collectivités disposent de budgets, de personnels qualifiés et de procédures leur permettant d’intervenir rapidement.

189 milliards de FCFA : quel retour sur investissement ?

Le PROLOG représente une enveloppe globale annoncée de 300 millions de dollars, soit environ 189 milliards de FCFA. Ce montant finance un programme plus vaste que la seule formation des jeunes : amélioration des infrastructures communautaires, accès aux services de base, renforcement de la gouvernance locale et développement des capacités des collectivités territoriales.

Le coût spécifique de la formation des 12 510 bénéficiaires n’étant pas établi dans les informations disponibles, il serait incorrect d’assimiler l’enveloppe globale du PROLOG au budget de cette composante. Cette distinction est essentielle pour apprécier la performance de la dépense publique. Combien coûtera la formation de chaque jeune ?

Quelle part sera consacrée aux équipements, à la certification et à l’accompagnement professionnel ? Quels moyens seront réservés à la maintenance effective des ouvrages après la formation ? Sans ces données, impossible de mesurer précisément le rapport entre les ressources mobilisées et les résultats attendus.

L’évaluation devra donc dépasser le nombre de jeunes inscrits ou formés pour examiner les économies effectivement réalisées sur les coûts de réparation, la durée de vie des équipements et la continuité des services rendus aux populations.

Six métiers au service du patrimoine communautaire

Les formations porteront notamment sur la maçonnerie, la plomberie, l’électricité, la menuiserie, la réparation des équipements solaires et l’entretien des ouvrages hydrauliques. Ces compétences répondent à des besoins concrets.

Une pompe à eau défectueuse, un équipement solaire hors service ou une installation électrique endommagée peuvent priver une communauté d’un service essentiel. La disponibilité de techniciens locaux est susceptible de réduire les délais d’intervention et les frais de déplacement. Mais la formation ne constitue que le premier maillon de la chaîne.

Pour que les bénéficiaires puissent exercer, ils auront besoin d’outils, de pièces de rechange, de débouchés et de revenus. Une question demeure donc centrale : qui paiera les prestations de maintenance ? Les communes disposeront-elles de lignes budgétaires dédiées ? Des contrats pourront-ils être conclus avec les jeunes formés ?

Sans mécanisme de rémunération clairement défini, le risque est de produire des compétences qui resteront sous-utilisées.

L’emploi des jeunes, un dividende à concrétiser

Le programme présente également un potentiel d’insertion professionnelle. En acquérant des compétences techniques, les jeunes pourront accéder à des emplois ou créer des activités indépendantes dans leurs localités. Toutefois, une qualification ne garantit pas automatiquement un revenu. Son utilité dépend de sa reconnaissance.

Ainsi que de son adéquation avec la demande et de l’accès des bénéficiaires aux équipements nécessaires à leur activité. Le bilan devra ainsi mesurer le nombre de jeunes effectivement insérés, la proportion ayant créé une activité et la régularité de leurs revenus. L’accès des jeunes femmes aux filières techniques et l’équilibre entre les régions constitueront également des critères importants.

Les communes, maillon faible ou moteur du dispositif ?

Le PROLOG entend placer les communes au cœur du renforcement des capacités, en coordination avec les services déconcentrés de l’État. Cette orientation correspond à la logique de décentralisation, mais elle soulève une difficulté : confier des responsabilités aux collectivités sans leur garantir les ressources nécessaires peut limiter la portée de la réforme.

Les communes devront identifier les besoins, organiser les interventions, superviser les prestations et prévoir le financement des réparations. Une répartition claire des responsabilités sera indispensable pour éviter les chevauchements et les défaillances. Le succès dépendra aussi de la transparence dans la sélection des bénéficiaires, de la qualité des formations et de l’existence d’un mécanisme de suivi indépendant.

Des résultats plutôt que des effectifs

Le PROLOG pose une question fondamentale de politique économique : comment protéger la valeur des investissements publics après leur réalisation ? Former 12 510 jeunes constitue un objectif quantifiable.

Mais la véritable performance se mesurera à la durée de vie des infrastructures, aux économies de maintenance, à la continuité des services et aux emplois effectivement créés.

La réussite du programme ne se jouera donc pas dans les salles de formation, mais sur le terrain : dans les communes capables d’entretenir leurs équipements, les jeunes rémunérés pour leurs compétences et les infrastructures qui continuent de servir les populations. C’est à cette aune que devra être jugé le retour économique de l’investissement consenti.

Simon Emmanuel Minyem

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