L’injection de 387 millions de FCFA en faveur des villes de Bafoussam, Garoua et Bertoua, dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D), illustre la volonté des partenaires au développement de consolider la décentralisation au Cameroun.
Derrière cette enveloppe se dessine un chantier plus vaste : le renforcement des collectivités territoriales décentralisées (CTD), appelées à devenir les moteurs du développement local. Plus de vingt ans après son lancement, la décentralisation progresse, mais son efficacité reste freinée par plusieurs contraintes structurelles.
Une nouvelle étape dans un processus de longue haleine
L’appui financier accordé aux villes de Bafoussam, Garoua et Bertoua s’inscrit dans le programme de Renforcement de la décentralisation au Cameroun (REDECA), financé par le C2D, fruit de la coopération entre le Cameroun et la France. L’objectif est de permettre aux CTD d’exercer pleinement les compétences transférées par l’État.
Les financements concernent les infrastructures urbaines, l’accès à l’eau, la gouvernance locale ainsi que les projets générateurs de revenus. Cette démarche traduit une évolution de la gouvernance : le développement ne peut plus être conduit uniquement depuis Yaoundé.
Les communes et les régions sont appelées à jouer un rôle central dans la transformation économique et sociale du pays.
Pourquoi la décentralisation est-elle devenue une priorité ?
La décentralisation vise à rapprocher les centres de décision des populations afin d’apporter des réponses plus adaptées aux réalités locales. Pendant longtemps, la centralisation administrative a limité la capacité des collectivités à conduire leurs propres projets.
Dépendantes des décisions de l’administration centrale, elles disposaient de faibles marges de manœuvre en matière de planification et de gestion. La réforme engagée par les pouvoirs publics prévoit donc le transfert progressif des compétences, des ressources et des responsabilités vers les communes et les régions.
Ajoutant des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, l’eau, les infrastructures, l’agriculture ou le développement économique local. Le C2D accompagne cette évolution en renforçant les capacités techniques, administratives et financières des collectivités.
Les véritables enjeux du projet
Au-delà des infrastructures, l’ambition est de bâtir des collectivités capables de définir et de conduire elles-mêmes leurs politiques de développement. Une commune disposant de ressources suffisantes, de personnels qualifiés et d’une gouvernance efficace répond généralement mieux aux attentes de ses populations qu’une administration centrale éloignée des réalités du terrain.
Le projet vise également à réduire les disparités territoriales. Les villes comme Bertoua, Garoua ou Bafoussam connaissent une forte croissance démographique alors que leurs équipements demeurent insuffisants. En investissant dans ces territoires, le C2D entend améliorer les services publics, renforcer leur attractivité économique et contribuer à un développement plus équilibré du pays.
Des avancées réelles, mais des défis persistants
Les investissements réalisés depuis vingt ans ont permis la construction d’infrastructures et l’amélioration de plusieurs services publics. Mais le succès de la décentralisation ne se mesure pas uniquement au volume des financements. Le principal défi réside dans la capacité des collectivités à gérer durablement ces investissements.
Beaucoup de communes restent confrontées à un manque de personnel qualifié, à de faibles ressources propres et à une forte dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. À cela s’ajoutent des lenteurs administratives, des transferts de compétences encore incomplets et une coordination parfois insuffisante entre l’État et les collectivités.
Construire des infrastructures est une étape. Les faire fonctionner durablement en est une autre. La réponse est non. La réussite de la décentralisation dépend avant tout de la qualité de la gouvernance locale. Transparence, compétences des élus, participation citoyenne et autonomie financière constituent les principaux leviers de réussite.
Le risque est que certaines collectivités demeurent de simples exécutantes de projets financés par des partenaires, sans développer une véritable capacité d’initiative. La décentralisation n’atteindra pleinement ses objectifs que lorsque les compétences transférées seront accompagnées des moyens humains, techniques et financiers nécessaires à leur exercice.
Un pari sur le développement local
Les 387 millions de FCFA accordés à Bafoussam, Garoua et Bertoua traduisent une conviction : le développement du Cameroun se construira aussi dans les territoires. Après vingt années d’accompagnement, le C2D a démontré sa capacité à soutenir des projets structurants.
Mais la réussite de cette nouvelle phase dépendra surtout de l’autonomie réelle des collectivités et de leur aptitude à porter elles-mêmes leur développement. La décentralisation demeure avant tout un choix de gouvernance. Son succès se mesurera moins au montant des financements qu’à la capacité des collectivités locales à améliorer durablement les conditions de vie des populations.