Extrême-Nord (Cameroun) : 800 milliards FCFA mobilisés, le défi de transformer l’argent en résultats

Il s’agit d’un volume cumulé de financements mobilisés par l’État camerounais et ses partenaires techniques et financiers pour soutenir la reconstruction et le développement de l’Extrême-Nord.

Depuis le lancement du Plan présidentiel de reconstruction et de développement de l’Extrême-Nord, les financements mobilisés sont passés de plus de 600 milliards de FCFA en février 2025 à près de 800 milliards en août 2026.

Cette enveloppe finance des routes, des ouvrages hydrauliques, des écoles, des centres de santé et des projets agricoles. Mais les chiffres d’exécution montrent qu’une partie importante du chemin reste à parcourir pour convertir les ressources mobilisées en infrastructures opérationnelles, en emplois et en revenus durables.

De quoi s’agit-il exactement ?

Les 800 milliards de FCFA ne correspondent pas à une enveloppe unique versée à un programme ou à un compte. Il s’agit d’un volume cumulé de financements mobilisés par l’État camerounais et ses partenaires techniques et financiers pour soutenir la reconstruction et le développement de l’Extrême-Nord.

Le dispositif répond à une situation particulière : la région a été fortement affectée par l’insécurité, notamment les attaques de Boko Haram, les déplacements de populations, la dégradation des infrastructures et les effets des crises économiques et climatiques.

Le Plan présidentiel vise donc deux objectifs complémentaires : réhabiliter ce qui a été détruit et créer les conditions d’une reprise économique durable. Le montant annoncé en août 2026 reste inférieur au besoin global initialement estimé à environ 1 800 milliards de FCFA. Autrement dit, les 800 milliards représentent une mobilisation importante, mais encore une partie des besoins identifiés.

À quoi ont servi les 800 milliards ?

Les ressources mobilisées sont réparties entre plusieurs secteurs. Le réseau routier absorbe une part considérable des investissements, notamment à travers le PACRI-MDK, doté de 236 milliards de FCFA, et le projet d’aménagement territorial et de promotion du secteur privé, évalué à 157 milliards.

L’agriculture constitue un autre axe majeur. Le projet VIVA Logone, d’un montant de 120 milliards de FCFA, intervient sur l’irrigation et les chaînes de valeur agricoles. Le PDI-CVA mobilise 26,61 milliards de FCFA, tandis que le PDAS-1 prévoit environ 53 milliards pour les ouvrages hydrauliques et les périmètres irrigués.

À cela s’ajoutent des investissements dans l’eau potable, la santé, l’éducation et la formation professionnelle. Le CAP2E, financé à hauteur de 89,2 milliards de FCFA sur 2025-2030, vise notamment l’insertion des jeunes et des femmes.

Des réalisations déjà visibles

Le bilan présenté au 31 août 2026 fait état de réalisations concrètes : 20 mini-adductions d’eau, cinq centres de santé intégrés et sept écoles primaires à kit complet, ainsi que la réhabilitation de certaines infrastructures sanitaires. Dans le secteur agricole, des intrants et du petit matériel ont été distribués aux coopératives et organisations de producteurs des six départements.

Pour les bénéficiaires, ces appuis permettent de reprendre progressivement la production et de reconstituer les moyens de subsistance. Sur les routes, les travaux de reconstruction de l’axe Mora-Waza-Dabanga-Kousséri et d’autres itinéraires stratégiques sont engagés. Le futur pont sur le Logone entre Yagoua et Bongor doit, à terme, renforcer les échanges avec le Tchad.

Une gestion encore jugée perfectible

Le principal enseignement des chiffres communiqués par le Comité de pilotage est la différence entre mobilisation financière et exécution. Avec un taux de contractualisation de 88 %, une grande partie des marchés est engagée. Mais le taux d’exécution budgétaire n’est que de 63,8 %.

Ce décalage signifie que les financements annoncés ne se sont pas encore entièrement transformés en réalisations physiques ou en dépenses effectivement exécutées. C’est désormais le principal point de vigilance. L’enjeu n’est donc plus seulement de mobiliser davantage de ressources, mais d’accélérer leur utilisation, de sécuriser les chantiers et de garantir la qualité et la durabilité des ouvrages.

Ce qu’en disent les populations

Les premiers bénéficiaires reconnaissent des améliorations, notamment dans l’accès aux soins, à l’eau, à l’éducation et aux moyens de production. Pour Aïssa Doumara, représentante de la société civile, les infrastructures sanitaires rapprochent les services des populations et les appuis agricoles permettent à des familles de relancer leurs activités.

Mais ces avancées restent à mettre en perspective avec l’ampleur des besoins. Dans une région où la pauvreté demeure particulièrement élevée, les populations attendent surtout que les infrastructures débouchent sur davantage d’activités économiques, d’emplois et de revenus.

Le véritable bilan reste à construire

À ce stade, les 800 milliards constituent donc davantage un effort majeur de mobilisation qu’un bilan achevé de reconstruction. Des réalisations sont visibles, mais l’écart entre les ressources mobilisées et leur niveau d’exécution rappelle que le succès du programme se mesurera moins aux montants annoncés qu’à leurs effets concrets.

La prochaine étape sera décisive : transformer les routes en corridors économiques, l’irrigation en production agricole, les centres de formation en emplois et les infrastructures sociales en amélioration durable des conditions de vie. C’est à cette aune que les populations de l’Extrême-Nord pourront véritablement juger de l’efficacité des 800 milliards mobilisés.

Simon Emmanuel Minyem

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